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Et si au lieu de fumer du pot, on se tapait de l’algue?

Une innovation qui s'annonce complètement «buzzante».

Oubliez les effets indésirables associés à la consommation de cannabis, une équipe de chercheurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières a trouvé une alternative médicale plus sûre, plus écolo et plus économique. L’algue.

Non, on ne se mettra pas à fumer n’importe quelle algue ni à la manger. Il faudra d’abord en faire pousser une variété spéciale dans laquelle les gènes responsables de la production de cannabinoïdes extraits des plants de cannabis sont implantés.

Une innovation attribuable à Isabel Desgagné-Penix, professeure du département de Chimie, biochimie et physique de l’Université du Québec à Trois-Rivières, qui s’est d’ailleurs méritée le Prix Mitacs pour leadership exceptionnel — professeur, offert par Mitacs, un organisme sans but lucratif qui favorise la croissance et l’innovation au Canada pour le secteur privé et postsecondaire.

Ensuite, les algues microscopiques enrichies de CBD et de THC, les deux principales composantes de la marijuana médicale, pourraient être introduites dans certains traitements médicaux. D’autres usages ne sont pas prévus pour l’instant. Aucun test de goût n’a été effectué jusqu’ici.

« Nous avons démontré que nous pouvons isoler et produire des cannabinoïdes dans les algues en laboratoire, ce qui exige moins de lumière, moins de nutriments et moins d’espace que la culture traditionnelle de cannabis », explique Mme Desgagné-Penix, en précisant que les algues peuvent même pousser dans les eaux usées.

Le surplus non utilisé par l’industrie pharmaceutique pourrait être en plus utilisé pour créer des biocarburants.

« Non seulement le processus est naturel et viable, il est aussi rentable et devrait ultimement réduire le prix des cannabinoïdes, qui génèrent actuellement beaucoup d’intérêt en raison de leurs bienfaits pharmaceutiques », ajoute-t-elle.

Santé, les microalgues!

Mais pourquoi l’algue serait plus «saine» que le pot? Dans le cannabis, on retrouve souvent une horde de molécules chimiques différentes dites cannabinoïdes, comme du delta-9-THC et du delta-8 THC par exemple, qui une fois en contact ensemble dans le système peut stimuler une activité psychoactive trop intense, alors que l’algue ne contiendra qu’une seule molécule de THC, permettant de contrôler les effets sur le corps, selon la professeure universitaire.

L’entreprise biosynthétique Algae-C, qui travaille en collaboration avec l’équipe de Mme Desgagné-Penix, prévoit être en production commerciale de ces microalgues «spéciales» au premier ou au deuxième trimestre de 2020. Des tests à grande échelle doivent d’abord être effectués pour évaluer le potentiel d’exploitation.