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08/10/2020 11:03 EDT | Actualisé 22/10/2020 17:25 EDT

À 18 ans, cette activiste est prête pour la désobéissance civile

«J’ai réalisé qu’on était rendu là. On a essayé les pétitions, les marches, et ça n’a pas été écouté. Par contre, j’ai vu que quand on fait des actions plus perturbatrices, on en parle et ça attire l’attention sur les changements climatiques.»

Courtoisie/Solène Tessier
Solène Tessier

Admirés par certains, conspués par d’autres. Les activistes qui se consacrent à une cause sont-ils des héros incompris ou des casseurs insolents? Dans la série «À qui la rue? - Portraits d’activistes», le HuffPost Québec va à leur rencontre pour discuter de leurs motivations et de leurs combats.


Le coup d’éclat de trois militants d’Extinction Rebellion (XR) qui ont grimpé sur le pont Jacques-Cartier en octobre 2019 a fait couler beaucoup d’encre. L’action de désobéissance civile qui visait à dénoncer l’inaction des gouvernements en matière de changements climatiques a perturbé la circulation un mardi matin et en a frustré plus d’un.

Solène Tessier, elle, a plutôt été inspirée par ce qu’elle a vu ce jour-là, et elle n’a pas tardé à se mettre en action à son tour. 

«Il y a eu des arrestations, j’ai suivi tout ça et j’ai trouvé ça vraiment fascinant. Ça m’a vraiment motivée, se souvient la Montréalaise, le regard pétillant. Ça m’a touchée parce que j’ai réalisé que nous, en tant que citoyen, on pouvait agir.»

«J’ai fait toutes mes recherches [sur Extinction Rebellion] pendant la nuit, et le lendemain matin, j’ai amené un ami et on est allé à leur swarm en pyjama. Il y avait une cinquantaine de militants, mais aussi une cinquantaine de journalistes et une cinquantaine de policiers. C’était vraiment toute une action pour commencer», relate Solène, encore emballée de raconter cette expérience vécue il y a près d’un an.

Lors d’un swarm - type d’action que le mouvement écologiste organisait chaque semaine avant la pandémie - les militants s’arrêtent devant les véhicules immobilisés au feu rouge, brandissent des pancartes et distribuent des dépliants aux passants. La jeune femme a adoré sa première expérience, notamment parce qu’elle a rapidement constaté que même cette petite action attirait l’attention. «Je me suis ramassée à me faire prendre en photo et à faire les journaux», lance-t-elle, fière.

Mathias Maumont Perafan
Quelques jours après son premier swarm avec Extinction Rebellion, Solène Tessier participait à une action théâtrale, un «die in», au centre-ville de Montréal. Elle distribuait des boissons comme du «déni délicieux» aux participants, qui simulaient ensuite leur mort.

Après avoir participé à différentes manifestations et actions théâtrales, Solène n’avait plus de doutes sur son désir de s’impliquer dans le mouvement. Depuis, elle consacre une grande partie de son temps - de 10 à 25 heures par semaine selon les périodes, et jusqu’à 35 heures par moments - à la cause. La militante mentionne par ailleurs qu’elle n’a pas de titre précis au sein de l’organisation, puisqu’il n’y a aucune forme de pouvoir, de hiérarchie au sein du mouvement.

Même la pandémie n’a pas freiné ses ardeurs. Celle qui avait pris une année sabbatique après ses études secondaires avoue qu’en revenant au Québec en mars après un voyage humanitaire au Ghana, il lui a fallu un certain temps avant de réaliser l’ampleur de la pandémie. Même si les derniers mois ont ralenti les activités sur le terrain, la jeune femme est débordante d’optimisme malgré l’ampleur de la crise planétaire.

«Ça m’a amenée à plus réfléchir qu’agir, explique Solène. On est capable de faire le virage écologique, arrêtons de se trouver des excuses pour ne pas le faire. [La pandémie] nous a prouvé que le gouvernement était capable de faire des changements draconiens, d’arrêter l’économie et de reculer, donc ça m’a vraiment motivée à continuer le combat.»

Au cours des derniers mois, Solène a pris part à des manifestations et des événements de mobilisation lorsque c’était possible de respecter les consignes sanitaires. Elle a entre autres participé à l’initiative «Wake up câlice», un campement pour une relance écologique à la place des Festivals qui s’est déployé en juillet, et à la campagne «Salis pas mon cash» contre la Banque royale du Canada, toujours en cours.

