Le «burn-out», plus difficile à déceler en télétravail

Même dans le confort de notre foyer, nos batteries peuvent se décharger.

Maintenant qu’on s’est installé un bureau dans le salon, il est devenu trop facile de répondre à un courriel à 22h, ou de remplacer la pause du midi par une réunion. Contrairement à ce qu’on croyait, on n’échappe pas au stress et la fatigue parce qu’on travaille à domicile. L’épuisement professionnel prend même une nouvelle dimension.

C’est quoi un «burn-out»?

L’Organisation de la Santé qui a reconnu officiellement l’«épuisement professionnel» comme problème de santé mentale, l’an dernier, le définit comme un «syndrome résultant d’un stress chronique au travail qui n’a pas été géré correctement». Autrement dit, comme une condition qui naît d’une accumulation de stress au boulot qu’on n’a jamais adressée, puis qui finit par dépasser les bornes.

Il se manifeste par une concentration difficile, des troubles de mémoire, une humeur variable, de l’isolement, de l’insomnie, de la démotivation et du pessimisme ou cynisme, notamment.

C’est normal de ressentir de la fatigue au travail sporadiquement, mais lorsqu’on traîne une lourdeur quotidiennement depuis au moins un mois, c’est un burn-out. Des symptômes physiques très variables, des maux de tête aux troubles digestifs, peuvent aussi faire surface.

Un constat plus ardu à la maison

S’il est difficile de reconnaître et d’admettre qu’on a atteint notre limite dans un contexte de travail normal, ça l’est d’autant plus en télétravail, admet la psychologue Lucie Vézina.

Qu’on soit confortablement installé dans notre petit cocon, les deux pieds dans les pantoufles, la souris continue de tourner sans arrêt dans le coco, sans qu’on ait le recul nécessaire pour le constater.

Même chose lorsqu’on est constamment exposé à notre paperasse, et à notre station de travail. Avoir la tête constamment plongée dans le travail, sans déconnexion, peut mener à un épuisement qu’on n’avait pas vu venir.

Le manque de proximité avec nos collègues et nos gestionnaires aurait aussi une incidence sur notre incapacité de s’autodiagnostiquer, selon Dre Vézina. «En mode bureau, les collègues, les gestionnaires sont mieux pour observer ces signes qui se manifestent par des erreurs, des retards, de l’accumulation. Ils sont aussi à même de constater des signes d’isolement et être témoins des discours négatifs qu’un employé peut avoir, explique-t-elle.

«Le volet social est important en milieu de travail : les pauses, les échanges à l’arrivée et au départ. Plusieurs relations se transforment en amitiés et quand il y a proximité les signaux sont plus évident à déceler», ajoute-t-elle.

Les symptômes peuvent aussi être différents, suggère la psychothérapeute anglaise, Lucy Fuller, en entrevue avec le HuffPost américain. «[À la maison, NDLR], on peut expérimenter un burn-out avec moins de symptômes physiques, mais qui se manifeste par un flou mental, une confusion», dit-elle. On peut se sentir plus désorganisé, brouillon, fâché ou triste et avoir encore plus de pertes de mémoire.

Des personnes plus à risque

Le début du confinement a bien sûr demandé un important effort d’adaptation collectif, qui a généré beaucoup de stress. On a tous dû apprivoiser la conciliation travail-famille et l’isolement, réorganiser nos horaires, et notre espace de travail, notamment. Mais une fois cette première tempête passée, une autre peut survenir, surtout chez les personnes ayant certains traits de caractères, selon Dre Vézina.

«Les performants, les perfectionnistes, les missionnaires qui dépassent toujours les limites pour ne pas déplaire. [Et] les gens désorganisés, passionnés et curieux qui ont tendance à s’éparpiller et avoir de la difficulté avec les délais […] sont plus à risque que d’autres», estime-t-elle.

Consulter sans attendre

Les psychologues sont unanimes sur ce point : le plus tôt on va chercher de l’aide professionnelle, le plus vite on se remet sur pied. Ça peut sembler quétaine de dire «vaut mieux prévenir que guérir», mais c’est vrai, particulièrement en matière d’épuisement professionnel.

Autrement dit, il ne faut pas attendre de toucher le fond avant de prendre soin de soi ou d’entamer une démarche thérapeutique, au risque de mettre beaucoup plus de temps à se remettre sur pied.

«Le changement et l’adaptation font partis des grands stresseurs de la vie et plusieurs ont besoin d’aide pour traverser ce cap obligé.»

- Lucie Vézina, psychologue

Pour prévenir un «burn-out» à la maison, vous pouvez entre autres :

  • Changer votre routine de travail / Créez-vous une routine adaptée à votre réalité;
  • Prendre une journée de maladie pour prendre soin de vous;
  • Prendre des vacances à la maison, sans rien planifier;
  • Séparer le plus possible votre vie personnelle et professionnelle;
  • Vous imposer des pauses durant la journée;
  • Ranger votre matériel de travail dès que vous terminez votre journée;
  • Méditer, faire de l’exercice, écouter de la musique au lieu de penser à votre énième réunion Zoom;
  • Supprimer les notifications non nécessaires sur votre téléphone.

Avec Natasha Hinde