POLITIQUE
13/10/2019 13:04 EDT

15 % des candidats proviennent des minorités visibles

Cela représente une augmentation d’environ un point de pourcentage par rapport aux élections de 2015, mais ce chiffre n’incluait que les candidats du Parti libéral, du Parti conservateur et du NPD.

THE CANADIAN PRESS/Darryl Dyck
Le candidat libéral de Vancouver-Granville, Taleeb Noormohamed, se rend à la réunion publique de tous les candidats à Vancouver, le jeudi 10 octobre 2019.

OTTAWA — Le nombre de candidats aux élections fédérales provenant de divers horizons continue d’augmenter même s’il est loin de refléter la composition multiculturelle du Canada.

Environ 15 pour cent des candidats des six principaux partis fédéraux (PLC, PCC, NPD, PV, BQ et PPC) appartiennent à une minorité visible, selon une analyse des listes de candidats réalisée par la Presse canadienne.

Cela représente une augmentation d’environ un point de pourcentage par rapport aux élections de 2015, mais ce chiffre n’incluait alors que les candidats du Parti libéral, du Parti conservateur et du NPD.

Selon les données du recensement de 2016, 22 pour cent des Canadiens s’identifiaient comme un membre d’une minorité visible.

Ce 15 pour cent masque des différences marquantes entre les formations politiques.

Ainsi, le NPD compte une longueur d’avance sur ses adversaires dans ce domaine. Environ 24 pour cent de ses candidats viennent d’une minorité visible. Les libéraux suivent à environ 17 pour cent, deux points de pourcentage devant les conservateurs. À ce chapitre, le Parti populaire est devant les verts (environ 13 pour cent contre moins de 10 pour cent). Le Bloc québécois n’a qu’une infirme minorité de candidats provenant de la diversité.

Il convient de noter qu’un plus grand nombre de Noirs — longtemps sous-représentés parmi les élus — ont été nommés candidats.

«C’est une amélioration, mais nous avons encore un long chemin à parcourir», souligne Velma Morgan, la présidente d’Operation Black Vote Canada, un groupe qui souhaite un plus grand nombre d’élus noirs au pays.

Selon elle, il faut s’assurer que ces candidats ne se présentent uniquement pas dans des circonscriptions où ils n’ont aucune chance de gagner. Le but ultime, ajoute-t-elle, c’est la représentation au Parlement.

Erin Tolley, une professeure de l’Université de Toronto, reconnaît que le recrutement de candidats provenant d’une minorité visible peut être une tâche difficile pour les partis à moins de disposer d’une forte organisation sur le terrain.

Elle estime que le pourcentage plus élevé pour le NPD est le signe «d’une intentionnalité» de la part de cette formation.

Traditionnellement, le NPD n’a pas fait beaucoup mieux que les libéraux et les conservateurs - et parfois même pire - en ce qui concerne la proportion de candidats racialisés.Erin Tolley, professeure de l’Université de Toronto

Mme Tolley soupçonne que cette poussée est attribuable en partie à l’influence du chef du NPD, Jagmeet Singh.

«Tous ceux qui travaillent dans le recrutement vous diront qu’il n’est pas si difficile de convaincre des candidats blancs et masculins. Beaucoup y consentent. Il est plus difficile de trouver des personnes qui ont été traditionnellement laissées pour compte ou qui ont toujours pensé que la politique n’était pas pour elles.»

Plus de femmes

Autre changement significatif: le nombre de candidates.

En 2015, 88 femmes avaient été élues, un sommet historique, mais elles demeuraient fortement minoritaires à la Chambre des communes.

«Nous sommes dans une phase d’optimisme, nous pourrions atteindre la barre des 30 pour cent [ou 102 députées]», signale Nasha Brownridge, une porte-parole du groupe À Voix égales.

Dans l’ensemble, environ 37 pour cent des candidats des six principaux partis sont des femmes. Le NPD a presque atteint la parité, tandis que les Verts comptent 46 pour cent de candidates et le Bloc québécois près de 45 pour cent. Les libéraux approchent les 40 pour cent.

Les conservateurs se sont améliorés puisque le pourcentage de candidats a grimpé de 20 pour cent en 2015 à 31 pour cent cette année.

Le Parti populaire traîne de la patte dans ce domaine à un peu moins de 18 pour cent.

Mme Brownridge souligne elle aussi qu’il est aussi important que ces candidats puissent se présenter dans des circonscriptions gagnables.

C’est un peu comme le principe de la saucisse Hygrade: plus de femmes seront élues, plus de femmes seront candidates.Nasha Brownridge, porte-parole du groupe À Voix égales

Autre sommet: il y a au moins 62 candidats issus des Premières Nations, selon l’Assemblée des Premières Nations (APN). En 2015, on en comptait 54, dont 10 avaient été élus.

Un porte-parole du NPD dit que la formation compte 27 candidats autochtones. Dix-huit se présentent sous la bannière libérale, note l’APN.

Les données sont beaucoup moins fiables pour déterminer le nombre de personnes issues des communautés LGBTQ qui sont candidates aux élections. Le NPD et le Parti vert ont déclaré qu’ils avaient respectivement 40 et 28 candidats provenant de ces communautés.

La directrice générale du groupe de défense des droits des LBGTQ, Egale Canada, Helen Kennedy, juge qu’il est encourageant de voir des candidats provenant de ces communautés, mais il est plus important de connaître leurs opinions sur les enjeux. Pour l’instant, Mme Kennedy est loin de se réjouir du peu d’attention portée aux questions importantes pour la communauté LBGTQ.

«Je n’ai certainement vu aucune preuve nette que, dans le domaine des soins de santé, par exemple, nos personnes intersexuées seront mieux représentées ou que nos membres transgenres de notre communauté auront un accès plus facile aux soins de santé», a-t-elle déploré.

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