POLITIQUE
16/10/2019 07:53 EDT

Andrew Scheer sort un slogan de la Révolution tranquille pour tenter de convaincre les Québécois

«Vous êtes maîtres chez vous!» a-t-il lancé, devant quelques centaines de militants et une vingtaine de candidats.

Adrian Wyld/La Presse canadienne
Andrew Scheer 

Le chef conservateur a sorti un slogan vieux de près de 60 ans datant de la Révolution tranquille pour tenter de convaincre les Québécois de voter pour son équipe plutôt que de redonner de l’élan au Bloc québécois.

“Vous êtes maîtres chez vous!” a lancé Andrew Scheer, lors d’un discours qui devait servir à décrire sa vision pour la nation québécoise à La Prairie, sur la Rive-Sud de Montréal, devant quelques centaines de militants et une vingtaine de candidats.

M. Scheer dit avoir senti la “fierté de la nation québécoise” au cours des trois dernières années et a multiplié les blagues à propos de la langue française ou encore ses souvenirs au Québec.

Il a ensuite dirigé une attaque bien sentie envers le Bloc québécois, ce qui lui a valu les premiers applaudissements et cris bien sentis de la foule.

“On ne peut pas reprocher aux Québécois d’être nationalistes. Être nationaliste ne signifie pas l’indépendance. On peut aimer le Québec sans vouloir briser le Canada”, a martelé M. Scheer.

Il a ensuite énuméré ses promesses pour la province: travailler pour une déclaration de revenus unique et gérée par Québec, améliorer le programme de travailleurs étrangers temporaires, trouver des solutions à la pénurie de main-d’oeuvre et donner plus d’autonomie au Québec en matière de culture.

Alors qu’il a préféré passer sous le tapis l’objection du gouvernement caquiste de François Legault à un “corridor énergétique” qui verrait des oléoducs traverser le Québec, en matinée, M. Scheer est revenu à la charge avec le projet qui serait une “solution gagnante-gagnante pour les Québécoises et Québécois” à son avis.

 À voir: Scheer rencontre ses partisans à La Prairie

 

“Quand on est convaincu d’avoir la meilleure idée sur la table, on sait que les gens vont nous suivre. C’est ça le leadership”, a dit le chef conservateur.

Il a par la suite continué de démoniser le scénario d’une coalition libérale-néo-démocrate qui, selon lui, conduirait à des augmentations de taxes et de déficits.

“Le Bloc n’aura jamais la balance du pouvoir, car Justin Trudeau va former une coalition avec le NPD pour garder le pouvoir. Une coalition qui va augmenter les impôts et faire des déficits encore plus élevés. Une coalition que les Québécois ne peuvent pas se payer”, a-t-il laissé planer, sous les huées des militants.

Mardi, M. Scheer a poursuivi sa tournée de promesses pour présenter un aperçu des 100 premiers jours d’un gouvernement conservateur. Il a annoncé qu’il convoquerait une conférence des premiers ministres provinciaux et territoriaux le 6 janvier 2020 pour éliminer les barrières du libre-échange interprovincial.

Une montée du Bloc qui irrite

Les conservateurs fondent de grands espoirs sur le Québec pour faire des gains, mais la remontée du Bloc québécois vient contrecarrer leurs plans. Et ça chicote quelques candidats.

Un sondage Mainstreet publié mardi par Groupe Capitales Médias a confirmé la tendance lourde voulant que le Bloc gruge des appuis aux conservateurs, mais aussi aux libéraux. Selon ces chiffres, le Bloc est en première position au Québec avec 33,3 pour cent des voix, devant les libéraux qui récoltent 27,5 pour cent des appuis.

Cette popularité du Bloc dans les sondages irrite visiblement les candidats conservateurs qui espéraient avoir plus de facilité à grossir les rangs de leur députation québécoise. Le député sortant Pierre Paul-Hus, qui se représente dans Charlesbourg-Haute-Saint-Charles, a l’intention de marteler le message de voter pour un parti qui aspire au pouvoir dans la prochaine semaine.

“C’est toujours facile pour le Bloc (...) d’avoir un programme électoral alors qu’ils savent qu’ils ne pourront jamais livrer. Alors, le plus frustrant, c’est peut-être ça. Tu as d’un côté, un parti qui promet des choses qu’il ne pourra jamais faire. Nous, de notre côté, on s’assure que les gens comprennent que s’ils veulent avoir des réalisations, (il faut) voter pour des gens qui peuvent être au gouvernement”, a expliqué M. Paul-Hus.

Sa collègue Sylvie Boucher, de la circonscription voisine de Beauport-Côte-de-Beaupré-Île d’Orléans-Charlevoix, admet avoir été surprise par les sondages plus favorables envers les bloquistes. “Non, on n’avait peut-être pas prévu ça, mais moi, je ne suis pas inquiète. Le Bloc ne pourra jamais rien faire à Ottawa”, laisse-t-elle tomber. “Moi, pour ma part, ce que je trouve, c’est qu’il perd du temps, parce que c’est à Québec qu’il va faire la souveraineté, pas sur les bancs d’Ottawa.”

L’ancien maire Yves Lévesque, candidat vedette du parti dans la circonscription de Trois-Rivières, ne s’en cache pas: il souhaite être élu au gouvernement. “Vous savez, moi, quand je cours, j’aime finir le premier”, dit-il. Le Bloc, “même s’il court vite”, ne pourra pas livrer sur ses promesses, ajoute-t-il dans la même veine que les autres candidats.

Mme Boucher n’a pas voulu pointer du doigt un ou des facteurs qui pourraient expliquer la descente de son parti dans les sondages au profit du Bloc. Il y a “plein de facteurs” qui pourraient l’expliquer, mais la position “pro-vie” de son chef Andrew Scheer sur l’avortement n’en est pas un, à son avis.

Félix Bourassa, un jeune bénévole pour l’équipe d’Yves Lévesque, admet qu’il reçoit parfois des messages sur des “prises de position” de M. Scheer. “Récemment, quelqu’un m’a écrit: tu t’impliques pour un parti homophobe et raciste”, relate-t-il.

Il dit avoir confronté l’électeur à ce sujet, qui se basait sur des faits non fondés à son avis. “Pour avoir discuté avec (M. Scheer), pour avoir vu sa plateforme, il n’y a rien de raciste ni d’homophobe là-dedans”, soutient le jeune bénévole.

À voir: les meilleures répliques du débat des chefs