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14/05/2019 10:44 EDT

Un blogueur condamné à payer 2,5 M$ pour des discours haineux

Il avait publiquement accusé le propriétaire d’une importante chaîne de restaurants moyen-orientaux de financer le terrorisme.

YouTube/Kevin J. Johnston
Kevin J. Johnston était récemment candidat à la mairie de Mississauga.

Une soi-disant personnalité des médias en ligne, dont les sites Web diffusent fréquemment du contenu anti-musulman, a été condamnée à payer des millions de dollars au propriétaire d’une importante chaîne de restaurants moyen-orientaux pour l’avoir publiquement accusé de financer le terrorisme.

La juge Jane Ferguson de la Cour supérieure de l’Ontario a ordonné à Kevin J. Johnston de verser 2,5 millions $ en dommages et intérêts pour diffamation à Mohamad Fakih, le propriétaire et fondateur de Paramount Fine Foods.

Kevin J. Johnston, qui exploitait des sites Web tels que FreedomReport.ca et qui a récemment terminé deuxième à l’élection à la mairie de Mississauga, a publié plusieurs vidéos attaquant Mohamad Fakih.

Dans des vidéos tournées en 2017, M. Johnston a fait une série de déclarations incendiaires, dont une affirmation selon laquelle M. Fakih était un «terroriste économique» soutenu par l’agence d’espionnage pakistanaise.

Il a également allégué que le personnel de ses restaurants a pour consigne de refuser l’accès à toute personne qui n’est pas un «djihadiste».

La juge Ferguson a estimé que les propos de M. Johnston constituaient un discours haineux qui méritait d’être sévèrement dénoncé par le tribunal.

«Motivé par l’ignorance et insouciance face au respect des normes acceptables, le comportement du défendeur témoigne d’un mépris du processus judiciaire canadien, d’un abus des libertés que ce pays leur offre et d’un répugnant exemple du pire du discours haineux», a-t-elle écrit dans sa décision rendue publique lundi.

Vince Talotta via Getty Images
Mohamad Fakih, PDG de Paramount Fine Foods, dans son bureau de Toronto, le 16 mai 2018.

Kevin J. Johnston n’a pas répondu à une demande de réagir au jugement et le parajuriste qui l’a représenté lors de la poursuite en diffamation n’a pu être joint pour commenter.

Selon la décision de la juge Ferguson, M. Johnston et un autre homme ont tourné une vidéo le 20 juillet 2017 au moment où se tenait une collecte de fonds pour le premier ministre Justin Trudeau au restaurant phare de Paramount Fine Foods à Mississauga.

La juge Ferguson a soutenu que les deux hommes avaient tenté à plusieurs reprises de perturber l’événement et qu’ils avaient fait plusieurs déclarations diffamatoires à propos du restaurant ainsi que de M. Fakih, qui a fondé Paramount Fine Foods en 2007 et qui compte à présent une cinquantaine de restaurants à travers le Canada.

Les vidéos présentaient également la façade du restaurant et le logo de Paramount Fine Foods, ainsi qu’une photo de M. Fakih modifiée pour qu’il semble avoir du sang sur les mains, a écrit la juge.

Lorsqu’il a été informé de la poursuite en diffamation, la juge Ferguson affirme que M. Johnston a réitéré ses prétentions dans une série de nouvelles vidéos dans lesquelles il a décrit M. Fakih comme un «musulman radical» qui «déteste les Blancs».

La tension s’est accrue en avril 2018, a-t-elle écrit, lorsque M. Johnston aurait approché M. Fakih pendant qu’il se trouvait dans un centre commercial de Mississauga avec ses enfants âgés entre 4 et 13 ans.

La rencontre qui s’en est suivi, brièvement publiée sur les plateformes en ligne de M. Johnston, a conduit le plus jeune enfant de M. Fakih à se réveiller en pleine nuit, posant des questions sur «l’homme effrayant qui déteste son père», a relaté la juge Ferguson dans sa décision.

La poursuite en diffamation contre l’autre homme qui figurait dans les vidéos de M. Johnston a été abandonnée après qu’il ait publié des «excuses sans réserve» pour ses paroles et ses gestes.

En revanche, la juge Ferguson a prétendu que M. Johnston avait omis à plusieurs reprises de coopérer dans le processus judiciaire et qu’il avait critiqué publiquement la cause ainsi que la juge qui l’entendait.

Comme l’a reconnu la Cour d’appel, étant donné «l’extraordinaire capacité» d’Internet à reproduire des déclarations diffamatoires «presque infiniment», la vérité rattrape rarement le mensonge.La juge Ferguson

À un moment donné, écrit-elle dans son jugement, il a même accusé M. Fakih d’avoir intenté la poursuite de concert avec la femme qui l’avait vaincu lors de l’élection à la mairie de 2018 à Mississauga. Alors que la mairesse sortante a été réélue avec 76 pour cent des voix, M. Johnston a recueilli 13,5 pour cent des suffrages et a terminé deuxième.

La juge Ferguson a accordé à M. Fakih des dommages-intérêts en fonction de son statut dans la communauté, de la gravité des propos diffamatoires, de l’étendue de leur publication, de l’absence d’excuses de la part de M. Johnston et de la conduite de ce dernier.

Elle a accepté la prétention de M. Fakih selon laquelle les prétentions sans fondement de M. Johnston ont eu des conséquences sur ses intérêts commerciaux et sur sa réputation personnelle.

«Les graves préjudices causés à la réputation des demandeurs par les fausses déclarations répétées et largement diffusées (...) pourraient ne jamais être annulés, a-t-elle déploré. Comme l’a reconnu la Cour d’appel, étant donné “l’extraordinaire capacité” d’Internet à reproduire des déclarations diffamatoires “presque infiniment”, la vérité rattrape rarement le mensonge.»

Dans un communiqué, Mohamad Fakih a déclaré que ce jugement constituait une victoire sur le racisme et les discours haineux.

«Lorsqu’on vous qualifie faussement de «terroriste» simplement parce que vous êtes musulman, c’est de l’islamophobie, a-t-il déclaré. Ce jugement envoie un message clair que de tels propos islamophobes sont faux et diffamatoires. Je me sens soulagé. Cette décision est une étape importante pour démontrer que ceux qui propagent la haine en ligne vont devoir payer.»

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