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24/07/2019 07:28 EDT | Actualisé 24/07/2019 14:56 EDT

Bell met la main sur V

Les détails financiers de la transaction n’ont pas été divulgués.

Roberto Machado Noa via Getty Images

Déjà bien présent dans le paysage télévisuel au Québec, Bell achète la chaîne généraliste francophone V des mains de Groupe V Média, ouvrant du même coup un autre front dans sa rivalité avec Québecor.

Au petit écran, les deux conglomérats s’affrontaient déjà dans certains créneaux spécialisés, dont le sport, mais dans la langue de Molière, Bell ne possédait pas une chaîne généraliste, contrairement à son rival, propriétaire de TVA.

“Je pense que cette acquisition nous amène à concurrencer encore mieux notre plus proche rival”, a expliqué mercredi la présidente de Bell Média pour le Québec, Karine Moses, au cours d’une entrevue téléphonique à laquelle participait aussi le président et fondateur de Groupe V Média, Maxime Rémillard.

L’entente, dont les détails financiers n’ont pas été dévoilés et qui sera assurément scrutée par les autorités fédérales, comprend aussi le service de vidéo sur demande Noovo.ca. et le site 25 Stanley. Groupe V Média conservera les chaînes spécialisées Max et Elle Fictions - qui remplace MusiquePlus. Environ 165 employés sont concernées, mais ni Bell ni Groupe V Média n’ont voulu spéculer sur leur avenir.

Alors que les plateformes comme Netflix viennent chambouler les habitudes de visionnement, Bell, qui détient notamment le Réseau des sports, Canal D, Canal Vie, Z, VRAK, Investigation, Super Écran, Cinépop et la chaîne anglophone CTV Montréal, estime pouvoir gagner son pari en “mettant à profit sa machine”.

On croit en la télévision conventionnelle.Karine Moses, présidente de Bell Média pour le Québec

“C’est un actif (V) qui manquait à notre portefeuille. Les chaînes conventionnelles sont des véhicules importants pour les producteurs indépendants québécois.”

Bell Média se présente comme le “plus important radiodiffuseur du Québec avec 25 stations dans 14 collectivités”.

La dirigeante de Bell Média au Québec a bon espoir d’obtenir un feu vert du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), qui avait bloqué, l’an dernier, l’achat des chaînes spécialisées Historia et Séries+ auprès de Corus. L’organisme fédéral avait également refusé la demande du conglomérat qui voulait réduire son budget de contenu original francophone.

Selon Mme Moses, l’entreprise détient des parts de marché d’environ 16 pour cent dans le marché télévisuel québécois. Elles passeraient à près de 22 pour cent avec V, ce qui est bien loin du “Groupe TVA, avec près de 37 ou 38 pour cent”.

Dans un courriel, le CRTC a indiqué ne pas avoir encore reçu de demande afin d’analyser la transaction, soulignant qu’il traitera “sans délai” toute transaction permettant à une seule entité de contrôler moins de 35 pour cent du marché télévisuel.

Contexte difficile

Pour l’année se terminant le 26 août 2018, Groupe V Média a affiché une perte d’exploitation de 2,4 millions $, d’après des données du CRTC, qui ne détaille pas la performance de chaque chaîne. En 2017, la perte s’était chiffrée à 2,8 millions $.

“L’industrie des médias est en profonde mutation, a dit M. Rémillard, dont le groupe avait mis la main sur la chaîne généraliste en 2008 alors qu’elle portait le nom de TQS.”

Pour un groupe indépendant, c’est de plus en plus difficile. Je crois que l’avenir appartient aux groupes qui seront intégrés verticalement.Maxime Rémillard

Groupe V Média avait été épaulé par Investissement Québec (IQ) - le bras financier de l’État québécois -, la Caisse de dépôt et placement du Québec et le Fonds de solidarité FTQ en 2014. Ceux-ci avaient acquis ensemble une participation totalisant 45 pour cent.

Les trois investisseurs institutionnels demeureront au sein de l’entreprise, qui changera de nom et qui continuera d’exploiter ses deux chaînes spécialisées. Même si le montant de la transaction n’a pas été divulgué, M. Rémillard a affirmé que “tous les actionnaires étaient heureux”.

“Au niveau de la valeur totale, il n’y aura pas de pertes pour la population, a dit le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, en marge d’une annonce à Montréal. Selon notre évaluation de la valeur, c’est un profit qui serait fait par IQ.”

En septembre 2014, c’est une somme de 7,5 millions $ qui avait été injectée par IQ dans le capital-actions de Groupe V Média.

Des plus et des moins

Dans un contexte où les géants numériques étrangers sont de plus en plus présents, voir un joueur canadien “lever la main” pour acheter une “petite chaîne généraliste” constitue une bonne nouvelle, a estimé Pierre C. Bélanger, professeur titulaire au département de communications de l’Université d’Ottawa.

“C’est sain pour l’avenir de l’industrie, a-t-il estimé au cours d’un entretien téléphonique. La concurrence va s’accroître et les joueurs seront appelés à élever leur jeu d’un cran.”

Son collègue Marc-François Bernier, qui enseigne au Département de communication de la même institution, a toutefois rappelé que la concentration médiatique ne constituait jamais une nouvelle positive pour une “société démocratique”.

Si le CRTC donne son aval, le professeur espère que l’organisme fédéral retirera les privilèges qui avaient été accordés à V au cours des dernières années.

“Il n’y avait pas de salle de nouvelles chez V, a rappelé M. Bernier. La chaîne achète en grande partie des nouvelles produites par d’autres. Si le CRTC laisse Bell prendre possession de V, il faudra imposer des conditions similaires à celles de TVA, comme avoir des salles de presse et faire de l’information publique.”

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