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06/04/2013 11:12 EDT | Actualisé 06/06/2013 05:12 EDT

Vent de droite à l'horizon

AP
A euro coin is photographed in Nauen, Germany, Monday, March 18, 2013. A plan to seize up to 10 percent of people's savings in the small mediterranean island country of Cyprus unsettled markets Monday and raised questions about whether households’ trust in banks would be permanently shaken. A weekend agreement between Cyprus and its European partners called for the government to raid bank accounts as part of a euro 15.8 billion (US$ 20.4 billion) financial bailout, the first time in the eurozone's crisis that the prospect of seizing individuals' savings has been raised. (AP Photo/Ferdinand Ostrop)

On rigole jaune-cirrhose dans la zone Euro ces temps-ci. Grosses instabilités économiques, dissensions politiques, inquiétudes sur l'avenir de la monnaie unique et des nations, une crise financière qui risque de déborder et passer outre-Atlantique, chômage suffocant, plans d'austérité, etc. Chez nos cousins français, la situation ne fait pas exception, on remet en cause les institutions, les politiques, on critique avec véhémence le gouvernement actuel, on frissonne à l'idée de subir le même sort que la Grèce, l'Espagne, l'Irlande, les Paumés européens et Cie.

Le bouc émissaire

Et puis, dans ce bouillon merdique, il y a un ingrédient bien connu qui ressort encore, l'Histoire ayant la mauvaise manie de se répéter. Dans l'incertitude, dans les périodes troubles, on a ce vilain réflexe de se rattacher aux vieilles traditions, aux vieilles mœurs, on remet le nationalisme à l'ordre du jour, les discours rassembleurs, la bannière de l'histoire commune est brandie, la culture religieuse et ethnique émerge comme base, comme lien social et protecteur. Chez certains, agenda politique ou non, il s'agit d'une occasion unique pour dénicher un coupable tout indiqué, un mécréant et un parasite responsable de nos malheurs: l'immigrant.

En période prospère, on aime bien voir débarquer cette main d'œuvre bon marché, sans ressource, docile, manipulable, négligeable, prête à se coltiner les boulots ingrats pour des salaires faméliques, craintive de crier à l'injustice et de se mettre les autorités régissant l'immigration à dos; par contre, une fois qu'on est dans la marde, attention! Plus question que ces enfoirés de métèques et autres bougnoules profitent de nos largesses sociales, de notre justice débonnaire et viennent souiller notre précieux patrimoine. Ce n'est pas la Croix rouge ici!

L'exemple le plus frappant est bien sûr en Grèce, avec Aube dorée, le parti politique ayant récolté 18 sièges aux dernières élections malgré une bannière rappelant la Croix gammée, les propos parfum néo-nazi tenus par les militants et dirigeants, l'eugénisme, l'attitude musclée et vindicative des conférences de presse. Une triste et alarmante réponse de citoyens inquiets et perdus, une panique qui se matérialise en haine de l'étranger, de la vermine au sang impur, du voleur et usurpateur du bien commun.

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Aube Dorée

Frustration

Certain, en Grèce, le cas est extrême; mais la tendance en France d'un retour en force vers la Droite et le nationalisme n'est pas qu'une nouvelle vague de paranoïa m'assaillant. Il faut dire que tous les éléments nécessaires sont réunis et cette colère qui gronde dans l'Hexagone est tout à fait justifiée et légitime. Coincés entre le Parti Socialiste d'un Hollande décrié et conspué par une majorité grandissante et l'UMP qui se relève péniblement d'une course à la chefferie tapissée d'accusations, aspergeant le parti au passage, et d'un ex-président enlisé par une mise en enquête, les Français n'ont pas confiance, à juste titre, envers les partis dominants, à gauche comme à droite de l'axe. Ça laisse pointer à l'horizon des jours heureux pour le Front national, dont la popularité a grandi incontestablement au dernier scrutin. Bien sûr, François Hollande et le Parti socialiste n'en sont qu'au début de leur mandat, ne tirons pas la sonnette d'alarme immédiatement, mais la vigilance est de mise.

À une crise politique interne vient s'ajouter bien sûr la situation européenne, ternissant davantage le portrait de leur futur économique et social. Mais les symptômes ne sont pas qu'en surface, un malaise inhérent à l'image du citoyen français lui-même (celui qui se considère comme étant le «véritable récipiendaire» d'un héritage ethnique, historique, linguistique, religieux, etc.) prend forme sur la place publique avec plus d'assurance. Une peur et un certain vent de xénophobie qui se pointe le nez de plus en plus souvent, dont les principaux intéressés sont les maghrébins, musulmans et la plupart des ex-ressortissants islamistes qu'on entasse sans distinction dans le même bateau, généralisant les pratiques et les intentions.

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Les politiques et la justice, à tort ou à raison

Laïcité pour tous?

Étant d'éducation non pas agnostique, mais pleinement athéiste, pour moi, musulmans, chrétiens, juifs, totémistes, partisans du «Flying Spaghetti Monster» ou polythéistes de tout acabit: même combat! Je suis pour une totale laïcité, pour tous et sans distinction de culte, sans pour autant tenir à l'enfoncer jusqu'au coude dans la gorge de mon interlocuteur. Mais depuis un moment, en France, sous le faux prétexte d'un État laïc, on s'insurge contre le communautarisme religieux, contre les dogmes et autres vétilles sacro-saintes, les accusés étant ces hosties d'arabes fanatiques, les femmes voilées, les jeunes de banlieue. Soit, merde aux fanatiques. Par contre, lorsqu'on ressort la tradition chrétienne pour décrier contre le mariage gai, se targuant des meilleurs vœux, d'un souci de consensus nationale et moral, qu'il y a des manifs monstres pour dénoncer le projet de loi, ça pue le réveil de la bête! La séparation de l'Église et de l'État ne doit pas se faire aux dépends de quelque religion (l'Islam, facilement mis à l'index) pour que l'on épargne le Calice chrétien à tendance homophobe. En gros, merde le «deux poids, deux mesures»!

Pénible instinct que la peur de l'Étranger, ce racisme qui se distille sous la crainte de devoir se battre pour des miettes. On réfléchit moins lucidement le ventre creux, à angoisser toutes les fins de mois. Mais la frustration cherche un exutoire et sous forme humaine si possible (faut que ça saigne!), plutôt que dans un système fatigué, un modèle de société agonisant. Ce n'est pas demain qu'on est prêt de revoir Vichy ou une saloperie du genre. Les Français sont loin d'être dupes, mais certains éléments en profiteront pour cracher et répandre leur venin, pour attiser les passions, comme toujours; reste à savoir, les autres, qu'est-ce qu'ils vont faire?

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