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17/06/2020 14:25 EDT

Les Autochtones nord-américains luttent aussi pour obtenir plus de justice

«Ce que l’on observe au Canada, avec le niveau disproportionné d’inconduite policière à l’égard des Autochtones, se produit également aux États-Unis», relève Circe Sturm, professeur d’anthropologie.

THE CANADIAN PRESS/Stephen MacGillivray
Au Canada, plus qu’aux États-Unis, l’indignation populaire s’est aussi concentrée sur les tensions entre la police et les membres des Premières Nations.

WASHINGTON — Les peuples autochtones manifestent leur solidarité avec la communauté noire au Canada et aux États-Unis, alors que les demandes généralisées de changement social se répandent à travers le monde. Mais ces communautés soutiennent aussi le mouvement «Black Lives Matter» pour faire avancer leur propre lutte, qui passe souvent sous le radar.

Les deux pays sont submergés par un raz de marée de colère publique contre le racisme systémique et la brutalité policière. Mais au Canada, plus qu’aux États-Unis, l’indignation populaire s’est aussi concentrée sur les tensions entre la police et les membres des Premières Nations.

Cela illustre de manière saisissante la façon dont les enjeux autochtones sont perçus de part et d’autre de la frontière canado-américaine. Au Canada, ils se retrouvent au cœur des débats sur le racisme systémique, la brutalité policière et la justice sociale, tandis qu’ils passent pratiquement inaperçus aux États-Unis.

«Ce que l’on observe au Canada, avec le niveau disproportionné d’inconduite policière à l’égard des Autochtones, se produit également aux États-Unis», relève Circe Sturm, professeur d’anthropologie à l’Université du Texas à Austin et spécialiste des questions autochtones.

Lors du recensement américain de 2010, près de 2,9 millions de personnes se sont identifiées comme autochtones, ce qui représente environ 1,6 % de la population. À titre comparatif, on recense environ 47,4 millions de personnes noires à travers les États-Unis, soit 13% de la population totale.

Et les recherches montrent que les Autochtones sont encore plus susceptibles que les Afro-Américains d’être tués par les forces de l’ordre, ce qui en fait le groupe démographique le plus vulnérable en matière de violence policière au pays, souligne Circe Sturm.

On voit ce genre de violence raciste se produire quand ils sont perçus comme Hispaniques, comme Amérindiens ou comme Noirs. Et quand ils passent pour des Blancs, ça n’arrive pas autant.Circe Sturm, professeur d’anthropologie à l’Université du Texas à Austin et spécialiste des questions autochtones.

Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies, également chargés de surveiller les morts violentes, ont constaté à partir des données de 36 États participants que les membres de communautés autochtones sont morts aux mains de la police à un taux de 0,98 pour 100 000 personnes en 2017, comparativement à un taux de 0,46 pour les Afro-Américains.

En chiffres bruts, beaucoup plus de personnes noires ont perdu la vie lors d’interventions policières que de personnes autochtones, soit 437 par rapport à 17 l’an dernier, selon la base de données en ligne Fatal Encounters. Mais si l’on tient compte de la différence de taille entre ces deux groupes démographiques, la disparité devient claire.

Les Latino-Américains subissent eux aussi une violence démesurée aux mains des corps policiers. Et souvent, les Autochtones peuvent sembler appartenir à l’une de ces trois catégories les plus vulnérables, relève Mme Sturm.

«On voit ce genre de violence raciste se produire quand ils sont perçus comme Hispaniques, comme Amérindiens ou comme Noirs. Et quand ils passent pour des Blancs, ça n’arrive pas autant», expose la professeure. «Lorsque les gens ont l’air d’appartenir à l’une de ces catégories, ils ont tendance à être davantage ciblés en raison du profilage racial.»

Aux États-Unis, la mort de George Floyd sous le genou d’un agent de Minneapolis le mois dernier, puis la mort par balle de Rayshard Brooks alors qu’il tentait de fuir les policiers dans le stationnement d’un Wendy’s à Atlanta vendredi, ont galvanisé des soulèvements à travers le pays.

Cette vague d’indignation a également atteint le nord du continent, mais les visages ayant inspiré cette mobilisation canadienne sont tout autres.

Vendredi dernier, Rodney Levi, âgé de 48 ans, a été abattu par un agent de la Gendarmerie Royale du Canada à l’ouest de Miramichi, au Nouveau-Brunswick, près de la communauté mi’kmaq de Metepenagiag. La GRC soutient que ses agents ont d’abord tenté de maîtriser un homme armé de couteaux avec un pistolet à impulsion électrique, mais il a été abattu lorsqu’il aurait chargé les policiers. Selon le chef de la nation de Metepenagiag, Rodney Levi assistait à un barbecue.

À peine huit jours plus tôt, Chantel Moore, de la première nation Tla-o-qui-aht en Colombie-Britannique, a été abattue par la police à Edmunston, toujours au Nouveau-Brunswick. Le service de police municipal affirme que l’agent envoyé au domicile de la jeune femme de 26 ans, afin de s’assurer de son état de santé, se serait retrouvé face à une femme brandissant un couteau.

Des images de l’arrestation musclée d’Allan Adam par des agents de la GRC, en mars dernier, devant un casino de Fort McMurray, en Alberta, attisent également la colère à travers le pays depuis près d’une semaine. Le chef de la première nation chipewyanne d’Athabasca aurait été interpellé en raison d’une plaque d’immatriculation expirée.

La commissaire de la GRC, Brenda Lucki, a été appelée à remettre sa démission après s’être abstenue d’acquiescer à la déclaration du premier ministre Justin Trudeau selon laquelle le racisme systémique constitue un problème dans les rangs de la police fédérale.  Elle plus tard s’est rétractée : «Je n’ai pas affirmé formellement que le racisme systémique existe à la GRC. J’aurais dû le faire».

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