Maxime Bernier (Étienne Brière/HuffPost Québec)
Étienne Brière/HuffPost Québec
Maxime Bernier (Étienne Brière/HuffPost Québec)
POLITIQUE
12/10/2019 08:39 EDT

En Beauce, Maxime Bernier fait maintenant face à son plus grand défi

Le chef du Parti populaire du Canada y affronte le conservateur Richard Lehoux, un ancien producteur laitier et un ancien maire dans la région. Le HuffPost s'est rendu sur place pour prendre le pouls de la circonscription.

Saint-Georges, Québec — Sur la route à deux voies qui longe la rivière Chaudière, d’innombrables panneaux affichent un même message : « Nous embauchons! »

La scène se répète de ville en ville, à la grandeur de la circonscription fédérale de Beauce. Même la station-service de Sainte-Marie, où j’ai fait le plein de ma voiture de location, essaie de recruter du personnel en apposant une offre d’emploi sur chaque pompe à essence.

Avec un taux de chômage d’à peine 2,3 pour cent au mois d’août, la Beauce vit la pire pénurie de main d’œuvre au Canada. Mais contrairement à d’autres personnes influentes de la région, le député sortant Maxime Bernier se garde bien de prononcer le mot « crise ».

Voyez notre reportage vidéo ci-dessous:

Du haut de ses 6 pieds 2 pouces, l’homme de 56 ans règne depuis 2006 sur un territoire qui s’étend de la périphérie de Québec à la frontière américaine. Son père Gilles a détenu la même circonscription de 1984 à 1997, d’abord sous la bannière du Parti progressiste-conservateur de Brian Mulroney, puis à titre de député indépendant.

Stephen Harper aurait invité Gilles Bernier à faire un retour en politique active en 2004, mais l’histoire veut que celui-ci ait recommandé son fils, qui était alors vice-président de l’Institut économique de Montréal.

Maxime Bernier a remporté l’élection haut la main avec 67 pour cent des suffrages exprimés. Après avoir été réélu trois fois, il doit actuellement mener la campagne la plus difficile de sa carrière.

« Les Beaucerons me connaissent, mais ils ne connaissent pas le nom de notre parti », affirme-t-il au beau milieu des banderoles et des affiches du Parti populaire du Canada (PPC).

Jacques Boissinot/PC
Maxime Bernier au lancement de sa campagne, le 25 août dernier, à Sainte-Marie

« Je leur dis que je suis le même gars, que je reste en politique pour les mêmes raisons. Je me bats pour obtenir plus de libertés et un gouvernement de taille réduite, ce qui représente bien l’identité beauceronne. Je suis persuadé que tout ira pour le mieux, mais je devrai travailler fort. J’admets que la compétition est plus forte qu’avant, mais j’aime la compétition et le libre-marché, alors je suis prêt! »

Au début d’août, un sondage Mainstreet montrait déjà que Bernier était au coude-à-coude avec son rival conservateur Richard Lehoux. Et le plus récent sondage de cette même firme, mené le 9 octobre dernier, confirme cette lutte serrée. Le site web Qc125.com qualifie actuellement la circonscription de « PPC enclin ». Les autres opposants sont Adam Veilleux du Parti libéral, Guillaume Rodrigue du Bloc québécois, François Jacques-Côté, du Nouveau Parti démocratique et Josiane Fortin du Parti Vert. Sans oublier Maxime Bernier... du Parti Rhinoceros.

Après une année de dur labeur, Bernier a réussi à se tailler une place aux grands débats télévisés. Son parti compte maintenant 40 000 membres et des candidats dans presque toutes les 338 circonscriptions fédérales.

Or, cet appui a été obtenu en diffusant des messages incendiaires, dénonçant aussi bien le « multiculturalisme extrême » que le Pacte mondial sur les migrations de l’ONU. Bernier aurait même posé sans le savoir avec des nationalistes blancs.

Il y a deux semaine, un candidat de Nouvelle-Écosse a renoncé à se présenter pour le PPC, alléguant que ce parti était devenu « très dangereux » et un « véhicule pour le racisme ». La même semaine, Bernier a réaffirmé son appui à deux candidats qui avaient partagé dans les réseaux sociaux une caricature de Jagmeet Singh avec une bombe dans son turban (le chef du NPD est un Sikh pratiquant).

Bernier se défend d’être raciste, mais il utilise encore des termes clivants, au même titre que ses collaborateurs.

