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27/11/2018 11:24 EST | Actualisé 27/11/2018 11:29 EST

Avant que Bombardier ne devienne une entreprise américaine

Alors que Bombardier a pu se débarrasser de son «actif toxique», la C-série, le contribuable ne peut pas se débarrasser du sien, Bombardier.

Paulo Whitaker / Reuters
Puisque la rentabilité est le principal argument de Bombardier dans la vente de la C-série et la suppression de 2500 emplois, on nous expliquera sûrement un jour que vendre Bombardier à une compagnie américaine est une nécessité économique, une question de marges bénéficiaires.

Après la TPS, la TVQ et autres taxes, voici la taxe Bombardier, la TB. En effet, au rythme où l'on accorde des montants d'aide à Bombardier, cela semble devenir une taxe. Non pas qu'il faille refuser d'aider une entreprise censée être le fleuron de l'industrie québécoise, il faut plutôt être logique et éthique dans sa démarche.

Au fond, le problème n'est pas Bombardier, ses actionnaires ou son PDG, mais le contribuable.

Alors qu'on nous disait qu'aider Bombardier c'est maintenir l'emploi, voilà que monsieur Bellemare, PDG de Bombardier, nous annonce la suppression de 2500 postes. Et ceci n'est qu'un début, puisque le ménage doit continuer jusqu'à 2020, afin de générer de plus fortes marges bénéficiaires, selon lui.

Rentabilité, marché, marges bénéficiaires: les mots d'ordre

Logique, droit dans ses bottes, Bombardier avait vendu la C-série, pour laquelle le contribuable avait contribué, tout en haussant le salaire de ses dirigeants. Et puisque la rentabilité est le principal argument de Bombardier dans la vente de la C-série et la suppression de 2500 emplois, on nous expliquera sûrement un jour que vendre Bombardier à une compagnie américaine est une nécessité économique, une question de marges bénéficiaires. Bis repetita, fumigène et clair-obscur, comme avec RONA, on nous expliquera qu'il y aura maintien d'emplois et de croissance, après avoir ponctionné de nos poches des milliards de dollars.

Alors que Bombardier a pu se débarrasser de son «actif toxique», la C-série, le contribuable ne peut pas se débarrasser du sien, Bombardier. Un véritable boulet! Keynésianiste, quand il s'agit de sauver l'entreprise (ou plutôt leurs privilèges), mais libéral quand il s'agit de profits, c'est ainsi qu'on pourrait résumer la pensée des dirigeants de Bombardier.

Il est peut-être temps que les citoyens puissent choisir les projets pour lesquels ils paieront des taxes.

Au fond, le problème n'est pas Bombardier, ses actionnaires ou son PDG, mais le contribuable. Un peu comme l'idiot du village dont on se moque, mais qui joue un rôle social dans le fonctionnement du village, le contribuable se retrouve aujourd'hui dans la même position. Ignoré par les partis politiques au pouvoir, il reste toutefois nécessaire pour faire fonctionner Bombardier à travers ses impôts.

Il est donc peut-être temps que les citoyens puissent choisir les projets pour lesquels ils paieront des taxes. Composé de deux mots, «pouvoir» et «peuple» en grec ancien, la démocratie a pour objet de donner le pouvoir au peuple. Les élections permettent donc de choisir nos représentants sur des projets bien précis.

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Cette situation devient problématique quand, en cours de mandat, survient une situation qui n'était pas prévue dans le programme du parti politique au pouvoir. Souvent, un seul choix s'offre à nous: attendre les prochaines élections pour sanctionner le parti politique en cas de désaccord. Néanmoins, une autre possibilité peut s'offrir à nous. Pouvoir cocher sur notre déclaration d'impôt annuelle, le projet pour lequel on souhaite contribuer, ou pas.

Bien entendu, certaines restrictions peuvent s'appliquer, comme dans le cas de catastrophes naturelles. Mais pour ne plus être considérés comme les dindons de la farce, il est temps qu'on choisisse les projets qu'on souhaite appuyer ou pas, s'il n'en a pas déjà été question au cours de la compagne électorale du parti au pouvoir. À partir de ce moment-là, nos représentants réfléchiront à deux fois avant de promettre aide et argent, car au fond, il s'agit de notre argent. Abraham Lincoln ne disait-il pas: «La démocratie, c'est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple.»

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