POLITIQUE
05/09/2019 16:38 EDT | Actualisé 05/09/2019 16:41 EDT

«Non à la loi 21»: une campagne contre la loi sur la laïcité

L'objectif est de rassembler d’ici le 6 octobre quelque 50 000 personnes portant le macaron et le signe religieux de leur choix.

«Non à la loi 21.» C’est le nom d’une campagne lancée jeudi, en des termes on ne peut plus clairs. Des citoyens se sont regroupés pour poursuivre leur combat contre la Loi sur la laïcité de l’État, invitant les Québécois à la dénoncer par le port des macarons qu’ils distribuent et aussi en arborant le signe religieux de leur choix.

Le lancement a eu lieu à Montréal dans un lieu de culte protestant, soit l’église unie Saint-James.

Les membres du groupe de citoyens invitent les Québécois à porter les macarons qu’ils ont fait produire en grande quantité et qu’ils distribuent librement. Sur ceux-ci, on peut voir les mots «Loi 21», barrés d’une ligne rouge. Porter le macaron montre publiquement son opposition à la mesure législative du gouvernement caquiste et le soutien à ceux «dont les droits sont niés par cette loi discriminatoire», font-ils valoir.

Leur but est de rassembler d’ici le 6 octobre quelque 50 000 personnes portant le macaron et le signe religieux de leur choix, qui participeront ce jour-là à une journée d’action publique.

Paul Chiasson/PC

 Lors du lancement jeudi, des représentants de différentes communautés religieuses étaient présents.

Ehab Lotayef, l’un des coordonnateurs de la campagne, qui est de confession musulmane, avait une kippa sur la tête, une calotte portée traditionnellement par les juifs.

«Je vais la porter tout le mois de septembre», a-t-il affirmé.

Cette loi a peut-être été adoptée, mais c’est une loi injuste, a-t-il lancé près de l’autel de l’église.  Pour les opposants, elle viole la Charte des droits et libertés et limite les possibilités d’emplois de personnes sur la base de leur religion.

La Loi sur la laïcité de l’État — connue avant son adoption comme le projet de loi 21 — interdit le port de signes religieux notamment aux policiers, procureurs de la Couronne et gardiens de prison, ainsi qu’aux enseignants, lorsqu’ils sont dans l’exercice de leurs fonctions.

Une «tension sociale»

Une enseignante d’origine tunisienne portant le voile, qui n’a révélé que son prénom, Ola, a témoigné qu’après une année extraordinaire dans une école primaire de Montréal, elle a frappé un mur pour l’année scolaire en cours. Comme elle n’est pas une employée permanente, si elle accepte un contrat pour cette année, elle devra signer une clause selon laquelle elle s’engage à ne pas porter de signe religieux dans la salle de classe, a-t-elle déclaré. Pour elle, cela signifie enlever son voile.

«Cette loi vient me priver de mes droits, d’être une femme libre, capable de décider où travailler, que porter. Personnellement, je ne vois pas ce que cette loi va apporter de plus ou de mieux à la société québécoise».

«Sauf la tension sociale que je sens et que je vois. Et que je vis».

Nous sommes venus ici légalement, et soudainement, parce que nous avons quelque chose sur la tête, ce n’est plus acceptable désormais.Manjit Singh

La Loi sur la laïcité de l’État a été adoptée en juin dernier par l’Assemblée nationale.

Ce fut un jour très triste, selon Manjit Singh, de confession sikhe, qui a été dans le passé l’aumônier de l’Université McGill à Montréal.

«Nous sommes venus ici légalement, et soudainement, parce que nous avons quelque chose sur la tête, ce n’est plus acceptable désormais», a-t-il déploré.

Et cela ruine la vie des gens, a ajouté l’homme.

Leur opposition civile à la loi se fait de façon parallèle à la contestation judiciaire qui est en cours, ont-ils affirmé.

À la mi-juillet, un juge de la Cour supérieure a rejeté la demande de groupes de défense des libertés civiles et religieuses qui réclamaient la suspension de la Loi sur la laïcité de l’État. Le juge Michel Yergeau avait alors tranché que la loi continuerait de s’appliquer jusqu’à ce qu’un tribunal se prononce sur le fond de l’affaire. Car le but ultime de ces groupes est de faire invalider cette mesure législative. En août, la Cour d’appel du Québec a accepté de se pencher sur la demande d’injonction.

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