LES BLOGUES
12/12/2019 10:22 EST | Actualisé 12/12/2019 10:22 EST

J'ai mis du temps à comprendre pourquoi ma fille ne demandait rien pour Noël

Je ne comprenais juste pas qu’elle ne puisse pas savoir de quoi elle avait envie. Ou plus précisément, je ne comprenais pas qu’elle n’avait envie de rien.

Itziar Aio via Getty Images

J’adore les fêtes de Noël et plus particulièrement depuis que j’ai des enfants. Mon fils aîné, Charles, a toujours fait ses lettres au père Noël avec un grand plaisir. Et croyez-moi, c’était vraiment des listes à rallonge! Aujourd’hui encore, alors qu’il va avoir 19 ans, il ne manque absolument jamais d’idées et d’envies. En revanche, ma fille, Sarah, ne me demande jamais rien pour Noël.

Vous devez vous dire: mais où est le problème? (Au contraire, tu as bien de la chance toi!) Le problème est que cela s’inscrit dans la longue liste de ses troubles du comportement présents depuis toujours.

Aujourd’hui, nous savons que Sarah (notre fille, NDLR) est autiste et à peu près tout s’explique. Comme le fait de faire des choix qui lui est extrêmement compliqué.

Mais à l’époque où elle était petite, je ne le savais pas. Alors, pour un parent, ne pas faire de lettre au père Noël, c’est presque perturbant. Enfin, ça l’était pour moi en tous cas.

Bien sûr qu’il y a plus grave dans la vie, on est tous d’accord. Je trouvais juste intéressant d’évoquer ce sujet avec vous car cela démontre, encore une fois, que l’on essaye constamment de se raccrocher à une certaine normalité. En l’occurrence ici, le désir et l’excitation d’un enfant de demander des cadeaux pour Noël. Cela semble évident pour chaque parent et ça l’était pour moi aussi; jusqu’à l’arrivée de ma fille qui a cassé ce code bien établi dans ma tête.

À présent, ma fille a 15 ans et on va faire un petit retour en arrière sur tous ces Noëls où elle ne me demandait jamais rien spontanément et où je continuais de faire comme si tout était normal.

L’enfance et la période où le père Noël existe

Avec mes enfants, j’ai toujours joué le jeu des fêtes de Noël à fond.

On ne rentrera donc pas dans le débat du bien-fondé ou non de leur faire croire en l’existence du père Noël. (Ce n’est pas le sujet ici en plus.)

Chez nous, on a toujours fait la totale: la pile de catalogues de jouets, les ciseaux et la colle pour élaborer les lettres, bref, c’était le petit rituel de fin d’année.

Pour mon fils, le plus simple aurait été d’envoyer tous les catalogues directement aux lutins du Pôle Nord! Le plus compliqué pour moi était alors de faire le tri dans tout ce qu’il voulait et de l’orienter vers ce qui me semblait le plus judicieux.

Je ne comprenais juste pas qu’elle ne savait pas ce dont elle avait envie. Ou plus précisément, je ne comprenais pas qu’elle n’avait envie de rien.

Il avait cette insouciance de penser qu’il pouvait presque tout avoir et il était surexcité par la période de Noël. En réalité, c’était un petit enfant tout ce qu’il y a de plus classique.

Lorsque sa soeur a été en âge de participer aux activités collages et découpages de catalogues, l’exercice a été un peu plus périlleux.

Au départ, elle copiait sur son frère. Ce qui explique qu’elle n’a absolument jamais été attirée par les poupées, mais plutôt par les voitures. 

Je trouvais ça plutôt marrant d’ailleurs. 

Je ne comprenais juste pas qu’elle ne savait pas ce dont elle avait envie. Ou plus précisément, je ne comprenais pas qu’elle n’avait envie de rien.

Lorsque j’ai réalisé qu’elle ne demandait rien, j’essayais de lui proposer des jouets qui semblaient pouvoir lui plaire et elle ne disait jamais non.

Ce désintérêt masquait déjà des problèmes plus profonds, mais je n’en n’avais aucune conscience.

