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22/05/2019 10:41 EDT | Actualisé 23/05/2019 10:58 EDT

Inconduites sexuelles dans l'armée: peu de changements

En 2018, quelque 900 membres de la Force régulière ont déclaré avoir été victimes d’une agression sexuelle dans le cadre de leurs fonctions.

La Presse Canadienne

OTTAWA —Les efforts déployés par les Forces armées canadiennes dans les dernières années pour empêcher les inconduites sexuelles n’ont pas donné les résultats voulus. Un sondage de Statistique Canada mené en 2018 démontre que les agressions sexuelles sont toujours aussi présentes qu’en 2016.

En 2018, quelque 900 membres de la Force régulière, qui comprend des membres à temps plein, ont déclaré avoir été victimes d’une agression sexuelle dans le cadre de leurs fonctions dans les 12 mois précédant le sondage. Il s’agit d’une légère baisse par rapport au sondage de 2016, qui faisait état de quelque 960 hommes et femmes.

Toutes proportions gardées, la prévalence d’agressions sexuelles est plus élevée au sein des réservistes. Quelque 600 personnes ont vécu une agression sexuelle, une situation qui s’expliquerait par le nombre plus élevé de jeunes âgés de 24 ans ou moins.

Le vice-chef d’état-major de la Défense, Paul Wynnyk, a déclaré que le nombre de membres du personnel qui continuent à subir des agressions sexuelles est “totalement inacceptable”. Il se dit cependant encouragé de voir que la majorité des militaires considèrent que ces actions sont inacceptables.

“On comprend aussi que changer la culture ne se fait pas du jour au lendemain”, précise l’adjudant-chef Alain Guimond, qui se dit bien conscient que ce sera un travail de longue haleine.

Plus de 36 000 membres des Forces armées ont répondu à un questionnaire en ligne entre septembre et novembre 2018, ce qui représente 44 pour cent de l’effectif global de l’armée. Un exercice semblable avait été mené pour la première fois en 2016.

Des attouchements au viol

La grande majorité des incidents en milieu militaire étaient des contacts sexuels non désirés, ce qui implique tant les attouchements sexuels non désirés que les activités sexuelles sans consentement explicite.

Selon le sondage, 88 pour cent des incidents au sein de la Force régulière et 86 pour cent des incidents d’agression sexuelle au sein de la Première réserve concernent des contacts sexuels non désirés.

Une minorité de ces incidents concernent une “attaque” de nature sexuelle ou une activité sexuelle à laquelle la victime ne pouvait pas consentir, parce qu’elle était intoxiquée, par exemple.

Les femmes davantage visées

Comme c’était le cas en 2016, les femmes dans l’armée sont plus susceptibles d’avoir été agressées sexuellement que leurs collègues masculins.

Dans la division de la Force régulière, la proportion de victimes est de quatre femmes pour un homme. Au sein de la Première réserve, la proportion augmente à six victimes femmes pour une victime homme.

De façon générale, les femmes sont aussi plus nombreuses à être discriminées dans le monde militaire. Elles peuvent être victimes d’insultes parce qu’elles “ne se comportent pas comme une femme devrait se comporter” ou leurs compétences peuvent être remises en doute en raison de leur sexe.

Moins de blagues à caractère sexuel?

Les résultats du sondage démontrent qu’une moins grande proportion de militaires ont été témoins ou victimes de “comportements sexualisés ou discriminatoires” qu’en 2016, mais le portrait est loin d’être reluisant.

Il est estimé que 70 pour cent des membres de la Force régulière et 71 pour cent des membres de la Première réserve ont été témoins de ces comportements, comparativement à 80 pour cent et 82 pour cent en 2016. Les blagues à caractère sexuel sont les comportements les plus couramment observés ou vécus par les militaires.

Or, le sondage démontre que les pressions répétées ou l’offre d’avantages au travail en échange de faveurs sexuelles n’a pas diminué. Ces comportements ne sont pas toujours visibles aux yeux des autres, ce qui pourrait expliquer pourquoi des pairs n’ont pas été témoins de ces scènes.

Plus de signalements, mais...

Les réservistes ont été plus nombreux à signaler les agressions sexuelles dont ils ont été victimes à une personne en position d’autorité. Trente pour cent d’entre eux ont osé les dénoncer en 2018, comparativement à 18 pour cent deux ans plus tôt.

En contrepartie, les réservistes ont aussi été plus nombreux à refuser de dénoncer l’agression dont ils ont été victimes par peur de représailles. Ce chiffre est passé de 25 pour cent en 2016 à 40 pour cent en 2018. Cela peut s’expliquer par le fait que plus de la moitié des incidents impliquant des femmes de la Première réserve mettaient en cause un superviseur ou une personne occupant un grade supérieur.

Au sein de la Force régulière, environ le quart des signalements ont été portés à l’attention d’une personne en position d’autorité - une proportion qui n’a pas changé ou presque depuis 2016.

De l’optimisme pour l’avenir

Seule lumière au tableau, les membres des FAC sont plus optimistes à l’égard de l’opération HONOUR, une initiative amorcée en 2015 par le général Jonathan Vance, chef d’état-major de la défense, pour tenter de mettre fin aux “comportements sexuels dommageables et inappropriés” au sein des Forces.

Environ la moitié des membres - 49 pour cent pour la Force régulière et 51 pour cent pour la Première réserve - pensent que l’opération HONOUR portera ses fruits “dans l’avenir”. En 2016, seuls 32 pour cent et 29 pour cent d’entre eux étaient du même avis, respectivement.