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À toi mon bébé fille

C’est aujourd’hui mon tour de te transmettre notre armure, celle qui te protégera des attaques qui menacent encore, des mots qui blessent encore, des jugements et de la rigidité de ceux chez qui la peur persiste.

Un jour tu comprendras qu’on vient d’une lignée de combattantes. Parfois en armure et en bouclier, mais aussi, d’autres fois, dans l’ombre. On s’est battue pis on s’est cachée, on a perdu, pis d’autres fois on a gagné. Pas très loin derrière toi, y’a ces femmes qui étaient prisonnières d’un code rempli de compromis, d’injustices et d’interdits. Bien avant elles, y’avait celles qui étaient réduites au silence, sans droit à une opinion, sans choix, sans indépendance.

De chaque génération de femmes, l’une d’elles s’est levée debout pour parler plus fort. Souvent on s’est moqué d’elle, cherchant à l’intimider pour la faire taire. Un peu plus fort, elle criait son nom, scandait son message. Quand on lui interdisait l’entrée, elle brisait les loquets, lorsque bâillonnée, elle écrivait, lorsque blessée, elle chantait.

Un jour, d’autres femmes se sont jointes à elle et enfin, elles sont devenues plusieurs à être ligotées ensemble. De petits gestes en petits gestes, de mouvements subtils et de patience, elles ont dénoué les liens qui les limitaient et à nouveau elles militaient.

On les a emprisonnées pour leur audace, rejetées pour leur perspicacité, on les a exclues pour ne pas avoir à les craindre. Elles avaient raison dans ce qu’elles avaient à dénoncer, mais il était plus facile de les opprimer que de les affronter. Au-delà de chaque frontière, une femme un jour s’est levée, de chaque dynastie, de chaque clan, dans chaque généalogie, l’une d’entre elles n’a pas eu peur et armée de toute la confiance qu’elle pouvait avoir en ses convictions profondes, elle a pris la parole pour chaque fillette comme toi qui allait venir au monde.

«Grâce à ces guerrières, tu es toute petite, mais combien forte, tu as du pouvoir, celui de changer les choses, d’innover, de choisir, tu as une place de par le monde malgré les frontières à franchir.»

Des grands-mères te berçaient bien avant ta naissance, de grandes sœurs t’ont protégée, des fées marraines se sont assurées que tu ne manquerais de rien et que chacun de tes rêves pourrait devenir réalité, tout ça bien avant que tu n’entrevoies la lumière du jour pour la toute première fois.

Aujourd’hui, je te tiens dans mes bras. Grâce à ces guerrières, tu es toute petite, mais combien forte, tu as du pouvoir, celui de changer les choses, d’innover, de choisir, tu as une place de par le monde malgré les frontières à franchir. Tu ne parles pas encore, mais je sais qu’on va t’écouter et respecter ce que tu choisiras de dire, tu ne marches pas, mais grâce à elles, je sais que tu iras loin. Tu es toute fragile, mais j’ai cette certitude que tu surmonteras tous ces murs qui se dresseront devant toi et que de l’autre côté, ta sœur te tendra la main.

C’est aujourd’hui mon tour de te transmettre notre armure, celle qui te protégera des attaques qui menacent encore, des mots qui blessent encore, des jugements et de la rigidité de ceux chez qui la peur persiste et qui ne voient que la méchanceté pour se protéger.

Malheureusement, il reste encore de ces mouvements archaïques qui nous maintiennent de force dans le silence. De toutes ces chaînes qui ont opprimé celles qui sont aujourd’hui nos modèles, plusieurs se sont fracassées sous le poids de leur détermination, mais quelques-unes sont restées, ancrées trop solidement à des murs de béton.

Tu vois, je ne connais rien de cette génération qui sera la tienne. Sache toutefois que j’ai contribué à ses fondements. Comme je l’ai fait avant toi, tu t’appuieras sur ce que j’y laisse pour mener ton propre combat. Tu auras cette chance de devenir ce que tu veux sans aucune limite, tu pourras y défendre les causes qui te tiennent à cœur et on t’offrira une tribune pour élever ta voix.

Aujourd’hui alors que tu vois le jour pour la toute première fois, je te remets cette armure pour te protéger, mais surtout pour te permettre d’aller où bon te semble, en toute légalité, en toute égalité. Elle est un peu usée, car avant toi, tes sœurs l’ont beaucoup portée et avant elles, d’autres la portaient déjà. Elle est usée, mais quand on la revêt, on devient grande et fière et confiante, on se reconnait, on s’identifie et on s’allie pour briser les baillons et crier d’une voix encore plus puissante.

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