J’agissais comme si tout était normal et je projetais sur elle ce que moi j’aimais. Elle se contentait simplement d’acquiescer. J’étais dans une sorte de compensation permanente en gommant, de manière inconsciente, un comportement inhabituel pour une enfant de son âge.

En gros, je lui faisais les questions et les réponses sans même en avoir conscience.

J’analyse tout ceci avec du recul, car, sur l’instant, je ne réalisais pas que je la guidais dans ses choix. Lorsque l’on est immergé dans une situation, quelle qu’elle soit, on ne se rend pas compte si un truc ne tourne pas rond.

Aujourd’hui, je vous prends l’exemple des choix de cadeaux de Noël, car nous sommes en plein dans cette période. Mais ce problème s’applique dans absolument tous les domaines: le choix des vêtements, le choix des repas, le choix en général et en particulier qui demande à ma fille un effort considérable.

Pourtant, une année, elle m’a bel et bien demandé un jouet.

Sa première vraie demande

Une année, Sarah qui ne demandait jamais rien a, un jour, entouré dans le catalogue JouéClub, la voiture à pédales de Flash Mac Queen (Le héros du film “Cars” qui était sa grande passion à l’époque.) Le seul jouet qu’elle avait entouré. Et sans me le dire ni me le montrer. Elle avait fait ça dans son coin.

Cette voiture était absolument introuvable, car en rupture de stock de partout sur le net et en magasin.

On a alors téléphoné à tous les JouéClub de Corse et elle n’était disponible que dans une petite boutique d’un village paumé. (Le truc totalement improbable.) 

On s’est donc débrouillé pour la faire récupérer par l’intermédiaire de quelqu’un, car il était impossible pour nous qu’elle ne soit pas au pied du sapin.

Je pense que c’est la première fois qu’elle manifestait une quelconque envie.

Et l’expression sur son visage lorsqu’elle l’a vue au pied du sapin valait tous les efforts faits pour obtenir cette précieuse voiture.

Certains vont trouver tout ça un peu idiot, mais je vous assure que lorsque votre enfant ne vous demande absolument jamais rien, vous vous souvenez toute votre vie de sa première vraie demande.

Avec le recul, je sais que j’ai toujours agi de manière bienveillante avec elle.

Les années se suivent et se ressemblent

Les années ont passé et les Noëls se sont succédé avec toujours ce déséquilibre dans les souhaits des enfants.

D’un côté, j’avais un fils qui voulait tout et de l’autre une fille qui ne demandait jamais rien.

Elle avait des fixettes, comme tous les enfants, donc je me basais sur ses héros favoris du moment pour élaborer la liste des cadeaux de la part de toute la famille.

Lorsque le matin de Noël arrivait, je sentais qu’elle agissait un peu comme on aurait voulu qu’elle le fasse ou tout simplement comme son frère.

En réalité, elle n’avait besoin que de peu de choses pour s’amuser. Et cela m’a pris beaucoup de temps pour le comprendre.

Les vraies passions de ma fille

La passion ultime de ma fille a toujours été d’imprimer des personnages de dessins animés sur des feuilles A4, de les découper et de jouer avec.

Mais je ne me voyais pas lui offrir des ramettes de papier et des cartouches d’encre pour Noël. Cela aurait été un peu bizarre d’avoir un côté du sapin bien garni et un autre côté, vide. J’ai toujours eu à coeur que mes deux enfants soient gâtés de manière équivalente.

Les fêtes de Noël sont alors devenues, au fil des années, un vrai casse-tête pour moi.

Je savais que mon fils serait émerveillé le matin de Noël. Mais j’ignorais totalement si ce serait le cas de ma fille. Je pense qu’elle ne croyait même pas au Père-Noël. Lorsque j’ai décidé qu’il était grand temps de lui dévoiler son identité, cela ne lui a fait ni chaud ni froid. Comme si elle le savait déjà. 

Sarah a un trait caractéristique propre aux autistes: elle est hyper terre à terre et ses centres d’intérêt sont restreints. Comment pouvais-je le savoir à l’époque?

Avec le recul, je sais que j’ai toujours agi de manière bienveillante avec elle.

