DIVERTISSEMENT
08/05/2019 22:43 EDT

Du théâtre, de la télé, mais aucune amertume pour André Robitaille

«Professionnellement, ça m’allume de me renouveler. Tant mieux si ça brasse des affaires...»

Radio-Canada

André Robitaille a eu une belle idée : souligner le quarantième anniversaire de la mythique pièce Les voisins en la mettant lui-même en scène et en faisant se retrouver de talentueux amis acteurs sur les planches. Sa façon de «prendre soin d’un chef-d’œuvre et d’un diamant qu’on se doit de préserver» et de se faire plaisir en jouant ce rôle de metteur en scène qu’il affectionne tout en se laissant inspirer par un «talent très fort» ne pourra que susciter des moments magiques.  

Mettre en scène Les voisins

André Robitaille ne tarit pas d’éloges à propos des Voisins cette œuvre culte signée Claude Meunier et Louis Saia. «Il s’agit d’un texte impeccable d’une qualité et d’une force incroyable. C’est un privilège pour les acteurs de le jouer et, pour moi, de m’attaquer à ce classique.»

Il affirme avoir depuis longtemps dans le cœur cette pièce qu’il connaît bien et dans laquelle il a lui-même joué jadis, au théâtre La Roche à Veillon de Saint-Jean-Port-Joli, vers la fin des années 80.   

«Je connais l’essentiel de cette pièce qui me fait beaucoup rire, ajoute-t-il. J’ai entendu le public tripper sur ce spectacle qui fête aujourd’hui ses 40 ans. En littérature québécoise, on parle souvent de Michel Tremblay, avec raison d’ailleurs, et je trouve que Meunier et Saia font aussi partie de cette liste-là, qu’ils ont aussi influencé le Québec à leur façon.»

Le quarantième anniversaire de la création de cette comédie culte ne pouvait donc être passé sous silence par le metteur en scène, qui a tout d’abord rencontré le duo d’auteurs, puis constitué son casting de rêve.

«Avec Claude Meunier et Louis Saia, il s’agit d’une occasion d’affaires basée sur beaucoup de confiance, d’amitié et de respect, explique-t-il. Ils me confient leur magnifique pièce et moi, je l’aime tellement que j’en prends soin. Ils m’ont donné carte blanche avec leur texte et je n’ai pas envie d’en faire quelque chose de complètement nouveau, car je me dis qu’on ne change pas un diamant.»

Dominic Gouin

Quant à sa distribution «de feu» (comprenant entre autres Guy Jodoin, Marie-Chantal Perron, Rémi-Pierre Paquin et Pier-Luc Funk), il explique avoir pu la composer grâce aux contacts amicaux qu’il a su créer avec l’ensemble des artistes du Québec au fil des années.

«Les gens connaissent ma façon de travailler, dit-il. J’ai aussi des liens particuliers avec certains amis, dont Guy Jodoin et Marie-Chantal Perron (nous étions dans la même classe à l’école nationale alors le lien est fort, le lien est vrai). Nous sommes tous les trois dans le métier depuis 30 ans, on se connaît depuis toutes ces années.»

Se décrivant comme une personne fidèle, André Robitaille vante les mérites de cette équipe - «les meilleurs» - dont il s’entoure depuis de nombreuses années. Alain Lortie aux éclairages, par exemple, qui après avoir œuvré aux éclairages de Carmen à l’Opéra de Montréal et travaillé à travers le monde, accepte de se joindre à son ami pour travailler sur Les voisins à… Drummondville.

Lorsqu’on lui demande ce qui lui plaît le plus dans son rôle de metteur en scène, André Robitaille se fait loquace. «Le fait d’être guide, de diriger un paquebot, de prendre soin, de penser au public à tout moment et de me demander ce que le public veut avoir. Ce travail est beaucoup celui de saisir le vocabulaire de l’artiste qui se trouve devant toi, comment il travaille, à quel rythme, ce qu’il comprend; autant au niveau des concepteurs que des acteurs. C’est aussi le bonheur et le plaisir de prendre soin d’un projet important tout en pensant au public : ce qu’il va aimer, ce qui va le faire rire, ce qui va le toucher.»

Des deuils et de nombreux défis

Impossible de discuter avec André Robitaille sans aborder le récent et émotif retrait de son émission Entrée principale, ainsi que les événements ayant bouleversé sa vie personnelle.   

«J’ai choisi un métier où ça change et je l’assume, dit-il sans amertume dans la voix. Il y a des choses qui arrêtent, il y en a d’autres qui continuent. J’ai une grande pensée pour les gens qui eux n’ont pas choisi d’être pigistes et qui ont perdu leur emploi à Radio-Canada. Au-delà de la fin d’Entrée principale, c’est aussi la fin de Radio-Canada variété-culture-producteurs. Depuis 1953 qu’on produisait de la télé dans cette maison-là et Entrée principale était la dernière émission produite à 100% par Radio-Canada, mis à part les nouvelles. On a vécu ça à la dure à l’interne.»

«Le changement, ça me motive comme ça me fait peur, ajoute-t-il. Je ne peux pas nier qu’il y a des vertiges, que ce soit au niveau de la vie privée comme du travail. Oui, il y a des inquiétudes, du bouleversement, mais dans le bon sens aussi. On ne quitte pas une femme juste pour faire des changements, il y a d’autres raisons. La comparaison va s’arrêter là entre la vie personnelle et professionnelle cependant; ce sont deux mondes. Professionnellement, ça m’allume de me renouveler. Tant mieux si ça brasse des affaires. J’aurais continué Entrée principale, mais ce n’était pas possible. Le voyage se termine, voilà tout.»  

Facebook/André Robitaille

Pour l’animateur, cette expérience d’une émission porteuse d’une mission sociale restera toujours un grand projet et un souvenir infiniment important vécu avec des gens qui sont devenus de vrais amis. Un deuil à faire aussi pour celui qui se qualifie de «bibitte à télé ayant toujours besoin d’en faire plus» et qui se fait une joie de retrouver l’équipe des Enfants de la télé l’an prochain.

«Je vais mordre là-dedans de toutes mes dents, mais j’ai aussi de la place pour autre chose, alors on va voir ce qui va se passer. Les enfants de la télé est un show en santé qui a de grosses cotes d’écoute. C’est un autre diamant qu’il ne faut pas briser.»

Maître de cérémonie et porte-parole de l’OSM estival pour une troisième année, producteur de la pièce Un souper d’adieu (montée par Bernard Fortin et mettant en vedette Anne Casabonne, Mario Jean et Marcel Leboeuf), celui qui cumule plus de 30 ans de métier se fait un point d’honneur de se renouveler afin de garder le feu sacré.

«Pour cela, il faut être bien entouré par des équipes qui te renouvellent, te poussent, te soutiennent et t’inspirent. J’adore être entouré des meilleurs, ça me challenge, au hockey, au tennis comme au travail. J’ajoute à cela le bonheur et le privilège d’être resté acteur, ce qui pour moi est un luxe et une chance. Jouer Laurel dans Laurel et Hardy cet été au TNM, entre deux styles d’animation, ça renouvelle un artiste, ça brasse un peu et ça t’empêche de t’asseoir sur tes lauriers. Je sais que c’est l’une des clefs pour ne pas devenir un vieux ‘plouc plate’.»

La pièce Les voisins sera présentée du 5 juillet au 17 août à la Salle Léo-Paul-Therrien de la Maison des arts Desjardins de Drummondville.

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