POLITIQUE
24/09/2019 10:25 EDT | Actualisé 24/09/2019 19:58 EDT

Le Bloc veut une connaissance suffisante du français comme condition à la citoyenneté

À l’heure actuelle, au Québec, la connaissance de l’anglais ou du français est exigée.

Maskot via Getty Images

Le Bloc québécois revient à la charge avec sa volonté de faire de la connaissance du français une condition pour obtenir la citoyenneté canadienne à partir du Québec et de faire appliquer la loi 101 aux entreprises de compétence fédérale dans la province.

Le parti avait déjà déposé des projets de loi en ce sens, lors du dernier mandat.

Pour celui sur la citoyenneté, le Bloc s’était fait accuser de racisme par des députés libéraux, a déploré mardi le chef du Bloc, Yves-François Blanchet, au cours d’une conférence de presse à Montréal. Le porteur du projet de loi, Mario Beaulieu, avait répliqué que certains libéraux affichaient «presque une haine» du Québec francophone.

L’idée serait d’exiger une connaissance suffisante du français pour obtenir la citoyenneté à partir du Québec. À l’heure actuelle, la connaissance de l’anglais ou du français est exigée. Mais le Bloc estime que comme le français est la langue officielle du Québec, il serait normal d’exiger la connaissance du français.

La mesure toucherait les candidats à l’immigration, et non les réfugiés.

 

«C’est pas quelque chose de vilain, c’est pas quelque chose d’outrancier, c’est surtout pas quelque chose de raciste, c’est quelque chose de responsable. Comment et à quel titre peut-on prétendre recevoir des dizaines de milliers de personnes à chaque année sur le territoire québécois sans leur donner le premier outil, l’outil fondamental de leur intégration heureuse dans la société québécoise? Cet outil c’est une maîtrise minimale de la langue française”, a-t-il résumé.

Et si le candidat à l’immigration n’y parvenait pas du premier coup, il pourrait se reprendre une deuxième, voire une troisième fois. M. Blanchet a dit ne pas être partisan d’un renvoi des candidats.

«Il y a plusieurs scénarios possibles lorsque ça se produit: soit plus de temps, une insistance aimable et particulière pour aller compléter le processus. Et je pense qu’il faut commencer d’abord par ça. On n’est pas les tenants de commencer à renvoyer les gens chez eux», a-t-il assuré.

«Je pense très sincèrement qu’une fois que la loi va être adoptée, en espérant qu’elle le soit, les gens vont comprendre. Un des grands problèmes de l’intégration des immigrants au Québec, c’est la confusion du message» linguistique, parce que les nouveaux arrivants croient que quand ils arrivent à Dorval, ils arrivent dans un territoire anglophone ou bilingue, affirme M. Blanchet.

Le chef bloquiste fait aujourd’hui le pari que comme le gouvernement de la Coalition avenir Québec propose également un test de connaissance du français aux nouveaux arrivants, le contexte serait plus propice à l’adoption du projet de loi. Il voit là une convergence des positions.

M. Blanchet a d’ailleurs lancé un appel aux chefs des autres partis, leur demandant de s’engager en faveur d’un tel projet de loi déposé par le Bloc. Visant nommément les chefs du NPD et du Parti conservateur, Jagmeet Singh et Andrew Scheer, qui se sont dits proches des Québécois, il leur a lancé: «j’attends des conservateurs et du NPD qu’ils s’engagent à voter avec nous; je n’en attends pas tant des libéraux, parce que je pense qu’ils imploseraient avant d’y arriver».

Prise 4 pour la loi 101

Le Bloc a déjà tenté à trois reprises de proposer l’application de la loi 101 aux sociétés sous compétence fédérale - comme les banques, les aéroports et le secteur des télécommunications - afin que la langue de travail et d’affichage soit le français en territoire québécois.

La dernière fois, c’était le député Simon Marcil qui avait déposé le projet de loi C-420 pour harmoniser les lois canadiennes et québécoises, dont celles sur la langue. Il s’était attiré les foudres du député libéral Anthony Housefather qui avait répété que c’était une «honte».

Devant l’édifice de la Société de transports de l’Outaouais, mardi après-midi, M. Blanchet s’est engagé à déposer un quatrième projet de loi en ce sens. Il précise que des mesures précises au cas par cas devront être développées avec les institutions concernées. Mais l’objectif reste le même: mettre fin à l’affichage bilingue sur le territoire québécois.

«Moi, j’ai oeuvré à la Société Radio-Canada avec beaucoup de plaisir pendant une couple d’années, mais la loi 101 n’avait pas droit de cité à Radio-Canada. Alors on pouvait se trouver avec des trucs anglais, des trucs français, des trucs bilingues. Et mon impression, c’est que ce quartier-là de la Ville de Montréal est un des plus francophones et est au Québec. Ça doit s’appliquer partout pareil», a affirmé M. Blanchet.

Là encore, l’application de la loi 101 aux entreprises de compétence fédérale est une autre demande du premier ministre de Québec, François Legault. Le Nouveau Parti démocratique s’est lui aussi engagé à respecter cette demande.

Bref passage en Ontario

M. Blanchet, qui multiplie les mêlées de presse chaque jour, s’est rendu devant l’imposant drapeau franco-ontarien qui trône au-dessus de la municipalité de Casselman, à moins d’une heure de route d’Ottawa, pour présenter des engagements qui bénéficieraient aussi aux minorités francophones hors Québec.

Il propose de rendre obligatoire le bilinguisme pour les juges de la Cour suprême, de donner plus de pouvoirs au Commissariat aux langues officielles du Canada et de bonifier la Loi sur les langues officielles, afin d’y inscrire la différence entre la situation des minorités francophones au Canada et celle des anglophones au Québec.

Dans le cas d’un Québec souverain, le chef bloquiste souhaite aussi inscrire une forme d’entente afin que les minorités francophones au Canada soient aussi bien traitées que les Anglo-Québécois. son avis, cette clause serait une «garantie solide de la pérennité d’existence de communautés francophones et acadiennes à l’extérieur du Québec».

M. Blanchet a dit ne pas croire que la brève incursion de sa formation québécoise en Ontario allait être mal perçue.

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