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29/04/2020 16:02 EDT

Apprivoiser ses poils pendant le confinement: «Je ne suis pas moins belle, moins désirable»

«J’ai commencé à me poser des questions: pourquoi je les rase? Pour moi, ou pour les autres? J’ai réalisé que je ne le faisais pas vraiment pour moi, donc je les ai laissés pousser!»

Pour Yanne Deslauriers, le contexte d’isolement social actuel a été l’occasion de réfléchir à son rapport à son corps, et surtout, à sa pilosité. Celle qui a toujours eu le réflexe d’éliminer ses poils depuis leur première apparition à l’adolescence a revu ses habitudes du jour au lendemain. 

Courtoisie/Yanne Deslauriers
Yanne Deslauriers

«Durant le confinement, je n’ai pas la pression sociale de devoir toujours les raser, observe-t-elle. J’ai commencé à me poser des questions: pourquoi je les rase? Pour moi, ou pour les autres? J’ai réalisé que je ne le faisais pas vraiment pour moi, donc je les ai laissés pousser!»

«Ça m’a aussi amenée à me questionner par rapport à comment j’avais été conditionnée à trouver que c’était laid, que c’était pas naturel, alors qu’il n’y a rien de plus humain que d’être soi-même. Je ne suis pas moins belle, moins désirable, et je ne devrais pas me sentir moins femme», poursuit la femme de 27 ans. 

Jusqu’à récemment, quand Yanne voyait des femmes qui laissaient pousser, par exemple, leurs poils de jambes, que ce soit dans la vie ou sur les réseaux sociaux, elle n’était pas choquée, même qu’à ses yeux, il n’y avait rien de plus normal que d’être libre de ses choix pour se sentir bien dans son corps. Par contre, jamais elle ne s’était questionnée sur son rapport à sa propre pilosité.

«C’était juste normal pour moi de les raser. Je me les suis arrachés de toutes les façons possibles: je les ai rasés, épilés, électrolysés. Je pense qu’on fait bien des affaires qui nous procurent de la douleur alors que ça ne serait pas nécessaire. C’est juste naturel d’avoir du poil», souligne la Montréalaise.

Yanne avait d’ailleurs déjà fait le choix de ne pas aller au bout de son traitement à l’électrolyse aux aisselles. «Je trouvais que ça faisait mal. C’est quelque chose que je ne suis pas prête à accepter, de vivre une douleur qui n’est pas supportable dans le but de modifier mon corps. C’était trop pour moi», raconte-t-elle.

Courtoisie/Yanne Deslauriers
Yanne Deslauriers a aussi eu envie de se teindre les cheveux en vert pendant le confinement. «Je n'aime pas me dire que quelque chose n'est pas acceptable. Je pense qu'il y a une petite part de révolte dans ça!»

Alors qu’elle entamait sa réflexion par rapport aux poils, Yanne a entendu parler par l’entremise de sa colocataire du mouvement Maipoils, dont la quatrième édition sera lancée ce vendredi 1er mai. Elle a décidé d’y prendre part en envoyant un témoignage et des photos.

Maipoils invite, durant tout le mois de mai, toute personne intéressée à ne pas s’épiler ni se raser dans le but d’éclater les diktats de beauté et de proposer des modèles de corps diversifiés. Des témoignages seront diffusés sur les réseaux sociaux pendant tout le mois.

Yanne se désole de voir qu’encore en 2020, la pilosité des femmes soit mal vue, et même perçue comme un obstacle à la beauté. «On m’a déjà dit que c’était laid», soutient celle qui observe que de tels commentaires lui ont été partagés uniquement par des hommes. «Ça ne s’adressait pas à moi directement, mais dans des discussions, autant avec des amis que des dates, ils m’ont dit que le poil, pour les femmes, c’était laid, que ce n’était pas attirant et qu’ils ne trouvaient pas ça beau», se désole-t-elle.

Et même confinée à la maison, Yanne a déjà été critiquée pour son choix, de manière très directe. 

«Je faisais un Facetime avec un gars que je datais avant le confinement et je lui parlais de mes questionnements et je lui ai montré mes aisselles. Il a dit “Non franchement, c’est trop pour moi”. Ça m’a vraiment insultée. Ça a mis fin à mon désir de revoir cette personne-là», raconte celle qui assure ne pas moins s’aimer malgré ce commentaire. «Je ne me suis pas plus rasée suite à son commentaire!»

Et une fois le confinement fini, Yanne reprendra-t-elle le rasoir? 

«Je ne me suis pas donné de deadline. Ça va être par rapport à mon émotion, mon envie du moment. En ce moment, je me feel avec des poils. La journée que je ne me feelerai plus avec des poils, que ce soit dans un mois ou deux ans, ce ne sera pas le regard des autres qui va faire en sorte que je vais les raser, ça va vraiment être pour moi.»