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12/11/2019 07:50 EST

Un Québécois sur 17 fait appel aux banques alimentaires

Le nombre de demandes d’aide alimentaire est resté à peu près le même, soit 1,9 million par mois.

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Photo d'archives.

MONTRÉAL — Il a beau y avoir une embellie économique depuis un certain temps déjà, au Québec, la demande reste soutenue auprès des banques alimentaires. Et les personnes seules y sont surreprésentées.

Le dernier bilan des Banques alimentaires du Québec, dévoilé mardi, révèle en effet que malgré la bonne tenue de l’économie québécoise, les demandes de repas et de paniers de provisions aux différentes banques alimentaires n’ont que légèrement diminué de 2018 à 2019.

Ainsi, 790 255 repas ont été servis; il s’agit d’une baisse de seulement 1,7 pour cent de 2018 à 2019.

La demande de paniers de provisions a connu une baisse de 5,5 pour cent de 2018 à 2019.

Le nombre de demandes d’aide alimentaire est resté à peu près le même, soit 1,9 million par mois — panier, repas ou collation.

Il en est de même pour le nombre de personnes aidées, soit 500 000 lors du mois de mars — qui sert de mois de référence pour faire des projections pour l’année, a expliqué en entrevue Annie Gauvin, directrice générale des Banques alimentaires du Québec.

«Ça représente 1 Québécois sur 17 qui fait appel aux banques alimentaires, à un moment ou à un autre durant l’année», a-t-elle illustré.

Personnes seules

Les personnes seules sont surreprésentées, puisqu’elles représentent 33 pour cent des ménages québécois, mais 49 pour cent de ceux qui ont eu recours aux paniers de provisions.

Les personnes seules «ont moins de soutien» que les familles, fait remarquer Mme Gauvin. «Il n’y a pas beaucoup de politiques publiques qui existent pour les personnes seules et célibataires. Aussi, dans ces personnes seules-là, on sait qu’il y a beaucoup de personnes âgées.»

Des travailleurs

Une donnée qui fait réfléchir: 13,5 pour cent de ceux qui ont demandé des paniers de provisions avaient pourtant un emploi.

Mme Gauvin l’explique par plusieurs facteurs, dont le salaire minimum — qui est à 12,50 $ l’heure — les emplois à statut précaire et le travail saisonnier.

À voir: l’impact des banques alimentaires dans une vie


Ces données sur la proportion de ceux qui travaillent varient considérablement d’une région à l’autre, allant de 4,5 pour cent dans la Vallée de la Matapédia à 25,8 pour cent chez Moisson Kamouraska.

Mme Gauvin l’explique par des différences dans le portrait de l’économie régionale. «En Abitibi par exemple, à Val-d’Or, il y a de très bons salaires pour ceux qui travaillent dans les mines. Ce que ça a comme effet, c’est d’augmenter le coût des loyers. Donc, des gens qui étaient dans la pauvreté, mais qui réussissaient à joindre les deux bouts, avec cette pression-là sur le coût de leur loyer, se retrouvent à devoir déménager et se retrouvent dans des situations où ils vont devoir faire appel aux banques alimentaires.»

Dans d’autres régions, ce sont les industries saisonnières, comme la pêche et la forêt, qui engendrent une instabilité dans les revenus.

Des bonnes nouvelles

Le «Bilan-Faim 2019» recèle aussi de bonnes nouvelles. Par exemple, grâce au programme de récupération en supermarché qui a été conclu avec les grands partenaires de l’alimentation, on a pu récupérer 6,5 millions de kilos de denrées de toutes sortes, et qui sont saines.

Cela représente une somme de 43 millions $. Donc, les organismes qui ont reçu ces denrées n’auront pas à dépenser 43 millions $ pour en acheter. «On évite l’enfouissement. On évite l’émission des gaz à effet de serre. On redonne à la population et on génère des économies pour les organismes qui en sont bénéficiaires», a résumé Mme Gauvin.

«On est encore en déploiement jusqu’en 2022-2023. On veut atteindre 645 magasins; nous en sommes à 410 en ce moment. On est dans toutes les régions. À terme, on souhaite pouvoir récupérer dans tous les supermarchés de tout le Québec pour éviter ce gaspillage alimentaire», a-t-elle souligné.

Les banques continuent toutefois d’avoir besoin d’un coup de pouce gouvernemental et de la philanthropie. «Le soutien gouvernemental représente de 10 à 20 pour cent du budget total des moissons. On a beaucoup plus de travail qui a été fait jusqu’à maintenant du côté de la philanthropie et on aurait besoin d’un coup de pouce supplémentaire, juste pour mettre le programme de récupération en supermarché partout au Québec», a-t-elle résumé.