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03/02/2016 12:45 EST | Actualisé 03/02/2017 05:12 EST

5 fausses idées sur l'épuisement professionnel

Dans le langage courant, le terme dépression est mis à toutes les sauces, pour désigner à tort une simple indigestion passagère de boulot, une sensation d'épuisement, un ras-le-bol temporaire de sa chefferie...

1. L'épuisement professionnel, c'est la maladie à la mode

Dans le langage courant, le terme épuisement professionnel est mis à toutes les sauces, pour désigner à tort une simple indigestion passagère de boulot, une sensation d'épuisement, un ras-le-bol temporaire de sa chefferie... La vrai épuisement est une lame de fond, qui ronge en douce ses victimes, et les abat d'un coup. Comme les hommes et les femmes que nous avons rencontrées pour l'écriture de notre livre. Edouard le banquier, au volant de sa voiture, s'est évanoui dans un embouteillage. Anne la journaliste a quitté son bureau avec sa tasse de café encore pleine. Pierre-Yves le prof a quitté sa salle de classe au milieu d'un cours... Virginie, cadre marketing, n'a pas pu se lever un matin: «Mon corps refusait littéralement de m'obéir». Et ce cataclysme les a mis hors-jeu pendant des mois, des années. Le travail les a «tués».

2. Cela ne frappe que les gens fragiles

Il arrive que l'épuisement professionnel révèle une faille. Nous en avons tous. Mais la plupart des hommes et des femmes dont nous retraçons la descente aux enfers étaient costauds, performants dans leur travail, heureux dans leur vie privée, sans problèmes particuliers. Des dévoués qui s'impliquaient à fond dans ce travail qu'ils aimaient, et qu'ils ne voulaient pas faire mal par faute de moyens, ou pour cause de consignes contradictoires, d'objectifs impossibles à tenir, d'impératifs contraires à leur éthique personnelle. L'épuisement professionnel nous concerne tous potentiellement. Le vrai, celui qui terrasse sans qu'on l'ait vu venir, tombe plutôt sur les bosseurs et les consciencieux. Ces qualités autrefois reconnues ne sont plus celles qui prévalent d'aujourd'hui. «Cela ne devrait pas être un défaut d'être perfectionniste!», soupire Anne.

3. L'épuisement professionnel touche que les grandes entreprises

On le croit, car les spectaculaires vagues de suicides chez France-Telecom ou Renault nous ont tous choqués. Rendue visible par l'effet de masse, la souffrance des salariés a stupéfié. Mais les restructurations inhumainement gérées et les dérives de grands dirigeants obsédés par la réduction des coûts ne sont pas seules à secréter ce trouble. On trouve partout du management toxique, des hiérarchies tordues, des collègues vénéneux, la solitude face aux responsabilités diluées, le manque de sens d'un travail dont la valeur est niée. Y compris dans les petites entreprises et la fonction publique, comme on l'a vu récemment avec le suicide d'un cardiologue à l'hôpital Pompidou. Ou chez les professions libérales -avocats, médecins, architectes - les patrons, les agriculteurs, les cuisiniers, les journalistes... l'épuisement professionnel frappe partout, dans toutes les professions.

4. L'épuisement professionnel, c'est comme une dépression

Ne dites pas à une victime d'épuisement professionnel qu'elle est en dépression. «Je suis victime d'une institution qui m'a rendu malade», corrige Pierre-Yves. On peut laisser dire à certains médecins, au vu de symptômes voisins, que l'épuisement professionnel est une forme très particulière de dépression. Pourtant, alors que celle-ci se traduit généralement par un trouble lent de l'humeur, l'épuisement professionnel n'est pas toujours, loin de là, précédé par une période de tristesse. La dépression peut être motivée par un déséquilibre personnel indépendant du contexte, l'épuisement professionnel est lié à l'organisation du travail. Les traitements adaptés à la dépression soignent d'ailleurs mal ce syndrome. Pour sortir de l'épuisement professionnel, il faut, outre beaucoup de temps, une rupture radicale avec l'univers du travail. Au prix souvent d'un changement total de métier ou de vie. L'épuisement professionnel, contrairement à la dépression, alerte sur les dysfonctionnements du monde professionnel et les valeurs de notre société.

5. L'épuisement professionnel n'est plus tabou

On en parle partout, comme on parle d'un rhume des foins ou d'une grippe saisonnière. Mais en réalité, l'épuisement professionnel se vit mal, et caché. La plupart des personnes dont nous racontons l'itinéraire nous ont demandé l'anonymat total. Ces ex-battants ne supportent pas d'être en arrêt maladie à la charge de la Sécurité sociale. «J'ai honte, dit Edouard le cadre bancaire. Et je leur dirais quoi, à mes clients, à mes relations?» Ils savent que leur décrochage sera décodé comme une preuve de faiblesse. Les gens ont encore du mal à comprendre que les ressorts d'un burn out ne sont pas à chercher chez celui qui en est victime mais dans l'environnement professionnel qui l'a suscité. Ils ne veulent pas savoir, pas voir. La personne en burn-out est souvent très seule, oubliée de son ancien monde, comme effacée. En disant«stop», en sortant du circuit, elle culpabilise autrui et fait peur.

Le livre d'Emmanuelle Anizon, en collaboration avec Jacqueline Rémy, est publié depuis le 3 février.