POLITIQUE
20/02/2020 10:28 EST | Actualisé 20/02/2020 20:25 EST

Barricade de Saint-Lambert: l'injonction remise aux manifestants

L'injonction sera en vigueur jusqu'au 28 février à 16 h.

Ryan Remiorz/La Presse canadienn
Un huissier a remis une copie de l'injonction à tous les manifestants, jeudi soir.

Le Canadien National (CN) a obtenu une injonction temporaire du tribunal pour que cesse l’obstruction, par des manifestants, d’une voie ferrée de Saint-Lambert, en Montérégie.

Un huissier, entouré de policiers, a remis en début de soirée des copies de l’injonction à la vingtaine de manifestants qui occupaient les lieux.

Ceux-ci ne donnaient aucun signe de vouloir obéir à l’injonction.

En vertu de cette injonction accordée par la juge France Dulude, il est notamment interdit à quiconque d’occuper les voies d’accès, les passages à niveau et les voies ferrées appartenant au CN dans l’ensemble de la province. L’injonction intime aussi à quiconque d’agir de façon à empêcher, à entraver et à retarder les opérations ferroviaires du plaignant. La juge ordonne qu’aucune menace ou intimidation ne soit proférée contre un employé, un client ou un représentant du CN dans l’exécution de la décision du tribunal.

L’injonction sera en vigueur jusqu’au 28 février à 16 h.

Le premier ministre François Legault avait promis jeudi matin que la barricade serait démantelée par le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) lorsque l’injonction serait délivrée. Le SPAL a préféré ne pas commenter la situation lorsque joint par La Presse canadienne.

Le blocus paralyse depuis mercredi le service de la ligne de train de banlieue Exo3 et de Via Rail entre Montréal et Québec.

La barricade a été installée par des manifestants qui disent agir en solidarité avec les Autochtones de Wet’suwet’en, en Colombie-Britannique.

Cette manifestation a contraint le transporteur Exo à maintenir pour une période indéterminée la suspension du service de trains de la ligne Exo3 reliant Mont-Saint-Hilaire au centre-ville de Montréal. De plus, Via Rail a repoussé à vendredi, en fin de journée, la reprise des liaisons ferroviaires entre Montréal et Québec qui était prévue pour jeudi.

Sur le site de Saint-Lambert, jeudi, quelques dizaines de manifestants - équipés de tentes, de matériel de camping et de bois pour le feu - ont affirmé qu’ils prévoyaient rester sur les lieux aussi longtemps que la Gendarmerie royale du Canada demeurera sur le territoire Wet’suwet’en.

Le blocus en photos:

Galerie photo Blocus ferroviaire à Saint-Lambert Voyez les images

Une jeune manifestante cagoulée a tenté de jeter de l’huile sur le feu lors d’une déclaration lue jeudi en fin d’après-midi devant les journalistes.

“La situation est claire: des blocages surgissent chaque jour, bloquant une infrastructure, a-t-elle lancé. Les gouvernements refusent d’écouter les chefs wet’suwet’en qui luttent contre les pipelines sur leur territoire. Le Canada est bloqué jusqu’à nouvel ordre. Les protecteurs et protectrices de l’eau et de la terre sont appelés à bloquer le pouvoir colonial: port, ponts, routes, rails, partout, maintenant.”

Jeudi également, la GRC a confirmé que le commandant de sa division de la Colombie-Britannique avait envoyé une lettre aux chefs héréditaires Wet’suwet’en, dans laquelle il accepte de discuter de la présence sur leur territoire d’un petit contingent d’agents.

Le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, avait dit précédemment que la GRC avait accepté de déplacer les agents hors du secteur où les chefs héréditaires de la Première Nation manifestaient contre la présence d’un pipeline sur leur territoire.

À Saint-Lambert, des manifestants - qui ont refusé de donner leurs noms aux journalistes - se sont décrits comme des sympathisants des Wet’suwet’en et ont affirmé qu’ils suivraient les recommandations des chefs héréditaires.

Nous demeurerons ici jusqu’à ce que la GRC quitte le territoire Wet’suwet’en et que les chefs héréditaires jugent que leurs conditions ont été respectées.Un membre du groupe de manifestants qui ne s’est pas nommé

“Le blocus est en solidarité avec d’autres au Canada, et nous suivrons les ordres des chefs héréditaires. S’ils sont satisfaits, nous n’aurons pas d’autres raisons de rester”, a dit l’homme.

