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09/07/2020 16:19 EDT | Actualisé 10/07/2020 07:21 EDT

Agressions et harcèlement: dénoncer sur les réseaux sociaux comporte des risques

Et les agressions entre personnes de même sexe demeurent un sujet méconnu.

porcorex via Getty Images

MONTRÉAL — La dénonciation faite sur Instagram par la chanteuse Safia Nolin contre Maripier Morin rappelle que les actes à caractère sexuel non désirés entre personnes de même sexe demeurent un sujet méconnu. Mais accuser sur un réseau social peut nuire à une victime si elle souhaite voir un jour une condamnation criminelle, prévient la directrice générale de la clinique Juripop.

Safia Nolin a raconté mardi sur Instagram une soirée qui s’est déroulée en 2018.

Elle relate que la populaire animatrice l’a touchée, lui a mordu une cuisse en plus de lui tenir des propos sexuellement explicites et racistes. Maripier Morin a présenté des excuses pour son comportement, sans reconnaître les faits rapportés par l’auteure-compositrice-interprète. Les allégations des deux femmes n’ont pas été testées devant les tribunaux.

Encore de l’incompréhension

Les agressions entre personnes de même sexe demeurent un sujet méconnu en 2020, a expliqué en entrevue Me Sophie Gagnon, directrice de la clinique Juripop, qui se spécialise entre autres en violences sexuelles.

Les femmes sont moins crues parce que les gens ne conçoivent pas une agression par une autre femme, et les hommes qui se font agresser par un autre homme se font dire qu’ils n’avaient qu’à se défendre, résume-t-elle en reprenant des préjugés bien ancrés.

Et en raison de cela, les victimes sont plus réticentes à porter plainte, ajoute-t-elle. Certaines ne font pas confiance au système du justice et ont peur d’y être mal traitées. Selon Statistique Canada, peu d’agressions sexuelles sont rapportées à la police au pays: il est estimé que seulement 5 % des victimes portent plainte.

Mais les crimes sexuels entre personnes de même sexe surviennent, et la clinique Juripop voit de plus en plus de cas, car elle s’efforce de rejoindre les membres de la communauté LGBT+. Récemment, l’ex-politicien André Boisclair a fait l’objet d’accusations criminelles pour une agression sexuelle dont aurait été victime un homme. Éric Salvail aussi.

Me Gagnon souligne qu’il n’y a pas que le viol qui constitue une agression sexuelle. La définition est simple: tout contact physique non consensuel à connotation sexuelle, a-t-elle expliqué.

Les réseaux: un risque

Safia Nolin s’est servie des réseaux sociaux pour dénoncer, comme c’est de plus en plus le cas.

Juripop respecte les choix de chacun, indique Me Gagnon. Pour certains, le processus judiciaire est préférable, pour d’autres non. Certains veulent rester anonymes, d’autres veulent mettre leur agresseur hors d’état de nuire à d’autres.

Mais procéder par les réseaux sociaux comporte des risques, indique l’avocate, si une plainte à la police est envisagée.

Car dans un cas de harcèlement ou d’agression sexuelle, il n’y a souvent pas de témoin. Le fardeau de la preuve repose sur les épaules de la personne qui porte plainte.

Si celle-ci fait des déclarations avant le procès, l’avocat de la défense va se les procurer et s’en servir pour la contredire, pour faire état de différences entre les versions, afin de miner sa crédibilité, explique Me Gagnon.

Dans le cas de Safia Nolin, il est possible qu’il n’y ait jamais de plainte à la police. Elle a confié au journaliste de La Presse, Hugo Dumas, qu’elle ne croit pas au système de justice actuel, qui favoriserait les hommes blancs et hétérosexuels, selon ce que ce dernier rapporte jeudi.

Mais pour ceux et celles qui veulent que leurs agresseurs et harceleurs soient traduits en justice, Me Gagnon leur souligne, lors de consultations sur leurs droits, les risques de faire des déclarations sur la place publique. Les procureurs de la Couronne font de même, dit-elle.

L’on se souvient que la jeune Alice Paquet, qui avait dénoncé le député Gerry Sklavounos, avait vu toutes ses déclarations décortiquées. Les femmes qui ont témoigné au procès de l’animateur radio Jian Ghomeshi ont aussi vu leurs déclarations analysées au peigne fin.

En portant des accusations sur les réseaux sociaux, il y aussi des risques en matière d’atteinte à la réputation, ajoute la directrice de Juripop.

L’effet domino

Me Gagnon souligne aussi que de voir une personnalité connue dénoncer sur la place publique une agression par une personne du même sexe peut aider les autres qui ont vécu une situation similaire. Parfois, ça crée un effet domino, dit-elle.

D’ailleurs, depuis lundi, les lignes téléphoniques de la clinique Juripop ne dérougissent pas.

Car depuis le début du mois de juillet, une nouvelle vague de dénonciation déferle au Québec: des allégations d’agressions et de harcèlement sexuels se multiplient contre des personnalités du web.

Celles de Safia Nolin sont arrivées au même moment.

Juripop a même dû augmenter le personnel affecté à répondre à ces appels d’aide.

Et comme parfois la solution n’est pas juridique, l’avocate souligne que la clinique Juripop a des partenariats avec les CAVAC (Centres d’aide aux victimes d’actes criminels) et avec les CALACS (Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel et la violence faite aux femmes) pour offrir des services psychosociaux.