POLITIQUE
28/07/2020 12:05 EDT | Actualisé 28/07/2020 19:57 EDT

Québec commande une enquête indépendante sur L'Auberge des Trois Pignons

Deux médecins ont sonné l’alarme, dénonçant le manque de personnel et la dégradation des soins offerts aux résidants de l’établissement.

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Une enquête indépendante est en cours en vue de faire toute la lumière sur la situation dramatique observée récemment à la résidence privée pour aînés l’Auberge aux Trois Pignons, située à Beauport, en banlieue de Québec.

Mardi, deux enquêteurs ont reçu du ministère de la Santé et des Services sociaux le mandat de se rendre sur place et d’entreprendre leur démarche d’investigation le jour même.

De plus, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale a annoncé qu’il allait désormais prendre en charge la gestion de cette résidence, incluant les soins à prodiguer aux aînés, le temps de stabiliser la situation et de s’assurer que les aînés sont en sécurité.

Lundi, en entrevue au quotidien Le Soleil, deux médecins présentes sur les lieux pendant plusieurs jours, la Dre Karyne Cordeau et une autre qui a préféré conserver l’anonymat, avaient sonné l’alarme, dénonçant le manque criant de personnel et la dégradation des services offerts aux résidants de l’établissement, des gens en perte d’autonomie laissés à eux-mêmes avec des plaies, sans soins d’hygiène et sans aide pour se nourrir.

La Dre Cordeau a affirmé n’avoir jamais rien vu de tel de toute sa carrière, qualifiant l’établissement de «dysfonctionnel».

Une éclosion de cas de COVID-19 a été enregistrée dans cette résidence au cours des dernières semaines, alors que 21 résidants et sept travailleurs ont contracté le virus. Trois personnes sont décédées.

L’annonce de l’enquête indépendante a été faite mardi matin, en conférence de presse, par la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, qui s’est montrée choquée de l’attitude du propriétaire de la résidence, laissant entendre qu’il avait trop tardé à prévenir les autorités de la situation.

Or, a rappelé la ministre, les propriétaires de ces résidences privées ont l’obligation «d’aviser immédiatement» le CISSS ou le CIUSSS de leur région s’ils éprouvent des difficultés.

La direction du CIUSSS a aussi avisé le propriétaire de l’Auberge aux Trois Pignons qu’il devrait prendre «les mesures requises pour rencontrer ses obligations», bref pour conserver sa certification.

La ministre Blais a relaté notamment que certains jours, au cours des dernières semaines, il n’y avait plus aucun employé présent en cuisine. «Il n’y avait plus personne à un moment donné pour préparer les repas. Les repas venaient de l’extérieur», a déploré la ministre.

Certains aînés ont donc été privés de repas, d’autres, souffrant de dysphagie (difficulté à avaler) et incapables de se nourrir sans aide, ont cessé de s’alimenter.

En après-midi, le CIUSSS a confirmé la gravité de la situation, rapportant que des employés avaient démissionné et que d’autres s’étaient absentés, entraînant une dégradation des services offerts, qu’il s’agisse des soins physiques, des services alimentaires ou de la buanderie.

Selon la ministre, c’est la première fois qu’une enquête de ce genre est instituée dans une résidence privée pour aînés.

Le caractère indépendant de l’enquête tient au fait qu’elle ne sera pas menée par le CISSS ou le CIUSSS de la Capitale-Nationale, responsables de la supervision de ce type de résidences, mais plutôt par le ministère de la Santé et des Services sociaux, qui chapeaute tout le réseau.

La ministre Blais a dit prendre la situation très au sérieux et a dit vouloir obtenir «des réponses le plus rapidement possible» à toutes les questions soulevées.

Les familles des résidants seront contactées pour les informer de la situation.

De son côté, se disant «consternée» et «estomaquée», l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR) a réclamé la mise en tutelle «immédiate» de l’établissement et l’envoi d’urgence d’une équipe de soins pour assurer des services adéquats aux aînés hébergés dans cet établissement.

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