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Blocus ferroviaire: un pour tous et tous contre un

Le premier ministre Trudeau a démontré, malgré un début chancelant, que la diplomatie et la patience pouvaient être payante.
La crise ferroviaire aura finalement duré 29 jours.
La crise ferroviaire aura finalement duré 29 jours.

Si l’on peut reprocher l’inaction initiale du premier ministre Trudeau dans la crise touchant la Première nation Wet’suwet’en, force est de constater que la patience qu’il prônait était la bonne décision.

La pression venait de partout, notamment de la part de certains homologues provinciaux qui ont préféré le dénoncer publiquement plutôt que d’apaiser les tensions qui pouvaient exister entre les parties prenantes sur leur territoire.

Le rôle de premier ministre est ingrat, surtout lorsque celle ou celui en fonction met ses intérêts de chef de parti politique en veilleuse et porte le véritable manteau du chef d’État. Malgré le fait qu’il occupe ces deux rôles simultanément, certaines situations exigent qu’il se place au-dessus des considérations partisanes qui guident son quotidien (et ses réflexes), qu’il cesse de concentrer son discours strictement vers sa «base» électorale et qu’il puisse jouer un rôle de facilitateur qui contribue à la résolution du conflit.

Conscient des conséquences de chaque geste, il doit mesurer chaque mot qu’il prononce, que ce soit dans les médias, au téléphone ou en personne. Bref, il doit être une solution, et pas un problème supplémentaire. Pour moi, c’est cela la vraie nature d’un chef d’État. Et cette fois-ci, le premier ministre Trudeau a démontré, malgré un début chancelant, que la diplomatie et la patience pouvait être payante.

Tel un joueur de water-polo, le premier ministre canadien tentait de garder la tête hors de l’eau et de demeurer en contrôle de la situation. Pour lui permettre de trouver une solution pacifique, des centaines de personnes travaillaient d’arrache-pied, sous l’eau, pour dénouer l’impasse. Toutefois, des manifestants en appui à la cause portée par les chefs héréditaires Wet’suwet’en ajoutaient un poids qui le ramenait au fond de l’eau, tout comme les commentaires ou tirs «amis» de certains premiers ministres provinciaux.

Dans ces moments, on ne sait jamais si la lenteur des discussions est le fruit d’une stratégie intentionnelle ou de certaines maladresses qui retardent le processus de résolution de conflit. Ce que nous voyons dans les médias et ce qui se passe dans les coulisses sont souvent deux réalités difficiles à réconcilier. Dans ce cas précis, il sera difficile d’en avoir la certitude.

Cependant, dans un contexte de gouvernement minoritaire dont la force et l’influence dépendent de sa capacité à créer des alliances avec ses adversaires et étant donné la multiplication des interlocuteurs autochtones, cette crise aurait donné des cheveux blancs à n’importe qui occupant le rôle de premier ministre du Canada.

Ajoutons à cela le fait que les provinces et territoires du Canada sont plus divisés qu’auparavant sur les grands enjeux tels que l’énergie et qu’ils voient le gouvernement fédéral en position de faiblesse. Après tout, si les partis fédéraux souhaitent gagner un gouvernement majoritaire lors de la prochaine élection, ils devront proposer une vision et des solutions pour régler les problèmes vécus par la population canadienne. Dans ce contexte, quelle belle occasion pour les provinces d’imposer leur programme politique pour en retirer le maximum et ainsi dire aux citoyens qu’ils représentent que leur travail est fait!

«On semble parfois mesurer la bonne gestion d’une crise uniquement par la rapidité avec laquelle on n’y met fin.»

La crise vécue au cours des dernières semaines a démontré que des gestes coordonnés peuvent paralyser l’économie, attirer l’attention des médias et placer les politiciens sur la défensive. La patience peut être payante malgré la pression; un chef d’État doit soupeser l’ensemble des éléments d’une situation avant d’agir, qu’ils soient publics ou non. Quant aux premiers ministres des provinces et territoires, ils ont préféré justifier leurs actions auprès de leur population plutôt que de se placer en partenaire de leur homologue canadien.

Les principes de base de la gestion d’une crise sont toujours les mêmes: rétablir les faits, démontrer une prise en charge au plus haut niveau et accompagner les publics touchés. Le gouvernement Trudeau a tenté d’appliquer ces principes, mais la perception du public est teintée par sa gestion des crises précédentes.

Là où certains voient de la faiblesse, d’autres verront de la sagesse. C’est un travail d’équilibriste que l’on juge sévèrement, parce qu’on semble parfois mesurer la bonne gestion d’une crise uniquement par la rapidité avec laquelle on n’y met fin. Et parfois, la rapidité n’est pas bonne conseillère.

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