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Aliénation parentale: les petits soldats de plomb

Mes enfants sont devenus, rapidement après le divorce et surtout durant leur adolescence, les petits soldats de plomb d’un père qui n’a juste pas accepté de se faire quitter.
J’ai décidé de faire le deuil de cette relation que j’aurais tant espéré avoir avec eux… que j’étais destinée à avoir avec eux.
J’ai décidé de faire le deuil de cette relation que j’aurais tant espéré avoir avec eux… que j’étais destinée à avoir avec eux.

Le 25 avril prochain sera la journée internationale de sensibilisation à l'aliénation parentale. À cette occasion, je souhaite vous relater l'histoire de celle qu'on désignera par le prénom de «Sophie».

«Un jour, après l'avoir quitté, mon ex-conjoint m'a dit: "Quand ils seront grands, les enfants seront de mon bord. Je te le jure!" Et bien, lui qui m'avait prédit qu'un jour mes enfants me sortaient de leurs vies est... malheureusement survenu.»

Avez-vous vécu ou vivez-vous une situation similaire à celle-ci?

Le site du CAP nous en propose une définition précise: «L'aliénation parentale se caractérise par la participation active d'un ou plusieurs enfants qui prennent part, sous influence d'un parent [aliénant] au dénigrement, à la disqualification, à l'exclusion ou au bannissement de l'autre parent [ciblé] sans fondement valable, ayant comme conséquence ultime la perte du lien avec un parent et son réseau.» En d'autres mots, l'aliénation parentale, «c'est le rejet injustifié et inexplicable d'un parent par un enfant».

Des années sans les voir

«Depuis bientôt six ans, mon fils et ma fille ne veulent plus me voir. Au début, je croyais que c'était passager tout ça. Ils avaient tous deux été relativement sages durant l'adolescence alors je m'expliquais (et tout mon entourage aussi) ce passage comme une crise de la vingtaine, une autre tentative pour eux de s'affirmer.

Mais, avec le temps, j'ai compris que même le temps n'était pas mon allié. Ils ne revenaient toujours pas vers moi. À vrai dire, je ne sais pas quoi penser. La vingtaine, c'est tout de même un peu vieux pour croire toutes les salades que leur père leur raconte à mon sujet, non?

Le jeu de la guerre

La triste vérité, toutefois, est que l'aliénation parentale a commencé lorsqu'ils étaient bien jeunes et, d'après ce que j'en sais, elle s'éternise encore aujourd'hui.

Mes enfants sont devenus, rapidement après le divorce et surtout durant leur adolescence, les petits soldats de plomb d'un père qui n'a juste pas accepté de se faire quitter.

Sur sa carte de jeu, il use de stratégies cruelles et déplace ses petits soldats à sa guise. Eux, n'écoutant que leur père-général et répétant ses propos mot à mot. Il faut dire que j'en ai entendu des vertes et des pas mûres sortant de leurs bouches qui salissaient tout ce que je disais ou faisant référence à un passé qu'ils ne connaissaient même pas ou duquel ils n'avaient aucun souvenir personnel.

Notre souffrance

J'ai souvent souffert durant les dernières années de ma relation avec eux. J'étais un monstre, à les entendre parler! C'est vrai qu'un divorce difficile m'est tombé dessus quand j'ai eu l'odieux de quitter ce mari misogyne. Cela m'a pris des années à m'en remettre... Mais en suis-je vraiment remise?

Oui, depuis peu. J'ai fait table rase de la culpabilité handicapante et de ma responsabilité dans l'échec de ce couple qui, je le sais aujourd'hui, était voué à l'échec. J'ai payé des années à me sentir ainsi coupable et la seule responsable.

Mes enfants me rappelaient toujours à quel point j'avais tout fait piquer du nez. Que j'étais laide, méchante, malade... Je souffrais de dépression et me sentais comme si j'étais un tapis «WELCOME» sur lequel on s'essuie les pieds à tout bout de champ. Et, non heureux de tout ce qu'il m'avait déjà fait endurer, mon ex-conjoint utilisait les enfants pour me piler dessus davantage!

Quelquefois, je me dis que c'est mieux que les choses ne changent pas parce qu'ainsi mes enfants ne se rendront pas compte qu'ils ont été pris en otage par un père jaloux et contrôlant... acariâtre.

Ils ne porteront pas le lourd handicap d'une culpabilité à gérer et ne perdront pas ce qui leur reste de parent.

Je n'écris plus à mes enfants. Je ne tente plus de les contacter d'aucune manière. Le rejet incessant est trop difficile à gérer et mes larmes trop acides.

J'ai décidé de faire le deuil de cette relation que j'aurais tant espéré avoir avec eux... que j'étais destinée à avoir avec eux.

Je suis consciente que, même s'ils n'en sont pas vraiment conscients, ils souffrent autant que moi. Cette décision de ne plus les accaparer est basée sur le fait que si c'est souffrant pour tout le monde, pourquoi s'entêter?

J'ai pris la décision de ne plus rien brusquer. Un jour, s'ils veulent entrer en contact avec moi, ce sont les bras grands ouverts que je les accueillerai... avec mes conditions. Je ne veux plus juste jamais souffrir autant dans ma vie pour la seule raison que je les aime. J'ai passé de nombreuses années à expier des fautes inventées, maintenant je ne veux qu'aimer.»

Une ressource de choix

Le CAP (Carrefour Aliénation Parentale) est présentement en campagne de sensibilisation. Cette association offre des services et sensibilise la population au sujet de la triste réalité des enfants et des parents victimes d'aliénation parentale.

Une foule d'informations utiles et des ressources sont aussi accessibles sur leur site web. Si vous êtes aux prises avec une telle problématique, évitez l'isolement et allez chercher de l'aide. Des gens sont là pour vous et vos enfants!

Vous pouvez soutenir la cause en donnant généreusement. C'est une noble cause de vouloir réunir les parents et leurs enfants...

La section des blogues propose des textes personnels qui reflètent l'opinion de leurs auteurs et pas nécessairement celle du HuffPost Québec.