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20/05/2020 12:09 EDT | Actualisé 21/05/2020 07:08 EDT

Blocus des Mohawks de Kanesatake devant le parc national d'Oka

La communauté mohawk craint que des visiteurs en provenance de Montréal propagent le coronavirus.

REDA&CO via Getty Images
Les visiteurs de la grande région de Montréal devront attendre avant de pouvoir profiter du parc national d'Oka.

Les gens de la région de Montréal qui piaffaient d’impatience pour se rendre au parc national d’Oka, l’un des nombreux parcs de la SÉPAQ qui redeviennent accessibles pour certaines activités de plein air, se sont heurtés à une barricade érigée par des membres de la communauté mohawk de Kanesatake vers 8h30 mercredi matin.

Bien que le parc se trouve à trois kilomètres du territoire autochtone et que les visiteurs n’aient pas à traverser ce dernier pour accéder au parc et à sa célèbre plage, les Mohawks refusent d’y laisser entrer qui que ce soit de l’extérieur.

Selon le maire d’Oka, Pascal Quevillon, le ton a monté entre un visiteur et les gens du barrage routier et on a failli en venir aux coups.

“Présentement, la Sûreté du Québec n’intervient pas. La Sûreté du Québec me répond que c’est un dossier politique, donc j’ai demandé au premier ministre François Legault de demander à la Sûreté du Québec d’intervenir”, a-t-il expliqué en entrevue avec La Presse canadienne.

À Québec, par contre, la ministre de la Sécurité publique, qui remplaçait le premier ministre pour le bilan quotidien de la pandémie au Québec, a servi une fin de non-recevoir à cette demande, renvoyant le dossier à la table de négociation.

“On est en train d’essayer de voir, exactement, quelle solution on pourrait trouver à cette problématique-là”, a déclaré Geneviève Guilbault.

“On comprend qu’il y a des inquiétudes à divers endroits au Québec, notamment dans ce coin-là sur la période de déconfinement qu’on vit (...), mais il ne s’agit pas d’interdire l’accès au parc. C’était prévu que les parcs de la SÉPAQ rouvrent le 20 mai. On est le 20 mai, donc on les décourage de bloquer l’accès au parc”, a-t-elle dit.

La ministre Guilbault, qui est responsable de la SQ, a toutefois écarté un recours à la force.

“Ce n’est pas un enjeu qui actuellement relève de la Sûreté du Québec ou du ministère de la Sécurité publique, c’est vraiment des discussions entre SÉPAQ, Forêt, Faune, Parcs, Affaires autochtones et le grand chef Simon à Kanesatake et la santé publique bien sûr”, a-t-elle dit.

L’unité d’intervention d’urgence de Kanesatake, déployée en réponse à la pandémie, a fait le point mercredi soir par le biais une webdiffusion sur le compte Facebook du conseil mohawk. Ces points de contrôle reflètent la volonté de la communauté qui a été sondée à cet effet, souligne-t-on.

“L’unité d’intervention d’urgence de Kanesatake continuera de faire le nécessaire pour protéger notre population”, a déclaré son porte-parole.

On craint un déferlement de touristes provenant de secteurs durement touchés par la COVID-19, qui risquent de s’arrêter dans les alentours pour se ravitailler et aller aux toilettes puisque celles du parc restent inaccessibles.

Vaines discussions

Rejoint sur les lieux de la barricade, le maire Quevillon a précisé que les Mohawks ne sont pas armés. Il dit avoir discuté de vive voix durant 45 minutes avec le grand chef Serge Otsi Simon, mais en vain.

“J’ai essayé de le raisonner en lui expliquant que c’était impensable, qu’on ne pouvait pas mettre une bulle de verre sur Oka et sur Kanesatake. J’ai des citoyens qui vont travailler à Montréal et qui reviennent à Oka. J’ai des citoyens qui travaillent dans le milieu de la santé, qui travaillent avec des patients qui ont la COVID-19 et qui reviennent à Oka”, a-t-il fait valoir.

“J’ai expliqué au grand chef que toutes les mesures qui ont été mises en place depuis le début par la santé publique pour éviter les engorgements dans les hôpitaux, pour que la santé publique ne perde pas le contrôle, c’est ça la raison initiale pourquoi ils nous ont confinés, qu’ils ont mis des mesures en place. La COVID est là pour rester. Il faut apprendre à vivre avec. Gardons nos distances et soyons respectueux avec les gens qui viennent de Montréal et de Laval”, a plaidé le maire.

Escalade et mise en demeure

Il s’agit d’une escalade par rapport aux dernières semaines, alors que les Mohawks ont érigé cinq barrages routiers sur le territoire de la municipalité pour en contrôler l’accès.

Exaspérée, la municipalité a envoyé une mise en demeure lundi dernier à la Sûreté du Québec de même qu’au ministère des Transports pour faire dégager les barrages routiers.

“Tous les contrôles routiers sont situés dans la municipalité d’Oka. (...) On demande que ces contrôles routiers soient retirés depuis plusieurs semaines et on a envoyé une mise en demeure lundi dernier à la Sûreté du Québec et au ministère des Transports pour qu’ils les retirent”, a dit le maire Quevillon.

Il fait valoir que les Autochtones qui sont installés à ces contrôles routiers, qui sont situés à toutes les entrées de la ville, demandent à tous les conducteurs de présenter leur permis de conduire pour ne laisser passer que les résidants, une démarche qui est illégale.

Miller: “Ce n’est pas une barricade”

Le maire d’Oka reproche par ailleurs à la communauté autochtone de financer cette vigile avec des deniers publics.

“Ce qui est inconcevable, c’est que c’est financé à travers le ministère de Marc Miller, aux Services aux Autochtones qui a versé 533 000 $ à la communauté mohawk pour la gestion de la crise de la COVID-19 et c’est avec cet argent-là qu’ils font des contrôles routiers illégaux dans la municipalité d’Oka”, fulmine-t-il.

À Ottawa, le ministre Miller a toutefois choisi le déni, même si les Autochtones bloquent bel et bien l’accès au parc.

“Ce n’est pas une barricade, c’est un point de sécurité et la sécurité des autochtones sont (sic) d’une importance cruciale. J’ai été informé que le conseil a érigé des points de contrôle routier pour protéger la population et sa communauté contre la COVID-19 dans le contexte où le gouvernement du Québec a lancé son plan de déconfinement”, a-t-il avancé.

“Je suis conscient que cette situation soulève des inquiétudes tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la communauté. Service aux Autochtones Canada, mon département, collabore avec les autorités compétentes, notamment le conseil de bande, le gouvernement du Québec et la Sûreté du Québec pour trouver une solution équitable et sécuritaire à cette situation”, a conclu le ministre Miller.