Lors du premier congrès du PPC, au mois d’août, Bernier a partagé la tribune avec un ex-candidat conservateur du nom de Benjamin Dichter, qui a accusé les conservateurs et les libéraux d’être infiltrés par des « extrémistes islamistes ». Au lancement de la campagne du PPC, à Sainte-Marie de Beauce, la candidate de Montarville Julie Lavallée a parlé de son amour du voyage et des coutumes des pays hôtes. « Mais quand je reviens au Canada, je veux vivre comme une Canadienne! », a-t-elle ajouté devant une foule en liesse.

La volonté de réduire les seuils d’immigration semble aller à l’encontre des besoins de la région, qui ne parvient pas à trouver la main d’œuvre susceptible d’assurer sa croissance à long terme.

« Ça résonne faux dans certaines oreilles », affirme Hélène Latulippe, directrice générale du Conseil économique de Beauce. En effet, la région manque de relève depuis près de dix ans, ce qui a donné lieu à diverses initiatives de recrutement à l’échelle nationale et internationale. Mme Latulippe espère que les candidats fédéraux faciliteront la venue de nouveaux travailleurs immigrés.

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L'usine EBI Electric de Saint-Georges

Or, le recrutement à l’étranger est un processus qui prend du temps et limite souvent le nombre de travailleurs attribuables à une entreprise. C’est pourquoi le Conseil économique de Beauce invite les politiciens à hausser de 20 pour cent les quotas du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET), de manière à satisfaire aux besoins de l’industrie locale.

« Le PTET a été conçu pour combler des besoins temporaires, mais les entreprises d’ici y ont recours pour trouver des employés permanents, dans l’espoir que ceux-ci fassent venir leur famille et s’installent définitivement à Saint-Georges », ajoute Mme Latulippe.

Mélanie Grenier est responsable de l’accueil des immigrants au Carrefour jeunesse-emploi de Beauce-Sud.

« Nous, ce qu’on voit, c’est la détresse des travailleurs étrangers temporaires et de leur famille », affirme-t-elle. Les travailleurs peu qualifiés ne peuvent pas faire venir leurs proches, tandis que les travailleurs les plus qualifiés provenant d’un pays pour lequel le Canada exige un visa se retrouvent souvent dans une impasse. L’Agence des services frontaliers refuse de laisser entrer leurs proches, de crainte que ceux-ci ne retournent jamais dans leur pays d’origine.

« On prend des travailleurs temporaires dans l’objectif de les rendre permanents », ajoute-t-elle, avant de dénoncer les tracasseries administratives dont ils font l’objet. « Ils se font refuser des visas, ils se font refuser des permis, c’est comme une loterie! Tout dépend de l’agent qui analyse le dossier. On aimerait que les règles soient simplifiées. Dès qu’on accepte un travailleur, on doit accepter sa famille. »

* * *

Le manque de main d’œuvre ne touche pas que l’industrie manufacturière. À titre de producteur laitier, Frédéric Marcoux constate que ses collègues peinent à trouver de la main d’œuvre, y compris pour les postes nécessitant peu de qualifications.

« Nous avons un candidat qui veut freiner l’immigration, et un autre qui – je ne sais pas exactement ce qu’en pense Richard Lehoux, mais je sais qu’il est au courant des difficultés des entreprises. Il est beaucoup plus ancré dans la réalité du terrain que Maxime Bernier. »

Le résident de Sainte-Marguerite admet avoir soutenu financièrement la campagne de Richard Lehoux, sans y avoir pris part activement.

Il reconnaît que le discours de Bernier sur l’immigration trouve certains échos auprès de la population : « On ne va pas se le cacher, faire campagne sur l’immigration va certainement séduire l’électorat. »

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Frédéric Marcoux, producteur laitier

Or, il y a peu d’immigrants en Beauce. La région compte quelques musulmans, mais les grands centres régionaux de Sainte-Marie et Saint-Georges sont dépourvus de mosquée.

Le producteur laitier ne s’attend pas à voir des travailleurs originaires du Maghreb se bousculer au portillon, mais il ne s’opposerait pas à la construction d’une mosquée si cela peut les attirer.

« Personnellement, tant que je ne me fais pas harceler pour me faire convertir, je n’ai pas de problème. Ils feront ce qu’ils veulent, si ça peut amener de la main d’œuvre, ça ne me dérange pas beaucoup. »

Les gens ont peur d’une chose qu’ils ne connaissent pas. Ce qui est différent suscite toujours des craintes. Si vous n’avez jamais côtoyé ces gens, il est normal que vous soyez inquiets.Frédéric Marcoux, producteur laitier

Cela dit, la fidélité des appuis à Maxime Bernier est loin de le surprendre.

