POLITIQUE
21/02/2020 16:07 EST | Actualisé 21/02/2020 17:30 EST

Affaire Weinstock: critiqué, le ministre Roberge reconnaît son erreur

Le ministère de l'éducation a retiré une invitation au professeur Daniel Weinstock sur la base de faits inexacts publiés dans une chronique de Richard Martineau.

Jacques Boissinot/PC
Jean-François Roberge, le 18 février dernier (Jacques Boissinot/PC)

L’opposition libérale dénonce l’attitude jugée “cavalière” affichée cette semaine par le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, envers le philosophe et professeur de droit de l’Université McGill, Daniel Weinstock, spécialisé dans les questions d’éthique.

M. Roberge a finalement reconnu son erreur, vendredi.

Considéré comme un expert en la matière, Daniel Weinstock devait participer en tant que conférencier à un forum sur l’avenir du cours d’éthique et culture religieuse (ECR), mais le ministère a retiré son invitation, peu après la publication, mercredi dernier, d’une chronique assassine de Richard Martineau, dans le Journal de Montréal.

La porte-parole libérale en éducation, la députée Marwah Rizqy, y voit “une attaque à la liberté académique” et un geste “honteux” de la part du ministre Roberge qui doit, selon elle, présenter ses excuses publiques au professeur.

“Manque de professionnalisme”, “manque de jugement”, “manque de rigueur” que cette façon de faire, selon Mme Rizqy, qui s’est montrée convaincue en entrevue téléphonique, vendredi, que le ministre Roberge était en train de se mettre à dos le corps professoral universitaire, dont elle-même fait partie, en tant que professeure de fiscalité rattachée à l’Université de Sherbrooke.

Le ministre Roberge “n’a même pas eu la décence d’appeler le professeur en question” pour lui annoncer le retrait de l’invitation, a dénoncé Mme Rizqy, déplorant le style “intempestif” du ministre.

Un aveu, mais pas de changement

Vendredi après-midi, en marge d’une conférence à Montréal, M. Roberge a fait “amende honorable”, en admettant que les choses auraient dû se passer autrement.

“On aurait dû communiquer avec lui directement”, a convenu M. Roberge en point de presse, en précisant qu’il s’était entretenu le matin même avec le professeur et que la conversation avait été “cordiale”.

Sur le fond, cependant, la situation ne change pas: M. Weinstock pourra assister aux forums, mais ne sera pas conférencier, comme il était prévu au départ.

La chronique qui a mis le feu aux poudres faisait référence à des propos prêtés à M. Weinstock au sujet de l’excision des petites filles, au cours d’une conférence tenue en 2012.

M. Martineau a conclu des propos tenus à l’époque par l’universitaire qu’il favorisait “l’excision symbolique” des filles pratiquée par des médecins québécois.

Or, le professeur a expliqué par la suite qu’il avait simplement relaté, sans approuver cette pratique, que des médecins américains avaient pratiqué dans le passé des mutilations génitales “symboliques” à des petites Somaliennes pour leur éviter de retourner dans leur pays d’origine où elles seraient à coup sûr excisées.

Dans quelques entrevues publiées au cours des derniers jours, M. Weinstock a ajouté que l’excision était à ses yeux une “pratique inadmissible”, tout en déplorant le fait que personne au ministère de l’Éducation ne l’avait contacté pour obtenir sa version des faits, ni effectuer quelque vérification que ce soit, avant d’annuler son invitation. Il a aussi demandé au ministre de présenter ses excuses.

Vendredi, dans une brève mise au point, le chroniqueur Richard Martineau a reconnu la teneur “inexacte” de sa chronique dédiée à M. Weinstock.