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Les adolescents fumeurs reçoivent moins d'offres d'aide pour arrêter

«Et le plus tôt on intervient, meilleures sont nos chances d’aider les jeunes à arrêter de fumer et diminuer les problèmes pour la santé à plus long terme.»

MONTRÉAL — Les professionnels de la santé proposent aux jeunes fumeurs moins de solutions pour abandonner le tabagisme qu’ils ne le font à leurs patients plus âgés, a constaté un chercheur du CHU Sainte-Justine.

“Je pense que c’est un manque de formation et d’éducation, et c’est une philosophie qui doit changer, a expliqué le docteur Nicholas Chadi, un pédiatre spécialisé en médecine de l’adolescence et toxicomanie. Je suis toujours surpris d’entendre les pédiatres me dire, ‘oh non, j’ai jamais essayé ça, je n’ai jamais prescrit pour des jeunes’. On ne pense pas nécessairement à un jeune avec une ‘patch’ pour le tabac, mais au contraire, ce sont des outils qui peuvent vraiment faire partie d’un plan efficace pour les aider à arrêter de fumer.”

Le docteur Chadi et ses collègues s’intéressent, dans le journal médical JAMA Pediatrics, aux taux de réception des traitements contre le tabagisme sous deux formes: la thérapie ou le counseling individuel, ou la médication (timbres, gommes et médicaments).

″À voir les chiffres, on s’aperçoit que les taux de réception sont extrêmement bas chez les jeunes ados, les ados un peu plus vieux et même les jeunes adultes, ce qui nous amène à penser que c’est vraiment une occasion ratée au niveau de l’intervention pour cette population-là”, a-t-il expliqué à La Presse canadienne.

Plusieurs médecins et professionnels de la santé croient encore qu’il ne leur revient pas d’intervenir auprès des adolescents ou des jeunes adultes pour les aider à écraser. Certains croient aussi qu’il est inutile d’intervenir auprès de cette population, en concluant qu’elle va fumer peu importe les interventions qui seront faites.

Pourtant, dit le docteur Chadi, des recommandations formulées au cours des cinq dernières années indiquent de plus en plus clairement qu’il revient au médecin d’intervenir. Le moment serait donc venu d’abandonner l’ancienne mentalité.

“Et le plus tôt on intervient, meilleures sont nos chances d’aider les jeunes à arrêter de fumer et diminuer les problèmes pour la santé à plus long terme” a-t-il rappelé.

Rien de pire que la cigarette

D’autres médecins croient que certaines contre-indications ou certains effets secondaires les empêchent de proposer ces solutions à leurs jeunes patients - ce qui est faux, surtout quand on tient compte du fait que, ultimement, rien n’est pire que fumer la cigarette.

Le docteur Chadi a participé à cette étude à l’époque où il était rattaché à l’Hôpital pour enfants de Boston. Même si les données qui sont rendues publiques ces jours-ci datent d’il y a quelques années, il croit que la hausse inquiétante de la popularité du vapotage leur confère une nouvelle pertinence, puisque cela pourrait engendrer une nouvelle flambée des taux de tabagisme.

Il rappelle d’ailleurs qu’une étude publiée récemment témoignait d’une augmentation assez importante des taux de tabagisme chez les adolescents plus vieux et les jeunes adultes.

“On se retrouve dans une situation où il faut absolument utiliser tous les outils auxquels on a accès pour aider les jeunes à renoncer oui à la cigarette, mais maintenant aussi à la vapoteuse, a-t-il lancé. Il faut absolument que le mot se passe et qu’on soit à l’affût, en tant que professionnels de la santé, de ce qui sont les nouvelles recommandations.”

D’autant plus que les deux tiers des jeunes qui fument souhaitent arrêter, selon de récentes études canadiennes. Toutefois, ils hésiteront possiblement plus que les patients adultes à en parler à leur médecin pour demander de l’aide.

L’important est d’adopter une stratégie centrée sur le jeune, poursuit le docteur Chadi, puisqu’on ne proposera pas un timbre de nicotine au jeune de la même façon qu’on le fera à un quinquagénaire. Une approche “holistique” comprenant notamment du soutien et de la thérapie sera nécessaire, puisqu’un timbre ou un médicament ne sera pas en mesure de régler tout le problème.

“Je pense vraiment que c’est du côté des professionnels de la santé que nous sommes fautifs de ne pas poser assez la question, parce que la porte est déjà entrouverte, a dit le docteur Chadi. Il faut juste avoir une approche adaptée à l’âge du patient.”