« Les Beaucerons ne sont pas du mauvais monde, ils sont travaillants. Beaucoup de gens travaillent très fort dans les usines et paient des impôts. Si on leur promet mer et monde, si on leur dit qu’on va couper les impôts et qu’il restera plus d’argent dans leurs poches, ça va certainement leur plaire. »

« Richard Lehoux a quand même de très bonnes chances de déloger Maxime Bernier », conclut-il avant que je ne reprenne la route.

* * *

Richard Lehoux était à la retraite depuis quelques mois lorsque le Parti conservateur l’a contacté. Sentant que quelque chose manquait à son existence, il ne s’est pas fait prier pour renouer avec la politique active.

Ce petit homme amical et jovial m’a accueilli dans une ferme bleuetière avec son épouse, un organisateur local et l’un de ses dix petits-enfants.

Le candidat se targue d’avoir été producteur laitier durant 35 ans et d’avoir élevé des vaches Holstein exportées dans plus de 30 pays. Ses fils ont pris la relève de la ferme familiale depuis un certain temps. Mais aux environs de Sainte-Marie, Lehoux est connu pour son implication politique, puisqu’il a été maire de Saint-Elzéar durant 19 ans, préfet de la MRC de La Nouvelle-Beauce durant 17 ans, et président de la Fédération Québécoise des municipalités (FQM) jusqu’à tout récemment.

Membre en règle du Parti conservateur depuis les début des années 1980 – sauf lorsqu’il était président de la FQM – Lehoux a fait du bénévolat pour assurer la transition après le départ de Maxime Bernier.

« Mais ils ont insisté pour que je sois candidat », précise-t-il.

Avec l’approbation de son épouse, il parcourt donc les routes de la circonscription sans relâche.

« À 62 ans, je ne suis pas complètement au bout de l’exercice. J’ai encore des belles choses à accomplir si les gens me font confiance le 21 octobre prochain. »

Lehoux se dit préoccupé par la pénurie de main d’œuvre : « Il y a une problématique ici. C’est vraiment criant et important. »

Selon lui, le gouvernement fédéral doit jouer un rôle plus important en matière d’immigration. Il est injuste que les entreprises de la région ne puissent pas attirer davantage de travailleurs parce qu’elles ont déjà rempli leurs quotas.

Nous aimerions attirer plus d’immigrants, car nous obtenons d’excellents résultats en matière d’intégration.Richard Lehoux, candidat conservateur

Il ajoute qu’il faudrait effectuer une meilleure sélection des candidats : « La clientèle immigrante dont on a besoin n’est pas toujours celle qui arrive. »

Lehoux est heureux que son chef appuie le retour au travail des aînés sans pénalité financière. Le Parti conservateur propose en effet d’augmenter le Crédit d’impôt en raison de l’âge pour les aînés à revenus faible ou moyen, ce qui leur permettrait d’empocher jusqu’à 150 dollars de plus par personne et par année.

Lehoux tient également à favoriser l’accès à la téléphonie cellulaire et à Internet haute vitesse : « Il n’est pas normal qu’une technologie prenne 20 ans à se déployer hors des centres urbains. Tous les citoyens devraient avoir des services de même qualité. »

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Richard Lehoux

Il n’est guère surprenant que le maintien de la gestion de l’offre soit un autre de ses thèmes de prédilection, puisque son adversaire Maxime Bernier a fait de son abolition son principal cri de ralliement. Bernier considère ce système de quotas, de contrôle des importations et de fixation des prix comme un fardeau pour les consommateurs. Au contraire, les producteurs d’œufs, de volaille et de produits laitiers le considèrent comme un mécanisme essentiel à la prospérité rurale et à viabilité des fermes familiales.

Lehoux peut compter sur l’appui des nombreux producteurs laitiers de la région, qui se sont mobilisés par centaines et ont contribué à la défaite de Bernier dans sa propre circonscription, par un score de 51 contre 49 pour cent, lors de la course à la chefferie du Parti conservateur de 2017. Ce résultat a lui-même contribué à l’élection d’Andrew Scheer par une marge tout aussi serrée à l’échelle nationale.

Selon Lehoux, les conditions de vie rurales ont empiré dans tous les pays qui ont libéralisé leur industrie laitière : « Que ce soit en Nouvelle-Zélande, en Australie, en France, en Belgique ou en Suisse, c’est loin d’être rose pour les agriculteurs. »

Le candidat approuve l’engagement d’Andrew Scheer de ne plus concéder de parts de marché dans le cadre d’accords internationaux, comme ce fut le cas avec l’Accord économique et commercial global Canada-Union européenne (AECG), l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP), ainsi que l’ALENA modifié, maintenant connu sous le nom d’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).

