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04/08/2015 10:35 EDT | Actualisé 05/08/2016 05:12 EDT

Les élections fédérales concernent-elles les nouveaux Canadiens?

Mon premier souhait serait que le futur premier ministre octroie à Raif un sauf-conduit ou un permis d'entrée au Canada.

Il y a quelques jours, une amie m'a demandé qui j'aimerais voir comme nouveau premier ministre au Canada? En fait, c'est une question à laquelle je n'avais pas pensé pour deux raisons.

La première appelle une réponse simple. Comme tout Néo-Canadien n'ayant pas encore reçu la citoyenneté officielle du pays, je n'ai pas le droit de vote. La deuxième raison : je viens d'une monarchie absolue islamique [l'Arabie saoudite, ndlr] qui interdit et criminalise toutes sortes d'élections.

Cependant, je dois mentionner que sa question m'a ouvert les yeux sur plusieurs autres interrogations à ce sujet : les élections fédérales intéressent-elles et concernent-elles vraiment les nouveaux Canadiens? Et pourquoi devraient-ils s'y intéresser ? Quel est le niveau d'impact d'une telle préoccupation pour nous?

Bien entendu, tout Néo-Canadien doit s'intéresser à ce qui se passe dans leur pays d'accueil. Quand je commence à évaluer l'impact que ces élections peuvent avoir à mon niveau, je me rends compte qu'elles sont très importantes et auront un effet direct sur ma vie personnelle.

Qui sera le prochain premier ministre du Canada?

Thomas Mulcair, chef du Nouveau parti démocratique et leader de l'opposition actuelle? Ou Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada? Le chef du Parti conservateur, Stephen Harper, sera-t-il réélu ?

Lorsque récemment, M. Mulcair a visité la ville de Sherbrooke, il a insisté pour m'inviter à déjeuner en présence du député néo-démocrate de Sherbrooke, Pierre-Luc Dusseault. Au cours du repas, il m'a fait la promesse que, sur une base hebdomadaire, il poserait une question au premier ministre sur la situation et l'évolution du dossier de mon mari, Raif Badawi.

Par ailleurs, il y a plusieurs mois, quand Justin Trudeau m'a reçu dans son bureau à Ottawa, il m'a assuré que je pouvais compter sur son soutien dans mon combat pour la liberté de mon mari. Il a conclu la réunion en prenant un selfie avec mon téléphone cellulaire tout en me chuchotant que c'était la première fois qu'il en prenait un!

Je n'ai pas eu l'occasion de rencontrer Stephen Harper. Je n'ai pas eu non plus l'occasion de rencontrer Gilles Duceppe, le chef du Bloc québécois.

La ville de Sherbrooke a désigné mon mari Raif Badawi, citoyen de la ville. Le gouvernement du Québec a émis à Raif un certificat d'immigration pour motifs humanitaires.

Mon premier souhait serait que le futur premier ministre octroie à Raif un sauf-conduit ou un permis d'entrée au Canada.

J'espère que, durant cette campagne qui s'amorce, les dirigeants des partis politiques n'oublieront pas d'associer les droits de la personne aux relations internationales. Ainsi, je me rends compte que cette campagne électorale et l'annonce d'un nouveau premier ministre du Canada influenceront ma vie future.

Bien entendu, je me garderai bien de dévoiler mon appui à un chef au détriment d'un autre. Tout ce qui m'importe est que le nouveau premier ministre ait à cœur les nouveaux Canadiens et ait une influence positive sur leur vie, bien qu'ils n'aient pas encore le droit de voter.

Néanmoins, je suis convaincue que les citoyens canadiens qui eux, ont le droit de voter, le feront de la manière la plus rationnelle possible et éliront un gouvernement et le leader le plus qualifié qui défendra les intérêts de tous les citoyens qui vivent sur son territoire.

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