POLITIQUE
18/02/2020 10:39 EST | Actualisé 18/02/2020 15:34 EST

Blocus ferroviaire: Trudeau tend la main... mais pas à Scheer!

«C’était la réponse la plus faible jamais entendue face à une crise nationale dans l’histoire du Canada», s'est moqué Andrew Scheer.

Adrian Wyld/PC
Justin Trudeau, le 5 février dernier

Justin Trudeau tend, encore une fois, la main et appelle au dialogue, alors que des manifestations bloquent des voies ferrées pour une 13e journée de suite, mais sa main tendue ne va pas jusqu’à celui qui s’assoit en face de lui à la Chambre des communes.

Le premier ministre a livré un discours à la Chambre, mardi matin. Ceux qui attendaient là un plan d’action précis sont restés sur leur faim. Après ce discours, M. Trudeau a rencontré Yves-François Blanchet, Jagmeet Singh et Elizabeth May, mais pas Andrew Scheer.

“Dans le passé, nous avons vu à quel point ces situations peuvent changer rapidement. Je sais qu’on veut tous trouver une solution. Mais en même temps, il faut absolument éviter que les choses s’aggravent”, a plaidé M. Trudeau dans son discours.

“Arrête de sermonner. Fais quelque chose!”, lui a-t-on crié depuis les banquettes conservatrices.

Lorsque le chef par intérim des conservateurs s’est levé pour répondre au premier ministre, il a manifesté la même impatience que ses troupes.

“La déclaration du premier ministre est un rejet total de responsabilité et un échec de leadership”, a lancé Andrew Scheer, qualifiant de “salade” le discours du premier ministre.

“Tu ne convoques pas le Parlement pour faire une adresse ministérielle si tu n’as rien à dire”, a protesté de son côté le chef bloquiste Yves-François Blanchet. “On a fait des énoncés de valeurs, de principes et de vertu, tous plus louables les uns que les autres, mais qui ne venaient avec rien d’autre”, s’est-il désolé.

M. Trudeau, de son côté, a offert une fois de plus à la communauté Wet’suwet’en de rencontrer sa ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett. “J’espère que l’offre sera acceptée”, a-t-il dit.

Il a également reconnu, une fois de plus, que la patience de plusieurs est à bout, que les manifestations nuisent à l’économie du pays. “Nous devons trouver une solution (...) rapidement”, a-t-il aussi répété.

“C’était la réponse la plus faible jamais entendue face à une crise nationale dans l’histoire du Canada”, a dénoncé M. Scheer.

Nous devons trouver une solution (...) rapidement.Justin Trudeau, premier ministre du Canada

En revenant aux Communes en après-midi, M. Trudeau a dû expliquer pourquoi il a exclu M. Scheer de la réunion des chefs de parti.

“M. Scheer s’est disqualifié de toute conversation constructive sur comment on va pouvoir résoudre de façon paisible cette situation”, a-t-il seulement laissé tomber.

Les chefs bloquiste et néo-démocrate ont semblé donner raison au premier ministre.

“J’ai entendu un discours (...) qui était franchement provocateur à l’endroit des nombreuses communautés autochtones du Québec et du Canada, qui semblait diviser les Autochtones entre les bons Autochtones qui pensent comme lui et les moins bons Autochtones qui ne sont pas d’accord avec lui”, a souligné M. Blanchet.

J’ai entendu moi-même, dans le discours de M. Scheer, des choses qui pourraient évoquer facilement la notion de discrimination.Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Le chef néo-démocrate, lui, est allé plus loin en choisissant un qualificatif pour le discours aux Communes du chef conservateur. “C’était un discours divisif. C’était un discours qui était, en fait, raciste aussi”, a déclaré M. Singh.

Le chef néo-démocrate s’est, par ailleurs, dit “encouragé” par le fait que M. Trudeau reconnaît que le gouvernement fédéral a un rôle à jouer pour régler la situation.

Un débat d’urgence sur la situation était prévu mardi soir, à la demande des néo-démocrates et des bloquistes.

Réunion en Colombie-Britannique

La ministre des Relations Couronne-Autochtones a eu quelques contacts avec les chefs héréditaires de la communauté Wet’suwet’en, mais elle attend toujours une réunion en personne.

“Ils ont proposé une rencontre (...) à la fin du mois. Nous disons maintenant que nous aimerions une rencontre aussi tôt que possible et nous attendons leur invitation pour tenir cette réunion”, a confié Carolyn Bennett à son arrivée aux Communes mardi après-midi.

“Nous reconnaissons l’urgence (de la situation)”, a assuré Bill Blair, ministre fédéral de la Sécurité publique. Mais pas question d’imposer un temps pour la fin des discussions avec les manifestants. “Les limites de temps ne sont pas très utiles dans les négociations”, de l’avis du ministre Blair qui veut faire les choses “correctement”.

Impatience à Québec

Le premier ministre François Legault juge insuffisantes les déclarations de mardi matin de M. Trudeau.

“Il faut vraiment qu’il y ait une action dans les prochaines heures, les prochains jours”, a réclamé M. Legault.

“On est en train de perdre le contrôle. Je ne veux pas retomber dans la crise du propane avec les agriculteurs, je ne veux pas me retrouver qu’on ne soit pas capables de faire décoller des avions parce qu’on n’a plus de carburant”, a-t-il déclaré à Québec.

Les voix des leaders autochtones

À Ottawa, mardi matin, cinq chefs autochtones rencontraient la presse pour faire le point.

Le grand chef de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, a mis en garde contre une possible escalade de la situation.

À ses côtés, le grand chef du conseil de Kanesatake, qui a déjà suggéré de démanteler les barricades pour permettre des négociations, appelait aussi au calme.

“On ne peut pas perdre la bonne foi qu’on a bâtie depuis les 10 dernières années avec la population canadienne”, a dit Serge Simon.

Le chef Simon a toutefois rapporté que sa suggestion de lever les barricades a été mal reçue chez lui. Des manifestants ont cadenassé les portes de son conseil de bande.

Les chefs héréditaires de la Première Nation Wet’suwet’en, dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique, s’opposent au passage du gazoduc malgré l’approbation reçue des conseils de bande élus.

Depuis que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a fait exécuter une première injonction contre les opposants au gazoduc Coastal GasLink, des manifestations ont causé une perturbation du réseau ferroviaire du Canadien National dans l’est du Canada, une suspension de services de train de passagers de Via Rail et une perturbation temporaire de la circulation dans plusieurs villes.