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15/03/2017 06:28 EDT | Actualisé 15/03/2017 06:28 EDT

Gabriel Nadeau-Dubois: jeune prodige ou politicien traditionnel?

Une chose est certaine: alors que Gabriel Nadeau-Dubois critique l'ensemble de la classe politique, il a pourtant l'instinct des politiciens traditionnels.

Sans surprise, l'arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois dans l'arène partisane a été remarquée jeudi dernier. L'ancien leader étudiant a annoncé qu'il se joignait à Québec solidaire comme candidat à la succession de Françoise David.

Gabriel Nadeau-Dubois est à l'origine du mouvement «Faut qu'on se parle». Avec Jean-Martin Aussant, ex-député péquiste et fondateur d'Option nationale, il a réalisé une tournée du Québec en organisant plus de 160 assemblées de cuisine, initiative qui est toujours louable en démocratie.

Gabriel Nadeau-Dubois affirme que la classe politique a abandonné le Québec depuis 30 ans. Il semble suivre un mouvement qui commence à trouver écho un peu partout en Occident, soit celui de «l'anti-establishment» qui oppose la classe politique privilégiée aux citoyens de la classe moyenne.

Ironiquement, celui qui dit s'inspirer de Bernie Sander n'emprunte pas seulement les idées du démocrate. Le discours qu'il a livré jeudi dernier comporte plusieurs éléments de la rhétorique de Donald Trump. Il dénigre les traités de libre-échange. Il aborde le thème des régions délaissées. Il accuse la classe politique d'avoir trahi les Québécois depuis 30 ans en favorisant les lobbys et les amis du régime. Il dit qu'il veut être du côté des gens ordinaires et des oubliés. Toutefois, il loge à l'opposé de Trump sur les questions identitaires, environnementales et sociales.

Plusieurs analystes n'ont pas manqué de relever la comparaison de certaines parties de son discours avec Donald Trump. Gabriel Nadeau-Dubois a répliqué par l'intermédiaire de son compte Facebook samedi dernier. À ce sujet, il s'est dit «un peu déçu de la profondeur des analyses de certains de nos chers commentateurs». Ironiquement, rappelons que le politicien qui utilise les médias sociaux pour dénoncer le traitement qu'il reçoit des médias et critiquer leur travail est... Donald Trump.

Une chose est certaine: alors que Gabriel Nadeau-Dubois critique l'ensemble de la classe politique, il a pourtant l'instinct des politiciens traditionnels. En effet, un bon politicien est capable de sentir la direction du vent, de sentir la gronde populaire et de la canaliser. C'est exactement ce qu'il fait avec ce discours « anti-establishment ». Il est évident que le cynisme politique est très élevé. Une frange importante de la population est irritée par le comportement des élites politiques et économiques. Cela n'enlève en rien la sincérité de ses opinions politiques, mais il devra prouver qu'il est réellement différent dans ses stratégies et sa rhétorique.

Déjà, ses affirmations sur la trahison de la classe politique lui ont valu des critiques acerbes et des réactions virulentes de la part d'anciens politiciens comme Bernard Landry, Bernard Drainville et Michel Audet, pour ne citer que ceux-là. Nul doute qu'il polarisera.

Les critiques sévères que Nadeau-Dubois inflige au Parti Québécois, jumelées à son désir d'un rapprochement avec Option nationale, auront certainement mis le feu aux poudres à gauche du spectre politique.

Charismatique, articulé, jeune, incarnant un certain renouveau hors du cadre traditionnel, belle gueule (oui oui, qu'on le veuille ou non, l'image est importante en politique!), Gabriel Nadeau-Dubois pourrait surprendre. Il devrait certainement permettre à Québec Solidaire de faire des gains en ce qui a trait au nombre de votes. Il faudra toutefois voir si cela se traduira par de nouveaux comtés.

Gabriel Nadeau-Dubois devra aussi apprendre à mieux doser la rigidité idéologique dont il a pu faire preuve dans le passé.

Maintenant qu'il a les deux pieds dans l'arène politique, ses adversaires l'attendront de pied ferme et le confronteront entre autres sur ses anciennes prises de position. Gabriel Nadeau-Dubois devra aussi apprendre à mieux doser la rigidité idéologique dont il a pu faire preuve dans le passé. À ce sujet, son manque d'enthousiasme à condamner la violence lors du conflit étudiant en 2012 reviendra sans doute le hanter également. Sur ce point précis, il n'aura aucune marge de manœuvre en tant que porte-parole d'un parti politique. Il devra toujours condamner la violence sous toutes ses formes.

Gabriel Nadeau-Dubois a lancé le site web #GND2018. Il désire une plate-forme plus moderne pour impliquer les militants, ce qui laisse présager qu'il a l'intention d'utiliser abondamment les réseaux sociaux. Rappelons qu'il a un nombre plus élevé d'abonnés sur Twitter que les chefs du Parti Québécois et de la Coalition Avenir Québec. Bien entendu, les élections ne se gagnent pas sur Twitter, mais il faudra surveiller ce qu'il fera de ce côté.

En terminant, un mot sur Manon Massé. Sa venue comme porte-parole sera également une bonne chose pour Québec Solidaire. Elle est une députée efficace, rigoureuse, humaine et pondérée. Bref, si certains se sont empressés d'annoncer la mort de Québec Solidaire lors du départ de Françoise David, force est de constater que Québec Solidaire est plus fort que jamais, et que le parti est là pour de bon dans le paysage politique québécois.

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