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22/08/2019 10:43 EDT | Actualisé 22/08/2019 10:56 EDT

Une affiche-choc pour éviter que des enfants soient frappés

«La sécurité des enfants, ça n’a pas de prix. Et je ne passe pas par quatre chemins pour livrer mon message aux conducteurs.»

À quelques jours de la rentrée scolaire, la propriétaire d’une nouvelle garderie en Estrie a érigé une affiche-choc devant sa résidence pour sommer le ministère des Transports (MTQ) d’installer un arrêt obligatoire au coin de sa rue très achalandée, notamment par de gros camions en provenance d’une scierie à proximité.

Confectionnée à la main avec de grosses lettres un peu difformes dans un assemblage assez complexe, le message inscrit sur l’affiche ne peut être plus clair: «Il reste encore des enfants ici à écraser, vous pouvez accélérer.»

«La sécurité des enfants, ça n’a pas de prix. Et je ne passe pas par quatre chemins pour livrer mon message aux conducteurs. C’est direct, insolite et polémique comme message, mais personne ne reste indifférent et c’est le but», lance Geneviève Tremblay qui habite depuis moins d’un an le 1277 chemin Favreau à Ste-Edwidge-de-Clifton, non loin de Sherbrooke.

L’endroit en question est une intersection à quatre chemins dotée de deux panneaux d’arrêt obligatoire sur le chemin Léon-Gérin, mais il n’y a rien à l’exception d’un feu clignotant jaune sur le chemin Favreau, la rue centrale du village.

La propriétaire de la garderie «La cabane blanche» garde six enfants âgés de moins de 3 ans. Elle envisage bientôt d’augmenter le nombre à neuf et d’embaucher une employée. Elle semble avoir de bonnes raisons de s’inquiéter.

Stéphane Tremblay

«Je ne suis pas en sécurité chaque fois que je traverse la rue pour aller au parc ou au Croque-livres avec les enfants», déplore-t-elle.

«Nous sommes en “poupons bus” ou à pied et les voitures ne sont percevables qu’à la dernière minute dans le bas de la côte. Au lieu de ralentir, elles accélèrent pour monter n’ayant pas de stop au virage, en plus de faire crisser leurs pneus, des petits spectacles de dérapages et de texter au volant. Je n‘attendrai pas qu’un enfant se fasse frapper.»

«L’hiver, avec les bancs de neige de six pieds, ce sera comme jouer à la roulette russe que de s’aventurer pour traverser la rue», dénonce cette éducatrice spécialisée.

Récemment, son conjoint a eu la frousse de sa vie. «Je tondais le gazon et soudainement, j’ai senti un froid dans le dos... c’était la remorque d’un camion qui avait empiété sur mon terrain lors du virage. Ça m’a frôlé les pieds. Si un enfant déambulait en même temps sur le terrain, on parlerait d’un drame aujourd’hui. C’est très dangereux surtout que l’entrée principale du service de garde est la porte avant de la maison et que les jouets et bicyclettes sont éparpillés sur le gazon», raconte sur un ton colérique, Sonni Panaroni.

Ce dernier a tenu à nous indiquer les traces du camion. On peut effectivement remarquer que le bord de l’asphalte qui délimite le terrain de la garderie est affaissé, signe que plus d’un camion est passé par là.

Stéphane Tremblay
Plusieurs camions passent très près du terrain de la garderie en effectuant leur virage.

Mère de trois enfants, Mme Tremblay est consciente que ses démarches risquent de provoquer l’ire de certains camionneurs, habitués de prendre un élan pour monter la côte juste avant d’effectuer leur virage. Malgré tout, elle dit vouloir aller droit au but, sans faire de détour.

«Mon garçon de quatre ans commencera l’école cette année et il est considéré comme marcheur puisque nous demeurons près de l’école. Chaque matin, je vais être morte d’inquiétude parce qu’il n’y a pas de stop et que les gens font fi de la limite de vitesse imposée de 50 km/h. Non, pas question», exprime avec détermination celle qui n’a pas l’intention de cesser de pester son mécontentement.

Au contraire, si rien ne bouge, elle n’écarte pas la possibilité de «décorer» son terrain d’autres pancartes affublées de slogans percutants et d’affiches aux couleurs encore plus fortes et aux motifs éclatés, inspirées de sa créativité.

Impossible de circuler deux camions en même temps

Le maire de cette localité de 500 âmes, Bernard Marion, a lui aussi dernièrement vécu une expérience traumatisante au volant de sa voiture.

«J’ai moi-même passé près de me faire heurter par une voiture qui s’en venait. Pourtant, j’avais regardé avant de me lancer, mais je ne pouvais voir la voiture qui se trouvait dans le trou de la côte. Les gens qui arrivent de Coaticook sur la 206 ne peuvent voir ceux qui s’en viennent de Saint-Malo, là où se trouve la scierie. Il faut s’asseoir avec le MTQ et trouver une solution avant que le pire arrive.»

 

Le HuffPost Québec s’est rendu sur place pour constater la problématique de la situation, notamment causée par l’étroitesse de la route. En l’espace de 30 minutes, deux événements sont survenus.

Le premier, une automobiliste immobilisée a dû embrayer à reculons pour éviter de se faire emboutir le devant par un fardier qui tournait vers la gauche. Le second, un conducteur d’un mastodonte a été obligé d’empiéter les roues avant de son camion sur le terrain du voisin d’en face de la garderie pour permettre à l’autre camion chargé de bois d’effectuer son virage, non sans difficulté.

Le MTQ dit non

Au ministère des Transports, on mentionne qu’il ne s’agit pas d’une intersection accidentogène. «Depuis 2016, un seul accident mineur est survenu à cet endroit et c’était en hiver sur une chaussée glacée», explique la porte-parole du MTQ en Estrie, Nomba Danielle.

Questionnée par le HuffPost Québec à savoir pourquoi le feu clignotant ne pourrait pas être au rouge, obligeant ainsi un arrêt, Mme Danielle répond: «Il faut faire des analyses, car c’est beaucoup plus compliqué que de simplement décider de changer la lumière jaune pour rouge».

Le maire Marion renchérit en demandant au ministère d’oublier les analyses à savoir «s’il y a suffisamment d’autos qui passent par là par jour pour justifier ou non, un arrêt obligatoire, mais déterminez la dangerosité des lieux, surtout avec l’ouverture d’une garderie et la présence d’une scierie dans le village voisin.»

Au MTQ, on souligne dans un courriel que toute étude tient compte de plusieurs critères, entre autres, la sécurité de l’ensemble des usagers, les données de circulation comprenant les débits et les mouvements véhiculaires, le bilan d’accidents enregistrés, la géométrie de la route, le besoin et la justification d’un dispositif de contrôle, la signalisation ainsi que le marquage en place.

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