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08/08/2020 16:18 EDT

Des Canadiens manifestent partout au pays pour le droit de réunir leur famille

Par ces manifestations à travers le pays, ces citoyens espèrent attirer l’attention d’Ottawa afin que le gouvernement règle leur situation en priorité.

THE CANADIAN PRESS/Graham Hughes
Par ces manifestations à travers le pays, ces citoyens espèrent attirer l’attention d’Ottawa afin que le gouvernement règle leur situation en priorité.

MONTRÉAL — Une centaine de manifestants se sont rassemblés samedi après-midi devant les bureaux d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada à Montréal, en faveur de la réunification des couples et des familles séparés par la lenteur des démarches d’immigration rendues encore plus complexes par la pandémie de la COVID-19.

D’un bout à l’autre du pays, d’autres rassemblements semblables se déroulaient à Ottawa, Toronto, Edmonton et Vancouver.

«On a envoyé au-dessus de 40 000 lettres aux cabinets de Justin Trudeau et du ministre (l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté) Marco Mendicino et on n’a reçu aucune réponse», déplore Misha Pelletier qui fait partie du mouvement «Familles en instance de parrainage familial au Canada touchées par la COVID-19».

Par ces manifestations à travers le pays, ces citoyens espèrent attirer l’attention d’Ottawa afin que le gouvernement règle leur situation en priorité.

Misha Pelletier rappelle que les couples et les familles séparées par la COVID-19 ont pu être réunis, le 8 juin dernier, mais uniquement dans les cas où la personne hors du Canada se trouvait dans un pays pour lesquels aucun visa d’entrée n’est requis, comme les États-Unis ou la France.

«Ils nous ont oubliés. On veut maintenant qu’ils nous écoutent pour faire entrer nos êtres chers. Ce ne sont pas des visiteurs, ils sont nos familles», plaide la co-organisatrice de la manifestation.

Pour le député du Nouveau Parti démocratique Alexandre Boulerice, ce système à deux vitesses crée une nouvelle forme de discrimination entre citoyens de pays riches et citoyens de pays en développement. «C’est complètement inacceptable dans une société égalitaire avec des valeurs libérales comme la nôtre», critique l’élu montréalais.

Devant la foule énergique, le co-organisateur Charles Séguin a rappelé aux gens présents pourquoi ils ne devaient pas baisser les bras. «Se battre pour l’être cher, c’est certainement le plus noble des combats», a-t-il lancé à la petite foule dont la majorité portait le masque et respectait une bonne distance physique.

Selon un document préparé par le groupe, les militants veulent accélérer le processus de regroupement des familles et des maris.

Le regroupement affirme que d’importants retards dans le traitement des demandes existaient déjà bien avant que la crise sanitaire ne frappe.

Pour résoudre le problème, le groupe de citoyens propose la création d’un «visa de résidence temporaire spécial» permettant aux familles de venir au Canada et d’y demeurer jusqu’à la conclusion du processus de parrainage.

Une série de critères sont prévus pour assurer la sécurité du processus en incluant diverses preuves documentaires et en obligeant le respect d’un protocole sanitaire pour prévenir les cas de COVID-19.

Cette proposition a été bien accueillie par le député Alexandre Boulerice qui appuie leur démarche à titre de mesure d’urgence.

«À court terme, c’est une bonne idée, mais ce n’est pas une solution à long terme. Il faut mettre plus de ressources dans la fonction publique pour traiter les dossiers», a-t-il commenté en entrevue à La Presse Canadienne.

Un an sans son mari

Misha Pelletier a rencontré son conjoint, originaire de Tunisie, lorsque celui-ci étudiait au Québec, en 2017. Après deux ans de vie commune, en 2019, le jeune homme se voit refuser la permission de demeurer au Canada.

Ils ont d’abord tenté un parrainage de conjoints de fait qui a été refusé, puis ont décidé de se marier pour simplifier le processus. Malgré cela, plus d’un an après l’envoi de leur demande, Immigration Canada n’a toujours pas répondu au couple.

D’autres témoignages ont été partagés pendant la manifestation, samedi, dont celui de Lyne Al-Outa. Une femme d’origine libanaise qui vit dans l’angoisse puisque son mari se trouve encore au Liban, où une crise sociale vient d’éclater à la suite de la tragédie meurtrière de l’explosion survenue à Beyrouth.

Lyne Al-Outa attend impatiemment l’arrivée de son mari puisqu’elle vient de donner naissance à un enfant au Québec en pleine pandémie. L’enfant de quatre mois n’a encore jamais rencontré son père.

«Un enfant a besoin de ses deux parents. J’ai peur qu’il ne connaisse pas son père et sa tendresse», a-t-elle partagé dans un récit émotif.

Avec la pandémie de la COVID-19, la situation s’est clairement détériorée et les familles se sentent abandonnées par le gouvernement.

«Les bureaux ne sont pas fermés pour les visas étudiants ni les visas de travail, ils sont fermés juste pour nous, le parrainage familial. On est toujours les derniers sur la liste de priorités», déplore Misha Pelletier.

Une pétition appuyant cette démarche, lancée sur le portail web de la Chambre des Communes et parrainée par la députée de Vancouver-Est Jenny Kwan, avait recueilli samedi matin 4423 signatures.

Double défi au Québec

Les manifestants n’ont pas manqué de souligner que leur défi est double au Québec puisque les familles doivent aussi se frotter au ministère de l’Immigration de la province. Avant de poursuivre le processus au fédéral, il leur faut obtenir un certificat de sélection du Québec.

Là encore, les délais ne cessent de s’allonger. Si la norme prévoit une réponse en moins de 25 jours, il n’est pas rare que l’on atteigne plusieurs mois d’attente, déplore le député de Québec solidaire Andrés Fontecilla.

«On ne peut pas tout mettre sur le dos de la pandémie. Il y a un problème à Québec», observe-t-il.

Selon lui, tout part de la réduction des seuils d’immigration par le gouvernement de la Coalition avenir Québec. Andrés Fontecilla dénonce le fait que la CAQ ne semble s’intéresser qu’à l’immigration économique alors que la réunification des familles représente un outil idéal d’intégration des nouveaux arrivants.

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