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09/07/2020 13:48 EDT | Actualisé 10/07/2020 07:50 EDT

Montréal retire un banc «anti-itinérants» au Square Cabot

La mairesse Valérie Plante a admis que le banc bleu clair, dénoncé par Résilience Montréal, «participe à la stigmatisation des personnes en situation d'itinérance».

Étienne Brière/HuffPost Québec
Banc bleu

Un banc muni d’accoudoirs centraux pour empêcher les gens de s’y étendre et dont l’utilisation était limitée à 15 minutes a été retiré du Square Cabot, un lieu de rassemblement important pour la communauté itinérante du centre-ville.

Le banc a été peint en bleu clair au cours de la semaine et c’est à ce moment que l’inscription «REPOS 15 MINUTES» a été ajoutée, explique Sheila Woodhouse, co-directrice de l’organisme Résilience Montréal, qui gère le centre de jour installé au Square Cabot pour venir en aide à la population itinérante pendant la pandémie de COVID-19.

Celle qui dirige aussi la Communauté Nazareth, une ressource d’hébergement, dit avoir été outrée lorsqu’elle a aperçu le banc en traversant le Square pour se rendre à son lieu de travail, mercredi matin.

«Je pense que les gens devraient pouvoir se reposer où ils le veulent, particulièrement dans le contexte de la pandémie, alors que les centres commerciaux sont fermés et qu’ils ne peuvent plus aller s’asseoir au Tim Hortons pour prendre un café», a affirmé Mme Woodhouse au HuffPost Québec.

C'est un risque pour la santé de n'avoir aucun endroit où se reposer. Sans parler de l'atteinte à la dignité.Sheila Woodhouse

Le lendemain, elle a pris une photo du banc, qui a été partagée sur Twitter par l’autre co-directrice de Résilience, Nakuset.

Quelques heures plus tard, la mairesse de Montréal Valérie Plante a annoncé dans un tweet que le banc serait «immédiatement retiré», tout en affirmant qu’il avait été installé sous la gouverne de son prédécesseur, Denis Coderre.

Des internautes n’ont pas manqué de lui rappeler la sortie qu’elle avait fait en 2014 contre les «pics anti-itinérants» installés en face du magasin Archambault de la rue Sainte-Catherine. Alors conseillère de l’arrondissement Ville-Marie, elle avait qualifié «d’inadmissible» l’utilisation «de telles techniques» pour décourager les itinérants d’utiliser certains espaces.

Plusieurs autres bancs du même modèle se trouvent au Square Cabot, mais celui-ci est le seul a avoir récemment été repeint de cette façon, a constaté le HuffPost Québec lors de son passage, jeudi. 

La mairesse a ajouté que son administration travaillait à «développer de meilleurs réflexes sur l’installation du mobilier public pour être plus inclusif».

Si l’installation par la Ville de Montréal de ces bancs munis d’accoudoirs centraux avait été dénoncée en 2014, Nakuset et Sheila Woodhouse s’inquiètent surtout de l’interdiction de s’y arrêter plus de 15 minutes, qui a été récemment ajoutée sur celui-ci.

«Ça cible les personnes itinérantes, mais c’est déguisé en une initiative socialement responsable pour les personnes âgées», s’indigne Nakuset, en référence à l’icône d’une personne marchant avec une canne aussi apposée sur le banc.

Étienne Brière/HuffPost Québec
Le centre de jour du Square Cabot, géré par Résilience Montréal, distribue 500 repas par jour aux personnes en situation d'itinérance depuis le confinement.

Nakuset craignait des délais pour le retrait du banc et aussi le fait de voir les policiers - dont la présence se fait de plus en plus sentir au Square Cabot selon elle - distribuer des contraventions aux personnes qui utiliseront le banc plus longtemps que permis.

«Les personnes itinérantes n’ont pas de montre, pas de iPhone», rappelle-t-elle.

Le banc a finalement été retiré en après-midi. La Ville de Montréal a par ailleurs précisé jeudi soir qu’un deuxième banc bleu, avec pictogrammes mais sans accoudoirs centraux, serait retiré du parc Hector-Toe-Blake, tout près de là.

Anik de Repentigny, chargée de communication à la Ville, affirme que les modifications aux deux bancs avaient été faites «en concertation avec les intervenants de milieu», à la suite de «demandes de citoyens âgés désirant pouvoir se reposer sur leur trajet quand ils font des courses».

Nakuset a vu dans l’apparition du banc bleu une nouvelle insulte pour la population itinérante, déjà privée de plusieurs services en raison de la pandémie de COVID-19 et manquant cruellement de ressources pour affronter les vagues de chaleur.

Elle trouve ironique que l’apparition du banc bleu coïncide avec la fermeture du refuge temporaire de 50 lits installé au Marché Bonsecours au plus fort de la crise. 

«Chaque jour du déconfinement, de plus en plus de services pour les sans-abris ferment et maintenant voici un banc sur lequel ils ne peuvent pas s’asseoir plus de 15 minutes.»