Je voulais tellement que la magie de Noël soit présente que j’en faisais des tonnes sans me douter que tous ces jouets dans les catalogues représentaient trop d’informations à gérer d’un seul coup pour elle.

Elle, ce qui l’intéressait vraiment, c’était de créer ses petits univers en papier. Je ne pouvais juste pas savoir qu’il y avait un univers tout entier dans sa tête.

Le lâcher-prise

Lorsque mes enfants ont grandi, les fêtes de Noël sont devenues un peu plus simples.

Sarah, pour faire ses petites créations n’a besoin que d’un ordinateur, d’une tablette ou un téléphone, d’une imprimante et de feuilles A4. Matériel dont à peu près tout le monde dispose dans son foyer de nos jours.

Une fois que vous avez décidé que votre fille est assez grande pour avoir son propre ordinateur et que c’est le super cadeau que vous lui offrez de la part de toute la famille, vous ne le changez pas tous les ans.

Alors, vous lâchez un peu prise et vous recentrez Noël sur des choses plus fondamentales que faire des cadeaux à tout prix.

Considérer Noël autrement

Concernant Sarah, je sais qu’elle aime toute l’ambiance du mois de décembre alors on en profite à fond. Elle adore décorer la maison, voir les décorations en extérieur ou encore laisser la télé branchée sur des films ou des émissions de Noël.

Je pense que c’est ce qu’elle apprécie le plus.

Même si c’est important pour moi d’offrir des cadeaux à mes enfants, j’essaye de ne plus en faire la priorité absolue. Je lui fais des petites sélections de ce qui pourrait lui plaire et je lui en parle.

Et je sais à sa manière de répondre si c’est oui ou non.

Aujourd’hui, j’ai beaucoup appris sur les réels besoins et attentes de ma fille.

Elle n’aime pas les surprises, je sais que ça la stresse donc je n’en fais pas. Elle sait à l’avance ce qu’il y aura sous le sapin et c’est bien mieux comme ça.

Sarah est une ado particulière dans le sens où elle ne vous dira jamais:

“Je veux ça!”

D’un côté, c’est bien de se dire que vous n’aurez jamais le moindre caprice. Mais d’un autre, je bénis le jour où elle me fera, ne serait-ce qu’une demande complètement farfelue.

On ne mesure pas l’amour que l’on a pour ses enfants au nombre de cadeaux qu’on leur offre. Mais on ne peut pas créer un déséquilibre énorme entre un frère et une soeur. Je cherche toujours le juste milieu entre eux afin que personne ne se sente lésé.

Aujourd’hui, j’ai beaucoup appris sur les réels besoins et attentes de ma fille.

Sarah a agrémenté ses personnages en papier de petits scénarios qu’elle écrit. Dans sa tête, il y a énormément d’histoires qui se bousculent. Écrire lui permet de mettre en ordre son petit cerveau en ébullition.

Elle m’a donc demandé de lui créer un petit site internet pour ranger tout ça. Et c’est ce que j’ai fait. On y a passé beaucoup de temps ensemble car elle veut que je lui apprenne à utiliser WordPress. C’est de ça dont ma fille a le plus besoin: de mon temps, de mon attention et de compréhension sur ses passions hors du commun.

Je vous partage son site ici car je suis très fière de ce qu’elle écrit.

Elle qui n’arrivait pas à écrire trois mots, par pudeur. (vous savez cette pudeur de montrer ce que l’on a à l’intérieur de soi.) Elle s’est mise à écrire tous les jours ses histoires pour donner vie à ses petits bouts de papier.

À présent, elle assume ses différences, ses passions et qui elle est, tout simplement. C’est une énorme victoire pour moi de la voir s’épanouir. Ça vaut tous les cadeaux de Noël du monde.

Et vous savez quoi ? Je sais que là je lui ai vraiment fait plaisir. Car cette année encore, elle ne m’a absolument rien demandé pour Noël.

Et vous? Vos enfants sont comment au moment des fêtes de Noël?

Ce billet est également publié dans son intégralité sur le blog Heyy You.

Vous pouvez également retrouver Carmel sur ses comptes Facebook et Instagram.

Ce texte a été publié initialement sur le site du HuffPost France.