Débat d’urgence

Le chef intérimaire du Parti libéral du Québec (PLQ), Pierre Arcand, a prié le premier ministre François Legault de faire preuve de hauteur lors d’un débat d’urgence portant sur la crise ferroviaire.

Jeudi, le président de l’Assemblée nationale, François Paradis, a autorisé la tenue d’un débat exceptionnel de deux heures pour que les députés puissent discuter des façons de dénouer la crise qui affecte durement l’économie québécoise.

En mêlée de presse, le chef intérimaire du Parti québécois (PQ), Pascal Bérubé, a déclaré que le premier ministre ne parlait pas au nom de tous les Québécois.

“Il n’est pas souhaitable qu’il soit le seul à parler dans cet enjeu-là, a-t-il affirmé, en rappelant que la Coalition avenir Québec (CAQ) n’a récolté que 37 % des voix aux dernières élections. Il devrait porter un consensus de l’Assemblée nationale. (...) M. Legault ne parle pas au nom des Québécois.”

Tous ont prôné un plus grand dialogue, la coporte-parole de Québec solidaire (QS), Manon Massé, invitant M. Legault à aller à la rencontre des chefs autochtones du Québec.

“Quinze jours, c’est long. Mais 150 ans, c’est extrêmement long”, a-t-elle dit au Salon bleu, en faisant référence aux souffrances des peuples autochtones depuis la Confédération. Selon elle, les chemins de fer ont été construits “sur le dos des Autochtones”.

“Il est clair que de dire: “Je vais envoyer la police” ne réglera pas les problèmes économiques, a déclaré M. Arcand, en appelant M. Legault à la prudence. Même lorsque les barricades seront levées, les conséquences se feront malheureusement sentir pendant plusieurs semaines.

“Il est très important, de grâce, que par votre rôle, vous soyez celui qui nous guide, nous inspire et nous influence. C’est ça le rôle du premier ministre. Je lui demande d’éviter pour l’avenir de jeter de l’huile sur le feu, de provoquer et d’attiser les conflits”, a-t-il renchéri.

Le Québec pris en otage

Les ministres caquistes ont dénoncé, lors du débat d’urgence, que le Québec soit “pris en otage”. Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a déclaré que le “point de bascule” pour les entreprises du Québec serait atteint vendredi.

Les Manufacturiers et exportateurs du Québec estiment que chaque jour au Québec, ce sont 120 millions $ en marchandises qui sont bloqués, 420 millions $ à l’échelle du Canada, a-t-il rapporté.

Les Québécois pourraient bientôt voir l’impact de la crise ferroviaire sur les tablettes des supermarchés et des pharmacies si la situation persiste, selon la section locale du Conseil canadien du commerce de détail.

“Déjà, dans l’est du pays, on commence à avoir des ruptures de stock, des soupes, du ketchup, des produits frais”, a poursuivi M. Fitzgibbon.

Selon lui, le plus inquiétant à l’heure actuelle est la possibilité d’une pénurie de propane. Cela aurait des conséquences pour de nombreux éleveurs qui doivent chauffer des établissements comme des poulaillers.

Au Québec, 80 % du propane est transporté par trains. Le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles estime que les réserves de propane risquent d’être épuisées d’ici six jours.

Maux de tête dans les transports

En raison de la pénurie d’autobus et de chauffeurs dans la région métropolitaine, Exo ne sera pas en mesure d’assumer l’ensemble des déplacements normalement assurés par son service de train Exo3 Mont-Saint-Hilaire, qui compte sept gares. Le transporteur encourage ses clients à envisager des solutions de rechange comme le covoiturage ou le métro.

Le transporteur public est déjà touché depuis une dizaine de jours par une interruption du service de train de banlieue sur la ligne Exo4 entre Candiac et le centre-ville de Montréal, car des manifestants autochtones ont érigé une barricade dans la réserve mohawk de Kahnawake. Une trentaine d’autobus doivent être déployés quotidiennement à partir des gares Candiac, Delson, Saint-Constant et Sainte-Catherine afin de transporter les clients au terminus Mansfield, au centre-ville de Montréal.

Les trains de la ligne Exo3 circulent entre la Montérégie et le centre-ville de Montréal en traversant le fleuve Saint-Laurent sur le pont Victoria. Ceux de la ligne Exo4 utilisent le pont ferroviaire situé juste en amont du pont Honoré-Mercier.

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