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17/02/2020 12:29 EST | Actualisé 17/02/2020 19:02 EST

Bombardier s'entend avec Alstom sur la vente de Bombardier Transport

Le géant français acquerra la division ferroviaire de la multinationale québécoise pour un montant de 8,2 milliards $ US.

JOHN MACDOUGALL via Getty Images
Plusieurs pièces des trains de Bombardier sont fabriquées en Allemagne. (photo d'archives)

Une page d’histoire se tourne chez Bombardier avec l’annonce d’une entente visant à céder sa division ferroviaire à Alstom, ce qui vient compléter un douloureux plan de redressement également marqué par une sortie de l’aviation commerciale et plusieurs ventes d’actifs.

Après des semaines de rumeurs, l’accord annoncé lundi confère une valeur de 8,2 milliards $ US à Bombardier Transport et mettra fin, pour la multinationale québécoise, à une aventure qui s’est échelonnée sur cinq décennies dans le secteur du matériel roulant.

Cette transaction permettra à Bombardier de réduire sa lourde dette de plus de 9,3 milliards $ US et de se concentrer sur le secteur des luxueux jets d’affaires, qui compte plus de 12 000 employés au Québec et qui a généré des revenus de 7,5 milliards $ US l’an dernier.

«Depuis 2015, je l’ai dit ouvertement, nous avons effectué des tentatives avec Hitachi, Siemens et Alstom, a expliqué le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, au cours d’une entrevue téléphonique. Les Chinois prennent de plus en plus de place, il faut créer de gros joueurs. Comme on ne pouvait pas être le consolidateur, on a décidé d’approcher Alstom.»

Du même souffle, celui-ci a également fermé la porte à une vente de la division des avions d’affaires, alors que certains reportages ont fait état de discussions avec la société américaine Textron. 

L’entente avec Alstom comporte plusieurs facettes, puisqu’elle s’accompagne d’une série d’engagements à l’égard du Québec, dont l’établissement d’un siège social des Amériques, en plus de permettre à la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) de devenir le principal actionnaire du géant français.

N’empêche, elle vient s’ajouter à la liste des nombreux actifs cédés - avions turbopropulsés Q400, jets régionaux CRJ, l’ex-C Series et la division aérostructures - au cours des cinq dernières années par M. Bellemare.

Ce dernier, qui estime que le redressement est maintenant complété, refuse toutefois de parler de démantèlement.

«C’est le “Monday morning quarterback”, c’est facile de juger, a dit M. Bellemare, en référence aux observateurs ayant tiré cette conclusion. Mais au cours des dernières années, nous avons protégé la C Series, les emplois à Mirabel, on a attiré Airbus, puis Mitsubishi (avec la vente du programme CRJ). Avec Alstom, nous allons encore amener un joueur capable de (générer de la croissance).»

En combinant la vente de Bombardier Transport à la cession d’autres actifs, Bombardier devrait avoir, à la clôture de la transaction, entre 6,5 milliards $ US et 7 milliards $ US pour payer sa dette, qui devrait fléchir à environ 2,5 milliards $ US.

Structure

La cession de la division ferroviaire de Bombardier devrait permettre à l’entreprise d’obtenir entre 4,2 milliards $ US et 4,5 milliards $ US. Cela tient compte de la somme qui sera versée à la CDPQ pour sa participation de 32,5 % dans cette division. Elle sera échangée contre des actions d’Alstom en plus d’un investissement supplémentaire d’environ 1 milliard $ US dans l’entreprise française.

La CDPQ deviendra ainsi le plus important actionnaire d’Alstom, avec une participation d’environ 18 %, ce qui lui donnera le droit de nommer deux personnes au conseil d’administration.

«C’est un investissement qui cadre vraiment bien avec notre stratégie, a expliqué le président et chef de la direction du gestionnaire de régimes de retraite, Charles Émond, au cours d’un entretien téléphonique. La mobilité durable est un secteur extrêmement porteur.»

À son avis, l’accord reflète le rendement annuel composé minimal de 15 % pour la CDPQ dans le cadre de son investissement de 1,5 milliard $ US effectué dans Bombardier Transport en 2015.

La division ferroviaire de Bombardier, dont le siège social se trouve à Berlin, en Allemagne, compte environ 36 050 employés dans le monde - plus de 1000 au Québec - et son chiffre d’affaires s’est établi à 8,3 milliards $ US l’an dernier. La taille de son carnet de commandes atteint presque 36 milliards $ US, mais ce sont surtout des retards et des problèmes d’exécution pour des contrats d’envergure qui ont retenu l’attention.

«Il y a un redressement qu’il faut terminer et achever, a estimé le directeur général d’Alstom, Henri Poupart-Lafarge, au cours d’un entretien téléphonique. La priorité, c’est la satisfaction de nos clients (...) qui va de pair avec un certain redressement chez Bombardier Transport.»

Ensemble, Alstom et Bombardier Transport devraient générer des revenus d’environ 18 milliards $ US, selon l’analyste Benoit Poirier, de Desjardins Marchés des capitaux. Cela demeure toutefois loin du chiffre d’affaires de quelque 34 milliards $ US du géant chinois CRRC - le numéro un dans l’industrie.

Arrivée d’Alstom

À la clôture de la transaction, prévue pour la première moitié de 2021, Alstom s’est engagée à établir à Montréal son quartier général pour les Amériques, qui sera responsable de 13 000 employés, en plus d’implanter un centre d’excellence en matière de conception, d’ingénierie ainsi que de recherche et de développement.

On a également fait miroiter une expansion des activités aux sites de La Pocatière, où travaillent quelque 365 employés de Bombardier Transport, et de Sorel-Tracy, où Alstom compte 90 travailleurs.

«Dans toute transaction qui touche des sociétés québécoises, cela fait partie de notre rôle», a répondu M. Émond, lorsqu’interrogé si la CDPQ avait demandé des engagements au géant français dans le cadre des négociations.

M. Poupart-Lafarge croit qu’Alstom devrait fournir du travail à plus de 1000 ingénieurs en plus de créer quelque 250 emplois avec son centre d’excellence.

La transaction fera toutefois l’objet d’un examen minutieux, notamment de la part des autorités antitrust en Europe, où Alstom et Bombardier sont très présentes. L’an dernier, les autorités européennes avaient opposé leur veto à l’alliance proposée entre la société allemande Siemens et Alstom.

«Le principal obstacle soulevé par la Commission européenne était la signalisation, a dit le patron d’Alstom. Cela n’est plus un problème, parce que Bombardier est moins présente de ce côté. Le principal est donc levé.»

M. Poupart-Lafarge compte effectuer un passage en territoire canadien, mais il devra attendre que le processus soit plus avancé, a-t-il dit.

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