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19/02/2021 10:54 EST | Actualisé 19/02/2021 14:45 EST

Avis écrits du Dr Arruda: pas de recommandation du port du masque avant le 27 juin

Québec a rendu publics vendredi 14 documents regroupant les avis écrits formulés par le Dr Arruda depuis le début de la pandémie.

Ryan Remiorz/La Presse canadienne
Horacio Arruda

QUÉBEC – Le directeur national de la santé publique, le Dr Horacio Arruda, n’a soumis aucun avis écrit au gouvernement au sujet du port du masque avant le 27 juin, soit trois mois et demi après le début de la pandémie.

C’est ce qu’on apprend à la lecture des avis publiés vendredi par le ministère de la Santé, à la demande répétée des partis d’opposition. Ces 14 documents regroupent les avis écrits formulés par le Dr Arruda au gouvernement Legault depuis le début de la pandémie, en mars.

Dans les avis précédents le 27 juin, il n’est jamais fait mention d’une éventuelle préoccupation de la santé publique relative à la pertinence d’imposer ou non le port du masque ou du couvre-visage pour protéger la population contre la propagation du virus de la COVID-19.

À la lecture des documents, au terme d’une première année de gestion de la pandémie, il apparaît que règle générale la rédaction d’avis et de recommandations au gouvernement Legault n’était pas non plus une préoccupation de la direction nationale de la santé publique.

Au total, en près d’un an, soit du 15 mars 2020 au 16 février dernier, le Dr Arruda n’aura rédigé que 14 avis, qu’il a remis aux autorités à une fréquence très irrégulière, si on se fie aux documents reçus.

Par exemple, le grand responsable de la santé publique au Québec, présent sur une base régulière aux points de presse du premier ministre François Legault, n’a produit que trois avis écrits en cinq mois, entre avril et septembre.

Ces longs silences laissent croire que l’essentiel de l’expertise scientifique fournie au gouvernement par le Dr Arruda a été livré oralement, durant les réunions quotidiennes de la cellule de crise, donc sans aucune trace écrite et sans procès-verbal, outil précieux pour comprendre et évaluer le processus décisionnel en place.

Les avis du Dr Arruda ont été expédiés aux médias vendredi, en vrac, par le ministère de la Santé, sans explication, sans contexte, et sans que les journalistes puissent poser des questions pour en évaluer la pertinence. Il est par ailleurs impossible de dire si l’envoi de vendredi regroupe la totalité des avis fournis par le Dr Arruda et son équipe ou si un tri a été effectué.

On remarque une grande disparité dans la fréquence, mais aussi dans la forme des documents. Le plus court couvre seulement une page, le plus long compte 33 pages. Certains documents sont davantage de brefs constats rédigés dans un style télégraphique, tandis que d’autres, plus élaborés, comportent des tableaux et des recommandations au gouvernement.

Masque: de nuisible à obligatoire

La publication des avis semble confirmer la position ambiguë, voire contradictoire, du Dr Arruda sur le masque. De mars à juin, à ses yeux, le masque est passé de nuisible à essentiel.

Le 18 mars, l’expert jugeait cette forme de protection peu efficace pour combattre le virus. Le couvre-visage créait selon lui un faux sentiment de sécurité. Il considérait qu’il devrait être réservé au personnel du réseau de la santé.

Pourtant, au cours du printemps, le masque s’est imposé de plus en plus un peu partout comme une des principales mesures sanitaires à observer pour freiner la propagation du virus de la COVID-19.

Au Canada, plusieurs villes (Toronto, Ottawa, notamment) ont rendu le port du masque obligatoire dans les transports en commun avant le Québec. Aux États-Unis, en juin, le masque était déjà obligatoire dans certains lieux publics de six États: New York, Michigan, Californie, Delaware, Maine, Maryland.

Dans son avis du 27 juin, pour la première fois depuis le début de la pandémie, le Dr Arruda prend position officiellement en faveur du masque comme mesure de protection sanitaire. Il écrit que “le couvre-visage doit devenir une norme sociale”.

Il recommande alors au gouvernement de rendre obligatoire le fait de porter un masque dans les transports en commun, les commerces de détail et les ascenseurs pour toute personne âgée de 12 ans ou plus. Il précise que les enfants de moins de 12 ans pourraient le voir “comme une agression”. Il souhaite aussi que le port du masque de procédure soit recommandé “fortement” aux personnes de 60 ans et plus.

Le directeur national de la santé publique recommande alors au gouvernement d’imposer cette mesure à compter du 13 juillet ou deux semaines après l’annonce. Le gouvernement donne suite à cette suggestion en deux temps, le 13 juillet pour les transports en commun, et à compter du 18 juillet dans tous les lieux publics fermés.