L’agriculture est un moteur économique important. On le sous-estime souvent.Richard Lehoux, candidat conservateur

Lehoux est confiant d’avoir la faveur de l’électorat grâce aux enjeux qui le distinguent de Maxime Bernier, même s’il estime que Scheer gagnerait à être mieux connu. Il se dit tout de même satisfait de ses nombreux passages au Québec au cours des six derniers mois, et insiste sur le fait que le chef lui prête une oreille attentive.

Le conservatisme social de Scheer ne semble pas être un irritant. Lehoux affirme ne jamais avoir été questionné au sujet de l’avortement ou du mariage gai en faisant du porte-à-porte, mais il demeure prudent par rapport à ces enjeux.

« Je me qualifierais davantage comme pro-choix, mais je vais consulter la population en temps et lieux, ici dans la région », a-t-il répondu lorsque j’ai voulu savoir ce qu’il pense lui-même de l’avortement.

* * *

Richard Lehoux était sans doute trop poli pour me dire ce qu’il pensait vraiment de Maxime Bernier. Mais les producteurs laitiers de la région n’ont pas la langue dans leur poche, et certains d’entre eux ont tenu à clarifier les propos du candidat conservateur.

Lorsque de graves inondations ont dévasté la Beauce au mois d’avril, Maxime Bernier a mis plusieurs jours avant de se rendre sur les lieux. Le 16 avril, il s’est contenté de souhaiter « bon courage » aux résidents via Facebook, sans quitter la Colombie-Britannique. En fin de compte, plus de 250 résidences ont été inondées et de nombreux immeubles ont dû être démolis au centre-ville de Sainte-Marie.

Était-ce un exemple de l’entraide dont parlait Richard Lehoux? Chose certaine, plusieurs agriculteurs s’interrogent sur le lien qui unit Maxime Bernier à sa région d’origine.

À titre d’acériculteur et de producteur laitier retraité, Bertrand Boutin remet en question la proximité de Bernier avec son électorat :

« Bernier, ce n’est pas un gars de la Beauce » m’a-t-il confié après m’avoir fait visiter sa ferme. « Il a été élu grâce à la notoriété de son père, un politicien qui écoutait le peuple, qui était avec le peuple. M. Bernier, c’est un Montréalais qui se fout carrément de la Beauce. »

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Le producteur laitier retraité Bertrand Boutin milite en faveur du candidat conservateur Richard Lehoux.

Établi dans le quartier Saint-Jean-de-la-Lande, à Saint-Georges, Boutin appuie Richard Lehoux sans réserve. Il s’est mobilisé contre Bernier lors de la course à la chefferie de 2017, et pense que le député sortant ne mérite plus de représenter la région.

« Il nous a traités d’illettrés économiques et nous a comparés à la mafia », dit-il, en faisant allusion à la coopérative des Producteurs et productrices acéricoles du Québec. « Qu’un candidat puisse traiter des gens comme ça, c’est du jamais vu! Je pense qu’il faut avoir plus de respect pour les électeurs. »

Selon Boutin, Maxime Bernier serait « antisyndical » et davantage préoccupé par le bien-être des multinationales.

« Il aime tellement la Beauce qu’il est allé se marier en Floride le 27 juin. Il aurait pu faire l’activité ici, ça nous a fait rire un peu », conclut-il.

* * *

Pour sa part, Maxime Bernier est prêt à en découdre avec ses adversaires et affirme que la campagne actuelle est la plus exaltante de sa carrière.

« J’ai toujours aimé la compétition. J’ai un compétiteur actuellement [Lehoux, NDLR] qui est là pour défendre ses propres intérêts financiers, la gestion de l’offre, comme vous le savez. Et moi je vais défendre comme d’habitude l’ensemble des Beaucerons. »

Et puisque l’immigration est le principal défi de la région, Bernier tient à apporter des précisions qui sauront convaincre ses concitoyens :

« Sur les 310 000 nouveaux Canadiens qu’on va recevoir cette année, seulement 26 % – et ça c’est une étude indépendante qui le dit – sont des immigrants de nature économique. Ces gens-là viennent avec leur famille immédiate, ce qui fait monter le chiffre à 55 %, mais il n’y a que 26 % d’entre eux qui viennent ici en raison de leur expertise », précise-t-il.

Bernier souhaite hausser la proportion de véritables immigrants économiques à 55 %, tout en réduisant le nombre de personnes admises au pays à 150 000 par année. Cela devrait suffire à combler les besoins des entreprises beauceronnes.

