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J’autorise mon fils de 7 ans à dire des gros mots et tout va bien

Tout est une question de limites.

«Je déteste ça.»

Mon mari et moi avions été frappés par la violence du mot que notre fils de sept ans venait d’employer. Même si ce n’était pas forcément un terme problématique, nous l’avons immédiatement corrigé: «On ne dit pas “Je déteste”, mais plutôt “Je n’aime pas” ou “C’est pas bon”» Détester nous semblait être un mot trop fort dans une bouche aussi adorable.

Est ensuite venu «stupide», un mot qui, à nos yeux, est celui qui sort quand on n’est pas assez intelligent ou malin pour trouver un autre adjectif. Et puis le mot nous agaçait. Notre fils n’avait donc pas le droit de le dire non plus.

Cela dit, lorsque nous étions entre amis, il était susceptible d’entendre une série de jurons bien sentis, y compris le fameux mot à quatre lettres débutant par F, utilisé à toutes les sauces.

Il me semble que notre génération utilise les gros mots bien plus librement et ouvertement que celle de nos parents. Si je les avais entendus dire «F***», ça m’aurait terrifiée! Les enfants sont exposés aux injures (et expriment une curiosité certaine pour ce genre de mots) bien plus tôt que je ne l’ai été. Notre fils allait donc bientôt chercher le prochain mot interdit à utiliser.

«Est-ce que je peux dire le mot qui commence par “F”? Si on est juste entre nous?»

C’est ainsi qu’ont débuté nos «sessions gros mots». Avec mon mari, nous nous sommes fait la réflexion suivante: s’il veut dire un gros mot par-ci par-là, juste pour s’amuser, et qu’il ne le fait qu’avec nous, où est le mal? Plutôt que de le réprimander, nous avons décidé de lui expliquer les jurons et le contexte dans lequel ils sont utilisés en des termes adaptés à son âge. Nous lui avons indiqué que certains mots ne sont pas acceptables dans la plupart des interactions sociales, mais qu’il arrive que les adultes s’expriment de manière assez colorée entre amis ou en privé.

Pour être honnête, il était assez drôle d’entendre notre fils dire ce que ses parents pensaient intérieurement, sans aucune censure. Ça donnait notamment: «Je peux dire un gros mot? Ce gars est con!» Ou, après s’être cogné l’orteil sur un meuble: «Je peux dire un gros mot? Sh**! Je me suis fait mal!» (Vous avez bien lu, il nous demande même la permission).

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Soyons honnêtes, les enfants adorent dire des gros mots. Tout le monde le sait, il est agréable d’explorer les limites et de tester la résistance de ses parents. À vrai dire, ce jeu correspond à une étape de développement tout à fait naturelle qui a lieu vers cinq ans. En grandissant et en construisant leur indépendance, les enfants testent les limites pour voir la réaction des personnes qui s’occupent d’eux. C’est également le moment où ils sont confrontés aux règles et à leurs conséquences.

Y a-t-il des jurons que nous ne tolérons pas? Tout à fait! Ce n’est pas la foire d’empoigne non plus. Il est de la responsabilité des parents de fixer des limites et c’est un aspect important pour le développement de l’enfant. Nos sessions gros mots n’échappent pas à cette règle: nous expliquons les racines de certains termes, ce qui nous permet de décider lesquels sont acceptables ou non.

Un jour, notre fils a entendu le mot B**ch dans un film et l’a répété lors d’une de nos sessions. Ça a mené à une courte discussion où nous lui avons expliqué d’où venait ce mot: d’abord utilisé pour désigner la femelle du chien, il avait ensuite été transformé en une insulte révoltante en référence aux femmes. Nous n’utilisons jamais cette insulte, sous aucun prétexte.

Une autre fois, il a crié un juron à connotation religieuse. Une référence que nous avons également tuée dans l’œuf. Ces mots ne sont pas acceptés chez nous. Par ailleurs, notre fils ne connaît pas encore le langage coloré que l’on peut utiliser pour décrire l’anatomie féminine et masculine (Dieu merci) mais ces mots-là ne seront pas non plus tolérés pour des motifs que nous lui exposerons clairement.

Mais en ce qui concerne les «mauvais» gros mots, comme «F***» et «Sh**», il s’agit juste de termes auxquels quelqu’un a attaché une connotation négative.

«Au final, je préfèrerais que mon fils dise des gros mots en privé, chez nous, plutôt que devant ses camarades, dans la cour d’école.»

Comme beaucoup de comportements sociaux, le fait de jurer est lié à des protocoles, moments et endroits précis. Quand nous sommes en voiture tous les trois et que quelqu’un nous coupe la route, je n’ai aucun problème à ce qu’on lâche un «What the f***» en riant. Je ne vois pas le mal là-dedans. En revanche, si mon enfant sortait une série d’injures à son entraîneur de hockey ou à ses grands-parents, ce serait une autre histoire.

Au final, je préfèrerais que mon fils dise des gros mots en privé, chez nous, plutôt que devant ses camarades, dans la cour d’école. En calmant son envie de se rebeller et d’utiliser des jurons dès maintenant, nous nous assurons qu’il ne connaîtra pas une folle poussée d’excitation à jurer une fois les autres enfants arrivés à ce stade. Nous espérons aussi que le fait de poser ces limites tôt l’aidera à gérer certaines interactions sociales plus tard.

Jusqu’ici, tout va bien: mon fils n’a pas encore dérapé et pesté à un moment ou à un endroit où il ne fallait pas. Il comprend que les mots ont un poids. Il semble bien plus conscient des choses qu’il dit, qu’il s’agisse d’un juron ou d’un mot ordinaire, et possède une compréhension plus large de la façon dont son comportement affecte les autres.

Laissera-t-il échapper un «f***» mal venu un jour, enfreignant ainsi nos règles? Aucun doute là-dessus, mais c’est là tout l’intérêt d’élever un enfant: on peut réajuster les règles. En tout cas, celle-ci nous convient pour le moment. Et pour ceux qui se disent que nous sommes de mauvais parents, nous avons quelques mots bien sentis pour vous (mais on se les garde pour les embouteillages).

Cet article, publié sur le HuffPost Canada, a été traduit par Laura Pertuy pour Fast ForWord, pour le HuffPost France.

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