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13/09/2020 13:05 EDT | Actualisé 13/09/2020 16:38 EDT

Aline Chrétien, épouse de l'ex-premier ministre Jean Chrétien, n'est plus

Le «p’tit gars de Shawinigan» partageait sa vie depuis 1957 avec Aline Chaîné, une véritable complice qu’il consultait sur tout, y compris la meilleure date pour tenir des élections.

THE CANADIAN PRESS/Nathan Denette
Le «p’tit gars de Shawinigan» partageait sa vie depuis 1957 avec Aline Chaîné, une véritable complice qu’il consultait sur tout, y compris la meilleure date pour tenir des élections.

OTTAWA — L’ancien premier ministre canadien Jean Chrétien est en deuil de son épouse.

Aline Chrétien est décédée à l’âge de 84 ans, entourée des siens, samedi matin, à sa résidence de Lac des Piles. La cause de son décès n’a pas été précisée par un porte-parole de la famille.

Le «p’tit gars de Shawinigan» partageait sa vie depuis 1957 avec Aline Chaîné, une véritable complice qu’il consultait sur tout, y compris la meilleure date pour tenir des élections.

Figure influente sur la colline du Parlement, Aline Chrétien pouvait souvent être aperçue lors d’événements politiques comme une présence élégante et discrète aux côtés de son mari. En coulisses, la première dame était la confidente et conseillère par excellence du premier ministre, qui l’appelait son «roc de Gibraltar».

Elle lui a d’ailleurs sauvé la vie à au moins une reprise, face à un intrus armé d’un couteau qui avait déjoué la sécurité de la résidence officielle du premier ministre.

Le couple a élevé trois enfants : une fille, France, ainsi que deux garçons, Hubert et Michel.

«Je pense que le premier ministre Chrétien serait le premier à reconnaître que sans elle, il n’aurait jamais été premier ministre», avance son collaborateur de longue date Eddie Goldenberg.

Aline Chrétien a fait partie intégrante de toutes les décisions politiques les plus déterminantes de son mari: celle de rester dans l’arène fédérale malgré les appels à se présenter à l’Assemblée nationale dans les années 1960; celle de quitter la vie politique en 1986 après avoir été défait par John Turner dans la course à la direction du Parti libéral; celle de se jeter à nouveau dans la mêlée en 1990; et celle de briguer un troisième mandat consécutif en 2000.

C’est elle qui lui avait aussi conseillé de recruter l’universitaire et futur chef libéral Stéphane Dion dans son cabinet après le référendum sur l’indépendance de 1995.

Et tout au long de la carrière de 40 ans de M. Chrétien en politique fédérale, c’est elle qui modérait ses ardeurs. «Ceux d’entre nous qui travaillaient pour le premier ministre Chrétien savaient que parfois, s’il y avait un problème, elle était le dernier ressort, se souvient Eddie Goldenberg. Et il l’écoutait toujours.»

Tous deux ont grandi dans des familles humbles, à quelques pâtés de maisons l’un de l’autre, à Shawinigan. Leur histoire d’amour a commencé par une rencontre fortuite à bord d’un autobus, tandis qu’Aline était âgée de seulement 16 ans, soit deux ans de moins que son futur mari.

«C’est une petite voisine de notre village, ils se connaissaient depuis très longtemps, ils se sont rencontrés très tôt», a relaté en entrevue Michel Chrétien, le frère de l’ex-premier ministre.

L’adolescente rêvait d’étudier les langues à l’université, mais elle a plutôt fréquenté l’école de secrétariat afin de pouvoir soutenir sa famille.

Ce trop court passage à l’école l’aura d’ailleurs visiblement marquée. Lorsque son mari a mis sur pied les bourses du millénaire - de l’aide financière pour les étudiants - elle appuyait fortement cette mesure.

«Elle a dit à Jean: ”Écoute, Jean, si les bourses du millénaire avaient existé quand on était jeune, moi aussi j’aurais un diplôme universitaire”», a raconté son beau-frère.

Une fois mariée, Aline Chrétien est restée au foyer pour élever leurs enfants. Puis, aux premiers pas de son mari en politique fédérale, elle est restée à Shawinigan, où elle était ses yeux et ses oreilles dans la circonscription.

Mais elle n’a pas pour autant interrompu ses études. Elle est devenue quadrilingue, apprenant une fois adulte à parler anglais, italien et espagnol, en plus de sa langue maternelle, le français. Elle s’est également transformée en une pianiste accomplie, en étudiant au Conservatoire royal de musique.

Aline et Jean Chrétien ont célébré leur 63e anniversaire de mariage le 10 septembre, quelques jours à peine avant sa mort.

Seule une cérémonie privée est prévue pour le moment en raison des restrictions associées à la COVID-19, explique le porte-parole de la famille Bruce Hartley, mais une commémoration publique aura lieu quand les circonstances le permettront.

Les hommages fusent

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a salué la mémoire d’une «mère forte» et une «épouse dévouée», qui était «réputée pour sa ténacité, sa grande intelligence et son sens de l’observation».

«Aline a soutenu l’un des premiers ministres du Canada dont le mandat compte parmi les plus longs de notre histoire, mais aussi à travers certains des moments les plus déterminants de notre pays, a-t-il souligné. Nous devons énormément à Aline. Elle a fidèlement servi les Québécois et tous les Canadiens, défendu le multiculturalisme et le bilinguisme et contribué à nous rapprocher les uns des autres.»

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, le nouveau chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, et le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, ont transmis leurs condoléances à la famille sur Twitter.

Le premier ministre du Québec, François Legault, s’est également dit très attristé par la nouvelle dans un gazouillis.

La gouverneure générale du Canada, Julie Payette, a pour sa part relevé que Mme Chrétien était présente à son tout premier décollage en tant qu’astronaute. «Une femme de coeur, attentive et généreuse», a-t-elle écrit.

L’ambassadeur canadien aux Nations unies et ex-politicien libéral Bob Rae a salué le départ d’«une femme de grande générosité qui a partagé son amitié» avec sa famille et lui.

L’ancien ministre fédéral Denis Coderre, qui était très proche du couple, s’est souvenu d’une femme à «l’intelligence supérieure», qui était la plus grande conseillère de son mari.

«C’était une force tranquille, a-t-il résumé en entrevue. C’était quelqu’un avec un jugement politique assez exceptionnel.»

«C’était quelqu’un qui disait: “Moi je suis là, c’est mon mari qui est en avant, moi je suis en arrière”. Mais on s’organisait pour que l’avant fonctionne bien», a-t-il ajouté en riant.