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05/11/2019 19:14 EST | Actualisé 05/11/2019 19:33 EST

Affaire SNC-Lavalin: un avocat de Sami Bebawi aurait offert 10M$ à un témoin

Sami Bebawi, âgé de 73 ans, fait face à huit chefs d’accusation de fraude, de recyclage de produits de la criminalité, de possession de biens volés et de corruption d’un agent public étranger.

THE CANADIAN PRESS/Paul Chiasson
Sami Bebawi, ancien vice-président de SNC-Lavalin, quitte une salle d'audience à Montréal, le vendredi 15 février 2019 (photo d'archives).

MONTRÉAL — Un avocat représentant un ancien dirigeant de SNC-Lavalin, accusé de fraude et de corruption, aurait tenté de payer un témoin clé de la Couronne selon un témoignage entendu mardi lors du procès.

Lors de la quatrième journée du procès, Riadh Ben Aissa a déclaré devant un jury que 10 millions $ lui avaient été offerts, par le biais de ses avocats en Suisse, par un avocat de Sami Bebawi, Constantine Kyres, tandis qu’il était détenu dans ce pays.

«On m’a offert 10 millions de dollars pour corroborer la version de Sami Bebawi», a déclaré Riadh Ben Aissa, faisant référence à un récit donné aux autorités suisses par l’accusé.

J’ai refusé l’argent. Et j’ai informé les autorités canadiennes.Riadh Ben Aissa

Sami Bebawi, âgé de 73 ans, fait face à huit chefs d’accusation de fraude, de recyclage de produits de la criminalité, de possession de biens volés et de corruption d’un agent public étranger.

La Couronne allègue que Sami Bebawi aurait empoché 26 millions de dollars.

Il a plaidé non coupable à toutes ces accusations, découlant d’événements qui ont débuté vers la fin des années 1990 et qui impliquent des contrats liés à la dictature de Mouammar Kadhafi.

Le procès porte principalement sur les relations avec le fils de Mouammar Kadhafi, Saadi, dont les liens ont facilité la conduite des affaires de SNC-Lavalin dans ce pays.

Les courriels en provenance et à destination de Riadh Ben Aissa ont montré que la société participait étroitement aux voyages du jeune Kadhafi au Canada, jouant un rôle d’intermédiaire dans ses discussions avec le gouvernement fédéral.

Riadh Ben Aissa a témoigné mardi au sujet des actions de SNC-Lavalin visant à acquérir, pour Saadi Gadhafi, un yacht de luxe de fabrication américaine - le Hokulani - pour 25 millions de dollars après avoir signé un important contrat en Libye. Il a précisé que l’achat avait été porté à l’attention de Sami Bebawi, qui a annoncé peu après qu’il avait été approuvé par le président de SNC-Lavalin, Jacques Lamarre.

Les comportements ont changé après la tourmente qui a frappé la Libye en 2011, et Riadh Ben Aissa a raconté qu’il avait été invité à s’assurer de la mise en place d’un pare-feu entre l’entreprise et la famille Kadhafi.

Peu de temps avant son arrestation en Suisse, Riadh Ben Aissa a déclaré avoir reçu un appel paniqué de Sami Bebawi, qui menaçait de se suicider.

«Il disait que je devais résoudre la situation en Suisse et qu’il ne pouvait pas subir l’impact de ce qui se passait», a déclaré Riadh Ben Aissa au jury. Sami Bebawi a fait part de ses inquiétudes au sujet de deux sociétés-écrans qui déposaient des pots-de-vin, a ajouté Riadh Ben Aissa, avant de lui confirmer que ces sociétés avaient été fermées.

Une «fraude internationale»?

La Couronne a qualifié l’affaire de «fraude internationale et de corruption», et soutient que Sami Bebawi était à la tête du stratagème qui permettait d’obtenir de lucratifs contrats. La Couronne affirme également que Sami Bebawi aurait reçu des millions de dollars à la suite de ces accords, qui ont débuté à la fin des années 1990.

La Couronne tente aussi de prouver que SNC-Lavalin a transféré environ 113 millions de dollars à des sociétés-écrans qui payaient des personnes - notamment Saadi Kadhafi - qui l’aidaient à collecter de l’argent et à obtenir des contrats. Il est allégué que ce qui restait dans les comptes était ensuite partagé entre Riadh Ben Aissa et Sami Bebawi.

Riadh Ben Aissa a témoigné que Sami Bebawi avait maintenu la pression sur lui pour qu’il fasse le nécessaire pour conserver les contrats. Riadh Ben Aissa est devenu lui-même dirigeant de SNC en 2007, en remplacement de Sami Bebawi, poste qu’il a occupé jusqu’en février 2012, date à laquelle il a démissionné de la société. Il a été arrêté par les autorités suisses en avril 2012.

Il a passé 30 mois en détention préventive en Suisse avant de plaider coupable de corruption de fonctionnaires étrangers et de blanchiment d’argent provenant de la Libye.

Il a signé un accord de coopération avec la GRC alors qu’il était en détention en Suisse et il a ensuite été extradé vers le Canada, où il a été condamné à un jour de prison après la condamnation de dirigeants de SNC-Lavalin pour une affaire reliée à un contrat de construction d’un hôpital à Montréal.

Riadh Ben Aissa a déclaré qu’il ne recevait aucun avantage de la part des autorités fédérales en retour, mis à part l’assurance qu’il ne serait pas poursuivi au Canada pour les actions ayant conduit aux accusations en Suisse.

Le procès devrait durer six semaines.