À quand «l’alcootest du pot»?

Découvrez les quatre obstacles à la commercialisation des «breathalyzers».

Bien avant la légalisation du cannabis, les autorités étaient à la recherche d’un test fiable et rapide pour détecter si un automobiliste avait consommé du « pot ». État de la technologie.

Les forces de l’ordre se fient depuis le début à des tests de salive ou de sang pour déceler la consommation de cannabis d’un conducteur. Mais des chercheurs et des compagnies s’affairent à développer des tests semblables aux alcootests, plus rapides et plus fiables. Ces tests, qu’on appelle « breathalyzer », permettraient de détecter la présence de cannabis dans l’haleine. Il subsiste toutefois quatre obstacles.

1. Il reste difficile de mesurer la teneur de marijuana dans l’organisme

Contrairement à l’alcool, les composés de la marijuana restent dans l’organisme d’une personne très longtemps. Le tétrahydrocannabinol (THC), responsable de l’effet psychoactif du cannabis, peut y rester pendant près d’un mois — évidemment un très long moment après que son effet se soit estompé. C’est pourquoi les tests de sang ou d’urine sont peu utiles, du moins lorsque l’intention est de mesurer si les facultés sont affaiblies.

Les « breathalyzers » visent donc à déterminer quand une personne a fumé, plutôt que la quantité de THC dans son système. Les tests permettraient idéalement de détecter si la personne a fumé dans les deux ou trois heures précédentes, période où l’effet du cannabis serait le plus fort.

Toutefois, ces tests ne peuvent détecter si quelqu’un a consommé des produits comestibles à base de cannabis, puisque le composé exhalé diffère si l’on a absorbé le THC par l’estomac plutôt que par les poumons.

2. THC dans l’organisme n’équivaut pas à facultés affaiblies

Une autre caractéristique qui distingue le « pot » de l’alcool : mesurer du THC dans le corps ou l’haleine de quelqu’un ne veut pas dire que cette personne en ressent les effets. Alors qu’on peut établir une équivalence entre le taux d’alcool dans le sang et un niveau d’ébriété, les niveaux de THC, eux, ne peuvent être interprétés aussi clairement.

La marijuana n’affecte pas le corps et le cerveau de façons uniformes. Les effets peuvent être immédiats ou différés, et le niveau de THC dans le corps n’est pas un bon indicateur du niveau d’intoxication et de facultés affaiblies, pas plus qu’on ne peut déterminer de cette façon si quelqu’un a consommé dans les heures qui précèdent. Des études de fiabilité de ces tests avec des utilisateurs réguliers de cannabis (comme ceux qui en consomment pour des raisons médicales) sont aussi nécessaires pour vérifier la sensibilité des tests.

3. Les tests promis mettent du temps à aboutir

Quelques tests seraient sur le point d’être commercialisés, mais aucun n’est largement disponible. Désireuses de gagner la course, les deux compagnies les plus près du but multiplient les annonces et les affirmations sur les succès allégués de leurs tests cliniques. La compagnie californienne Hound Labs a annoncé début janvier 2020 que son test allait être disponible à la fin de 2020. Au moment d’écrire ces lignes, aucune annonce officielle n’avait encore été faite. Les futurs utilisateurs peuvent s’inscrire sur une liste d’attente.

Au Canada, Cannabix technologie s’est associée à des chercheurs de l’Université de Colombie-Britannique et de l’Université de la Floride pour mettre au point deux appareils qui détecteraient le THC. La compagnie a récemment annoncé le démarrage d’un test au début de 2021 avec deux établissements de santé en Californie.

D’autres chercheurs travaillent sur différentes technologies pour rendre possible cet « alcootest » à marijuana. Des chercheurs de l’Université de Pittsburgh expérimentent ainsi un « breathalyzer » qui détecterait la présence de THC à l’aide de nanotubes. Et l’entreprise en démarrage SannTek Labs, en association avec l’Université de Waterloo, en Ontario, disait travailler en 2019 sur un test utilisant la nanotechnologie ; toute information sur un test de cannabis est toutefois disparue de son site web.

4. La recherche sur le cannabis est encore jeune

Il faut se rappeler que la recherche sur le cannabis et sur ses effets est assez jeune. Même si l’on sait que le THC peut ralentir le temps de réaction et la coordination, on ne peut pas établir clairement un seuil, comme c’est le cas avec l’alcool — en l’occurrence, combien de grammes par heure à consommer selon le poids ou le sexe.

C’est en partie pourquoi les études cliniques des futurs tests en sont toutes à leurs phases préliminaires. La technologie de l’Université de Pittsburgh n’a pour l’instant été testée qu’en laboratoire, à l’aide d’échantillons d’haleines. Même si les résultats s’avéraient encourageants, avant d’aboutir dans les mains des forces de l’ordre, une telle technologie devrait être encore testée sur des centaines, voire des milliers de personnes.

Des chercheurs de l’Université de Californie à San Francisco ont publié un article en septembre 2019 décrivant les résultats d’une deuxième étude clinique, financée par Hound Labs. Or, cette étude n’avait été effectuée que sur 20 personnes, qui ont fumé une quantité variable de cannabis (la variété consommée n’a pas non plus été prise en compte).

La recherche sur les accidents routiers causés par la consommation de marijuana est également très jeune ; il reste difficile de distinguer l’effet de la marijuana de celui d’autres substances, sachant que la consommation est parfois combinée.

Reste que les services de police risquent d’utiliser ces tests avant que leur efficacité ait été validée par des études complètes. Des scientifiques appellent à utiliser des approches moins invasives que la collecte de salive ou de sang pour détecter les facultés affaiblies.

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