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19/10/2020 16:55 EDT | Actualisé 19/10/2020 17:08 EDT

Affrontements en Nouvelle-Écosse: Ottawa défend les Mik'maq

En conférence de presse à Ottawa, Bill Blair a indiqué lundi matin que la GRC en Nouvelle-Écosse pouvait maintenant puiser dans ses ressources des provinces voisines, en demeurant dans la «bulle atlantique».

THE CANADIAN PRESS/Sean Kilpatrick
En conférence de presse à Ottawa, Bill Blair a indiqué lundi matin que la GRC en Nouvelle-Écosse pouvait maintenant puiser dans ses ressources des provinces voisines, en demeurant dans la «bulle atlantique».

OTTAWA — Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Bill Blair, a assuré lundi que davantage de policiers de la GRC sont déployés en Nouvelle-Écosse pour répondre au conflit entre les Mi’kmaq et les pêcheurs commerciaux de homard.

En conférence de presse à Ottawa avec trois autres ministres fédéraux, M. Blair a indiqué lundi matin que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) en Nouvelle-Écosse pouvait maintenant puiser dans ses ressources des provinces voisines, en demeurant dans la «bulle atlantique».

Le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, a déclaré que les actes de violence qui ont visé les pêcheurs mi’kmaq au cours des derniers jours sont dégoûtants, inacceptables et racistes. Il a aussi estimé que les Autochtones avaient été abandonnés par les policiers, qui prêtent serment de protéger les citoyens canadiens.

Le ministre Blair a indiqué de son côté qu’il fallait réformer en profondeur le fonctionnement de la police dans les communautés autochtones.

Les pêcheurs non autochtones de la Nouvelle-Écosse contestent le fait que les Mi’kmaq pêchent en dehors de la saison de pêche déterminée par le gouvernement fédéral. Les ministres fédéraux rappellent toutefois qu’en vertu de traité, les Mik’maq peuvent pratiquer une «pêche de subsistance». Ce droit a été reconnu par la Cour suprême du Canada il y a une vingtaine d’années.

La GRC enquête sur plusieurs agressions visant des Autochtones et des propriétés, notamment une attaque contre le chef Michael Sack. L’accusé a été arrêté et remis en liberté à condition de ne plus avoir de contact avec le chef. Tôt samedi matin, un entrepôt de homards a été la cible d’un incendie suspect à Pubnico-Ouest. Des prises de homard de pêcheurs mi’kmaq sont ainsi parties en fumée.

Le ministre Miller s’est dit «profondément préoccupé par ce qui se produit en ce moment dans la région de Digby», et Ottawa est «extrêmement inquiet que cette violence puisse entraîner la mort». Il a lancé un appel au calme «afin d’en arriver à une solution durable pour tous les pêcheurs».

Dans l’arrêt Marshall, la Cour suprême a statué en 1999 que les peuples mik’maq et malécite du Canada atlantique et du Québec ont le droit de pêcher où et quand ils le souhaitent, en vertu de traités signés par la Couronne au 18e siècle, dans le but d’assurer un «moyen de subsistance convenable». Or, la Cour n’a pas défini cette «pêche de subsistance» et les parties ne se sont toujours pas entendues là-dessus. 

«C’est quelque chose de très compliqué, très complexe, a convenu le ministre Miller, lundi. Et ça peut varier de communauté autochtone mik’maq (...) en communauté. Alors, loin de moi, loin d’Ottawa, de dicter du haut de son piédestal ce qu’est la teneur de ce droit. C’est un droit qui doit être discuté, négocié avec les peuples en question. On a déjà essayé de décider, puis ça n’a pas marché.»

Mais le ministre a soutenu que cette pêche autochtone de subsistance avait un impact minime sur la survie de la ressource et sur la santé économique des pêcheurs commerciaux non autochtones. «L’industrie de pêche autochtone est une partie infime de l’industrie commerciale du homard au Canada, a-t-il dit. C’est une industrie fort viable économiquement; il y a des gens qui font beaucoup d’argent (...) Mais soyons très clairs là-dessus: c’est une partie infime de l’industrie de la pêche du homard.»

Des restaurateurs en appui aux Mi’kmaq

Matt Boyle, copropriétaire du resto-bar Dear Friend, à Dartmouth, a expliqué lundi qu’il avait retiré la guedille au homard de son menu afin de sensibiliser les clients à ce conflit. M. Boyle admet qu’il a reçu des commentaires négatifs sur les médias sociaux, mais il soutient que ses clients et des collègues de bars locaux ont été en général favorables à son initiative.

Kourosh Rad, propriétaire du Garden Food Bar de Halifax, a annoncé que son restaurant ne servirait plus de homard tant qu’il ne pourra pas l’acheter à des pêcheurs autochtones.

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Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.