Son implication comme activiste lui demande du temps et de l’énergie, mais l’esprit de communauté qu’elle a découvert au sein du mouvement fait toute la différence. «On est rendu une famille, on est tous proches. Aller aux manifs, c’est retrouver une gang d’amis, soutient Solène. C’est la camaraderie derrière le mouvement écolo qui m’a intéressée, attirée et gardée dans le mouvement.»

Et quand la Montréalaise prend part à une manifestation, elle n’est pas reconnue pour se fondre dans la masse. «Je suis rendue avec la réputation de toujours finir par avoir soit une photo dans un média, soit être en train de parler au microphone.» Solène raconte, tout sourire, la fois où sa présence à une manifestation au dernier Salon de l’auto lui a valu une apparition à l’émission Infoman.

Courtoisie/Solène Tessier
«Je suis rendue avec la réputation de toujours finir par avoir soit une photo dans un média, soit être en train de parler au microphone.» 

«Après une manif, j’ai l’impression d’avoir fait quelque chose d’utile, d’avoir essayé de mettre mon petit grain de sel pour que l’histoire se tourne du côté environnemental. Je suis aussi fière parce que c’est vraiment cool de savoir qu’on va avoir eu un impact sur des gens, soit en en recrutant ou en ayant un impact médiatique.»

Même s’il est peu commun d’investir autant d’heures dans le militantisme à 18 ans, la jeune femme affirme que ses amis n’ont pas été très surpris de la voir s’impliquer autant, elle qui était reconnue pour être de tous les comités à l’école secondaire.

«Si je dis “ah non je ne peux pas aller à la soirée parce que j’ai une rencontre pour le climat”, c’est quand même un peu différent des jeunes de mon âge», admet celle qui est aussi ambassadrice pour le programme Jeunes leaders pour l’environnement. «Mais les jeunes sont quand même assez informés [au sujet des changements climatiques], alors ça détonne, mais pas trop.» Ce qui étonne davantage les jeunes de son âge, c’est le fait que Solène n’a pas de cellulaire, surtout parce que c’est polluant. «Je préfère apprendre à me débrouiller.»

Un sacrifice nécessaire?

La jeunesse est mobilisée pour le climat, on l’a vu, entre autres, lors de la grande marche du 27 septembre 2019. Mais s’engager dans des actions de désobéissance civile, c’est une autre étape que peu franchissent. Quand elle a commencé à s’impliquer plus sérieusement pour Extinction Rebellion, Solène s’est demandé si elle était prête à défier la loi de manière non violente au nom de la cause qu’elle porte. 

C'est nécessaire de faire des actions plus radicales.Solène Tessier

«J’étais mineure, donc ce n’était pas encouragé de faire des actions de désobéissance civile avec XR. Je voulais aller peut-être dans une carrière en médecine, et un casier criminel, c’est quand même un gros obstacle», note-t-elle. Mais après avoir suivi une formation sur la désobéissance civile et puisqu’elle a «enfin» eu 18 ans récemment, l’étudiante en environnement et enjeux planétaires au collège de Maisonneuve se sent prête à aller plus loin dans son implication.

«J’ai réalisé qu’on était rendu là. On a essayé les pétitions, on a essayé les marches, et tout ça, ça n’a pas été écouté. Par contre, j’ai vu que quand on fait des actions plus perturbatrices, on en parle et ça attire l’attention sur les changements climatiques», poursuit-elle, en donnant l’exemple récent de confrères militants qui ont modifié un panneau publicitaire en y affichant «Ça va bien brûler».

Courtoisie/Solène Tessier
Solène Tessier lors d'une action organisée à l'occasion du Vendredi fou, en 2019, au centre-ville de Montréal.

«C’est nécessaire de faire des actions plus radicales. On a besoin de personnes qui ont le courage de le faire parce que sinon le message ne passera pas», affirme Solène, qui se dit prête à à assumer les conséquences d’une éventuelle action de désobéissance civile, comme une arrestation.

Beaucoup de militants en environnement disent souffrir d’écoanxiété, une réalité qui les pousse à s’impliquer pour faire avancer la cause. Solène Tessier, elle, vit les choses un peu différemment. «Je suis vraiment chanceuse, je ne vis pas d’écoanxiété sur une base régulière. Moi, ce qui me motive vraiment à agir pour l’environnement, c’est qu’on doit le faire. On est rendu à un stade où on est au pied du mur. Si on ne fait rien, où sera le futur pour nos enfants, pour nous-mêmes?», questionne celle qui a l’intention de s’impliquer pour la cause pour plusieurs années encore.

«Quand je me projette, je me vois encore pleine d’énergie, toujours avec ce petit feu-là pour l’activisme qui brûle.»

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