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25/02/2020 16:03 EST | Actualisé 25/02/2020 19:30 EST

Les blocus s'accumulent, mais pas de nouvelles des Wet'suwet'en

Pendant ce temps, Ottawa dit souhaiter une rencontre avec les chefs héréditaires wet’suwet’en.

Lars Hagberg/CP
Des manifestants au blocus de Tyendinaga, lundi 24 février. Une dizaine d'arrestations ont eu lieu sur place lundi.

Les barricades se multipliaient mardi un peu partout au pays alors que les intentions des chefs héréditaires wet’suwet’en n’étaient pas encore connues.

En sortant de la réunion du conseil des ministres, Marc Miller, responsable du portefeuille des Services aux Autochtones, a dit croire que la perspective d’une réunion entre les représentants d’Ottawa et les chefs était de plus en plus probable.

Cette éventuelle rencontre est présentée, depuis la semaine dernière, comme la “clé” pour résoudre la crise.

Pour y arriver, les chefs ont réclamé la suspension des travaux du gazoduc Coastal Gazlink et le retrait de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) de leur territoire.

Le ministre Miller a fait référence aux discussions tenues lundi entre la GRC en Colombie-Britannique et les chefs pour expliquer son optimisme.

“La réunion a eu lieu. Je ne suis pas en mesure de vous en dévoiler le contenu et la conclusion”, a-t-il dit.

“Par respect pour les discussions et le besoin de confiance de tous, nous ne voulons pas donner de détails à ce moment”, a écrit dans un courriel une porte-parole de la GRC, Janelle Shoihet.

Le ministre a maintenu, cependant, que la demande de retrait de la GRC ne peut pas viser plus que le démantèlement du poste de commande, chose qui a été faite vendredi.

“Il n’était pas question d’enlever la GRC de ce territoire de 22 000 km carrés, mais bel et bien de ce centre (...) qui causait pour les chefs héréditaires cette friction”, a répété le ministre, estimant que c’est là la seule demande des chefs wet’suwet’en et de tous ceux qui bloquent voies ferrées et routes pour leur venir en appui.

Multiplication des barricades

Au lendemain d’une dizaine d’arrestations à Tyendinaga en Ontario et 14 arrestations à New Hazelton en Colombie-Britannique, d’autres blocages de voies ferrées ou de routes ont fait leur apparition au pays.

Mardi matin, un groupe de personnes ont bloqué des voies ferroviaires près de Hamilton, causant des perturbations dans le réseau de trains de banlieue GO dans la grande région de Toronto.

Une nouvelle barricade a aussi fait son apparition à Caledonia, en Ontario.

Au Québec, les forces de l’ordre ont multiplié les interventions. Les barricades à Kahnawake et Listuguj, dressées depuis plusieurs jours, étaient menacées par l’obtention d’injonctions qui ordonnent leur démantèlement. Les manifestants qui ont bloqué une portion des rails dans le secteur Lennoxville à Sherbrooke ont été arrêtés. Restait la route 344 entravée à Oka.

En Colombie-Britannique, des manifestants ont bloqué une intersection permettant d’accéder au port de Vancouver. Là aussi, les policiers ont procédé à des arrestations en après-midi.

Les agriculteurs et les entreprises

La Fédération canadienne de l’agriculture (FCA), dont les membres tenaient leur assemblée générale annuelle à Ottawa mardi, a réclamé une intervention du gouvernement Trudeau pour trouver une solution rapide.

“Grosso modo, 7 à 10 jours sont les estimations que nous avons des stocks qui nous restent, autant au niveau du propane que du soya, pour faire face à la situation”, évalue Marcel Groleau, président de l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Québec.

Pourtant, la ministre Mélanie Joly voit une “amélioration de la situation” sur ce front, puisque certaines marchandises essentielles comme le propane peuvent être acheminées par des rails du CP pour éviter des pénuries.

Son collègue aux Transports a fait la même lecture optimiste.

“Nous avons commencé à faire du progrès. Par exemple, hier (lundi), quand la ligne a été partiellement ouverte et le premier train de CN a pu passer entre Toronto et Montréal. On espère que bientôt, tous les trains vont passer à travers le Canada”, a déclaré le ministre Marc Garneau aux Communes, mardi après-midi.

La présidente de la FCA, Mary Robinson, soutient que l’approvisionnement s’est fait dans l’Ouest canadien, mais pas encore dans l’Est. À cela, CP n’avait aucune explication à offrir.

La ministre fédérale de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau, assure qu’elle comprend que les producteurs vivent une situation “très, très difficile” et que le gouvernement tente de trouver le “juste équilibre” pour sortir de cette crise.

De son côté, la Fédération canadienne des entreprises indépendantes (FCEI) a fait ses calculs.

“Les entreprises touchées ont perdu en moyenne 60 000 $ depuis le début des blocages”, écrit-on dans un communiqué de la FCEI qui se base sur un sondage mené par l’organisme, la semaine dernière.

“La perturbation continue des services ferroviaires prend rapidement la forme d’une véritable crise pour les PME”, selon Jasmin Guénette, vice-président des affaires nationales à la FCEI.

Le ministre fédéral des Finances, lui, dit que ses calculs restent à faire.

“C’est difficile de savoir exactement le coût en ce moment, mais on va considérer le coût avec nos projections pour l’économie. (...) C’est encore quelque chose qui est en train d’être fait”, a confié Bill Morneau.

Aux Communes, pendant ce temps

Les problèmes des entreprises ont été soulevés par les conservateurs et les bloquistes aux Communes, durant la période des questions.

“Produits forestiers Résolu planifie des arrêts de production dans une vingtaine d’usines de sciage au Québec et en Ontario. (...) Jusqu’à 5000 travailleurs pourraient être touchés”, a déclaré le député conservateur Pierre Paul-Hus qui accuse le premier ministre Justin Trudeau de ne rien faire pour “régler la crise”.

Le chef bloquiste, lui, a offert quelques suggestions au premier ministre.

“Est-ce que le gouvernement peut considérer autre chose que ce qui a mené à l’échec? Est-ce qu’on peut demander une suspension temporaire des interventions policières? Est ce que le premier ministre peut mettre son popotin ministériel dans un avion, aller en Colombie-Britannique, avec les ministres, régler ça par la négociation, s’il vous plaît”, a lancé Yves-François Blanchet.

Plus tôt dans la journée, en comité parlementaire, les libéraux ont repoussé une tentative de la députée bloquiste Sylvie Bérubé d’entreprendre une étude de “la crise autochtone actuelle”. Les conservateurs et le NPD se sont prononcés en faveur de cette initiative.

Mme Bérubé voulait demander aux principaux acteurs de cette crise, dont les chefs héréditaires wet’suwet’en qui s’opposent au pipeline Coastal Gaslink, de venir témoigner devant le Comité permanent des affaires autochtones et du Nord.

Amnistie internationale s’en mêle

Dans une lettre envoyée au premier ministre Justin Trudeau, Amnistie internationale critique la gestion de cette crise par le gouvernement fédéral.

“Si votre gouvernement a d’abord fait preuve d’une remarquable retenue, vous avez cependant fini par acquiescer à la coercition, qui est maintenant menée par les forces de police nationale, provinciales et municipales dans tout le pays”, peut-on y lire.

Amnistie internationale demande au gouvernement d’acquiescer aux demandes des chefs héréditaires wet’suwet’en et de veiller à ce que les personnes arrêtées soient relâchées sans conditions.

L’organisation demande également à ce que Justin Trudeau s’engage “directement et personnellement” dans ces discussions avec les chefs autochtones.