À en croire le principal intéressé, les gens veulent le programme de Maxime Bernier, mais ils ne le savent pas encore!

« Les gens veulent moins de réfugiés. Je leur offre moins de réfugiés. Il est insensé que le Canada accueille plus de réfugiés que les États-Unis, alors que les États-Unis ont une population dix fois supérieure à la nôtre. »

En ce qui concerne les travailleurs étrangers temporaires, Bernier affirme vouloir en discuter avec le gouvernement du Québec. « Je reconnais qu’il faut des travailleurs étrangers temporaires pour travailler dans les champs et cueillir les fruits. Je dois expliquer comment mon programme est le plus apte à combler ces besoins. »

Jacques Boissinot/PC
Maxime Bernier et sa femme Catherine Letarte au lancement de la campagne du chef du Parti populaire du Canada, le 25 août dernier, à Sainte-Marie.

Bernier minimise la possibilité que les électeurs de Beauce soient tentés de choisir un candidat qui fera partie du prochain gouvernement afin d’obtenir plus de services.

Il qualifie de « propagande partisane » les allégations à l’effet qu’il était absent durant les inondations, ou qu’il serait venu uniquement pour y être pris en photo. 

Les gens qui me lancent de la boue n’osent pas m’affronter sur le terrain des idées.Maxime Bernier, chef du Parti populaire du Canada

Bernier reconnaît que certains agriculteurs lui en veulent, mais la prochaine élection sera ouverte à 90 000 résidents, et non seulement à un millier de membres du Parti conservateur.

« [Les conservateurs] vont dépenser le maximum en Beauce pour me battre. Ils vont tout faire pour empêcher mon parti d’avoir une présence au Parlement. Mais ça fait partie de la game. Je suis prêt, je n’ai pas de problème avec ça. »

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L’ex-député Gilles Bernier affirme être fier de son fils et de son « audacieux projet ».

« Ça prend beaucoup de courage pour fonder un parti. Et jusqu’à maintenant, c’est un véritable phénomène politique qui se produit. »

« Maxime est très populaire dans la région, et je crois que ça va continuer », a-t-il ajouté en observant les quelque 600 personnes rassemblées à l’aréna de Sainte-Marie lors du lancement de campagne du PPC.

« Et que pensez-vous de la machine conservatrice? », lui ai-je demandé.

« On a la machine Bernier! »

Il apparaît donc évident que la victoire se jouera sur le terrain le 21 octobre.

Avec ses 31 000 habitants, la métropole régionale de Saint-Georges pourrait faire pencher la balance. Richard Lehoux est le favori au nord de la circonscription, à Sainte-Marie en particulier. Le candidat conservateur peut compter sur sa notoriété de maire, de préfet et d’agriculteur aux environs de cette municipalité de 13 000 habitants. Pour sa part, Maxime Bernier est originaire de Saint-Georges. Son père habite à quelques pas de la résidence du maire Claude Morin.

Habitué aux campagnes électorales, puisqu’il a été député de l’ADQ et candidat libéral fédéral en 2011, le maire de Saint-Georges constate que les deux Bernier font la tournée des lieux de manière assidue.

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Claude Morin, le maire de Saint-Georges (Étienne Brière/HuffPost Québec)

« Maxime, on l’a toujours dit, c’est un peu une rock star, mais il n’a pas livré la marchandise pour les gens d’ici, même quand il était avec le gouvernement Harper », affirme-t-il.

Claude Morin accorde tout de même un certain mérite à Maxime Bernier : « Il a du guts. Il n’est pas nerveux. Il prend position contre les agriculteurs. Il faut lui donner le courage qu’il a. »

À titre d’agriculteur, Bertrand Boutin espère évidemment que Bernier sera défait. Mais l’ex-capitaine de navire Richard Déry n’est pas aussi catégorique.

Rencontré sur le bord de la rivière alors qu’il lisait un livre, Déry a confirmé que le député sortant bénéficie d’une cote de popularité élevée. Il reconnaît que sa critique de l’immigration touche un certain public : « Je ne sais pas pour Saint-Georges, mais dans les campagnes, les gens sont un peu racistes. »

« Maxime et son père sont très visibles », ajoute-t-il. « Ils vont à toutes les funérailles, ils envoient des cartes d’anniversaire. »

« Qu’il s’agisse de Julie Couillard, de la Loi 101 ou des clés de sa voiture, Maxime a une réputation de Gaston Lagaffe. Mais il est aimé sans condition, quelles que soient ses erreurs passées », conclut-il en riant. « Je pense qu’il va être réélu. »

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