OPINION
14/09/2019 09:17 EDT | Actualisé 14/09/2019 09:18 EDT

Être aîné et LGBTQ+: lorsque l’âgisme rencontre l’homophobie et la transphobie

Les avancées récentes ne suffisent pas à lever la crainte des aînés qui, eux aussi, voudraient se sentir à l’aise de mettre la photo de leur conjoint ou de leur conjointe sur la table de nuit.

Petra Spiljard via Getty Images
Plusieurs idées reçues doivent être remises en question afin de rendre les milieux aînés plus inclusifs à la diversité sexuelle et de genre.

Au Québec et au Canada, on s’enorgueillit pas mal d’être des sociétés où les droits envers les personnes LGBTQ+ sont parmi les plus avancés, mais il ne faut pas oublier que ces évolutions sont récentes et que de nombreuses personnes sont encore laissées pour compte.

C’est le cas par exemple des aînés qui, en 2019, demeurent toujours majoritairement dans le placard dans les résidences pour aînés ou les milieux aînés en général.

Ce constat, je le fais malheureusement tous les jours en tant que responsable du programme Pour que vieillir soit gai à la Fondation Émergence. Depuis 2009, ce programme vise à rendre les milieux aînés plus inclusifs à la diversité sexuelle et de genre; et y’a de quoi faire!

Lorsque j’ai accédé à ce poste en 2017, mes prédécesseurs m’avaient averti que ça n’allait pas être facile. Certains s’étaient même fait dire, alors qu’ils sollicitaient les milieux aînés pour proposer nos formations et nos outils de sensibilisation: «on n’a pas de ça chez nous».

De mon côté, en tant qu’homme gai, je mesurais déjà l’ampleur de l’invisibilité des personnes aînées LGBT. Même au sein des communautés LGBT, c’est toujours des jeunes dont on parle. Pourtant, ce sont bien les générations précédentes qui se sont battues pour les droits dont nous bénéficions aujourd’hui. Dans une société vieillissante comme le Québec, où près de 20% de la population a plus de 65 ans, comment se fait-il que les aînés LGBT soient invisibles à ce point?

Nos aînés ont vécu à une période où cacher leur identité LGBT était avant tout une question de survie. 

Dans les milieux aînés, la tendance est plutôt au maintien passif d’un certain tabou autour de cette question.

Il y 50 ans, l’homosexualité était encore un crime passible d’emprisonnement. Elle a été considérée comme une maladie mentale jusqu’en 1973 (1990 pour l’OMS). Ce n’est qu’en 1977 qu’ont été interdites au Québec les discriminations basées sur l’orientation sexuelle, une personne pouvait jusqu’alors perdre son emploi, son logement ou se faire refuser des services parce qu’elle était lesbienne, gaie ou bi. Pour ce qui est des personnes trans, la loi canadienne ne les protège contre les discriminations basées sur l’identité ou l’expression de genre que depuis 2017.

Ces avancés récentes ne suffisent pas à lever la crainte des aînés à divulguer leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. Dans les milieux aînés, la tendance est même plutôt au maintien passif d’un certain tabou autour de cette question et cela encourage les personnes LGBT à l’effacement, au repli sur soi, voire au retour «dans le placard».

Revenons sur quelques idées reçues souvent véhiculées dans le milieu...

«C’est une génération homophobe, il n’y a pas grand-chose que l’on puisse faire» 

C’est une réaction commune lorsque j’approche les milieux aînés. Elle est pratique puisqu’elle désengage complètement les professionnels du milieu. Le problème ce n’est pas eux: ce sont les usagers!

Ce qui me heurte particulièrement dans cette réaction est sa dimension âgiste: on considère que les aînés appartiennent au passé et qu’ils n’ont forcément rien suivi à l’ouverture des dernières années. C’est bien évidemment faux. Lorsque je rencontre des aînés en résidence ou dans les salons FADOQ par exemple, le degré d’ouverture est similaire à celui de la population générale.

Les aînés, comme le reste de la population, sont bien évidemment exposés à ces réalités à travers les médias et même à travers certains de leurs proches qui sont LGBTQ+.

«Ce qui se passe dans les chambres ne nous regarde pas»

Une autre réaction commune que certains établissements me présentent parfois comme s’il s’agissait de leur politique interne en matière de diversité sexuelle et de genre.

Au contraire, ce type d’attitude revient à réduire l’identité et le parcours de vie d’une personne à une simple question de pratique sexuelle.

Ce type de réaction encourage les personnes LGBT à s’effacer. Pourtant, comme n’importe qui, elles aimeraient simplement pouvoir partager leur histoire, leur vécu, leurs amours et se sentir à l’aise de mettre la photo de leur conjoint ou de leur conjointe sur la table de nuit.

«Chez nous on traite tout le monde pareil. LGBT ou pas: aucune différence»

On explique justement à travers nos formations et outils de sensibilisation qu’il y a des différences à prendre en compte dans les interventions. Les personnes aînées LGBT ont souvent eu un parcours très difficile marqué par des expériences de rejet parfois violentes.

Elles peuvent avoir intégré une image négative d’elles même en vivant à une époque où l’homosexualité était synonyme de perversion, de maladie mentale ou de péché mortel. Les plus âgées n’ont souvent pas eu d’autre choix que de s’engager dans un mariage hétérosexuel. Cela laisse forcément des traces et pour assurer leur bien-être il faut être à même de pouvoir accueillir leur parcours.

Les intervenants que je forme sont souvent en première ligne pour assurer le bien-être des aînés, et mon rôle est de les convaincre qu’ils peuvent faire une différence en créant un environnement accueillant dans lequel la personne aînée ne se sent pas obligée de cacher qui elle est ou qui elle aime.

Il est crucial que les milieux aînés osent briser le tabou qui entoure toujours cette question et qu’ils affichent une certaine ouverture pour encourager la libéralisation de parole. 

La section Perspectives propose des textes personnels qui reflètent l’opinion de leurs auteurs et pas nécessairement celle du HuffPost Québec.

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