POLITIQUE
15/10/2019 10:27 EDT

Le fils de Duceppe à la conquête de la circonscription de Lac-Saint-Jean

Le député sortant, le libéral Richard Hébert, avait été élu lors d'une élection complémentaire en 2017.

Jacques Boissinot/La Presse canadienne
Alexis Brunelle-Duceppe.

QUÉBEC — En remportant la victoire à l’élection complémentaire de Lac-Saint-Jean en 2017, Richard Hébert a mis fin à 37 ans de disette du Parti libéral du Canada (PLC) dans cette circonscription.

Cette fois, il affronte un candidat du Bloc québécois (BQ) au profil atypique.

Un ouvrier dans une usine de papier, ancien technicien en cinéma. Expatrié de Montréal et installé depuis deux ans à Alma avec sa petite famille. Alexis Brunelle-Duceppe est le fils de l’ancien chef bloquiste Gilles Duceppe.

En entrevue téléphonique au cours d’une journée de porte-à-porte, le député libéral sortant, ancien maire de Dolbeau-Mistassini, fait valoir son bilan et sa campagne «très positive».

Selon M. Hébert, la compensation de 1,75 milliard $ du gouvernement Trudeau a apaisé la colère des producteurs laitiers de la région, qui s’estimaient trahis par les concessions à la gestion de l’offre dans l’accord de libre-échange avec l’Union européenne.

Y a-t-il un engouement pour le Bloc, dans cet ancien bastion souverainiste considéré autrefois comme imprenable?

«Oui», a affirmé M. Hébert, en entrevue avec La Presse canadienne, mais en ajoutant que «les choses ont changé un peu» depuis son élection. Bref, la question nationale n’est plus aussi centrale.

Francis Vachon/La Presse canadienne
Richard Hébert (droite) a remporté l'élection complémentaire de Lac-Saint-Jean en 2017.

Les sujets dont lui parlent les citoyens: des emplois pour freiner l’exode des jeunes, le projet d’usine de billettes du géant de l’aluminium Rio Tinto, la pénurie de main-d’oeuvre.

Et la laïcité? C’est un enjeu national sensible dans ces élections, qui pourrait faire mal au PLC, parce que Justin Trudeau a laissé entendre qu’il serait prêt à contester la «loi 21» du gouvernement Legault. Pourrait-il y avoir un ressac?

«On ne m’en parle pas beaucoup, a répondu M. Hébert. On verra aux prochaines élections (...). Ce qui compte, c’est de s’amuser, avoir du plaisir. Comme au hockey, si on tient le bâton trop serré, on n’a plus de plaisir.» 

Alexis Brunelle-Duceppe soutient pour sa part que le Bloc a le vent dans les voiles. «Tellement!» assure-t-il, attablé dans un restaurant populaire d’Alma.

C’est le jour et la nuit par rapport à 2011, lui qui était alors sur le terrain lors de la défaite bloquiste aux mains du Nouveau Parti démocratique (NPD).

«Sentir que ça te glisse entre les doigts, que le canal de communication est coupé, quand il n’y a plus rien qui passe avec les électeurs, la poignée de main est plus molle, le regard plus fuyant.»

Maintenant, les poignées de main sont «franches», le Bloc a de la «stabilité, de l’aplomb», les automobilistes klaxonnent quand ils aperçoivent la minifourgonnette à l’effigie du candidat.

«C’est incroyable, ce qu’a fait Yves-François (Blanchette, chef du Bloc), on a retrouvé notre crédibilité qu’on avait perdue. Ça motive les troupes. Ça part, à la base, du chef.»

Jacques Boissinot/La Presse canadienne
Alexis Brunelle-Duceppe.

M. Brunelle-Duceppe a même réussi à recruter des collègues de travail, qui n’avaient jamais fait de politique, pour lui donner un coup de main.

Et ses priorités mettent notamment l’accent sur la foresterie et l’agriculture, deux fondements de l’économie jeannoise.

Il fait remarquer que depuis l’affaiblissement du Bloc en 2011, toutes les négociations du Canada pour des traités de libre-échange ont affecté la gestion de l’offre en défaveur du Québec. Son parti exige maintenant une protection législative pour éviter d’autres concessions.

Il réclame également des investissements en recherche pour de nouveaux produits issus du bois et pour l’agriculture nordique.

La question nationale, elle, subsiste-t-elle chez ses électeurs? Sont-ils encore nationalistes? Alexis Brunelle-Duceppe assure que la circonscription de Lac-Saint-Jean est toujours aussi indépendantiste.

«Elle a voté Oui à 65 pour cent en 1995. Ça ne peut pas disparaître comme ça. Je suis convaincu que s’il y avait un référendum, il serait gagnant (dans Lac-Saint-Jean).»

 

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Les autres candidats dans Lac-Saint-Jean:

- Jocelyn Fradette, Parti conservateur du Canada

- Jean-Simon Fortin, Nouveau Parti démocratique

- Dany Boudreault, Parti populaire du Canada

- Yves Laporte, Parti vert du Canada

 

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Lac-Saint-Jean

Député sortant : Richard Hébert PLC, dans une complémentaire le 23 octobre 2017, après le départ du conservateur Denis Lebel

Population : 104 911

Élection complémentaire de 2017 : PLC (38,6), PCC (25), Bloc (23,4), NPD (11,7), Vert (1,3)

Élections 2015 : PCC (33,3), NPD (28,5), Bloc (18,4), PLC (18,3), Vert (1,5)

 

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Les enjeux au Saguenay–Lac-Saint-Jean

Rio Tinto

Le géant de l’aluminium, anciennement Alcan, qui exploite plusieurs usines dans la région et son propre réseau de centrales hydroélectriques.

AP60: une des phases d’agrandissement de Rio Tinto que le Syndicat national des employés de l’aluminium d’Arvida souhaite voir aboutir notamment grâce à l’appui des partis et du nouveau gouvernement.

GNL-Québec

Un projet controversé d’usine de liquéfaction de gaz naturel destiné à l’exportation. Le gaz serait acheminé par un long gazoduc en provenance de l’Ontario et l’ouest du Canada.

Arianne Phosphate

Important projet de mine de phosphate, évalué à plus d’un milliard de dollars, destiné à exporter des fertilisants notamment vers la Chine.

Métaux BlackRock

Projet de mine de ferrovanadium et d’usine de transformation de plus d’un milliard de dollars. La mine est dans le secteur de Chibougamau et le projet d’usine à Grande-Anse, à Saguenay.

Foresterie

Les États-Unis ont imposé des droits de douane sur le bois d’oeuvre en provenance du Canada.

Agriculture

Les producteurs laitiers du Saguenay–Lac-Saint-Jean s’étaient opposés à la hausse sans droits de douane des importations des fromages en provenance de l’Union européenne, conclue dans l’Accord économique et commercial global. Le gouvernement Trudeau a convenu d’indemniser les agriculteurs à hauteur de 1,75 milliard $.

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