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26/02/2016 07:16 EST | Actualisé 26/02/2017 05:12 EST

Moderniser nos institutions pour une conciliation famille-politique

La vie politique est formidable, mais elle est très exigeante et loin de la stabilité qu'un parent souhaite offrir à son bébé ou ses enfants.

Élue à 25 ans, j'ai vécu la vie de députée à l'Assemblée nationale du Québec pendant trois ans. De cette expérience, j'en avais conclu, comme d'autres collègues avant moi, que la conciliation était une chose impossible. J'ai toujours eu un immense respect pour ces femmes dont on se rappelle le nom tellement elles furent peu nombreuses, qui ont pavé la voie - mais qui, soyons honnêtes, ont dû accepter des compromis déchirants.

Entre des séjours à Québec ou Ottawa et des rencontres aux quatre coins du Québec, quel temps reste-t-il pour les enfants et la famille? Donnons le bénéfice du doute aux élus qui vous diront qu'ils ont une vie de famille saine, mais ne soyons pas dupes, la vie politique est formidable, mais elle est très exigeante et loin de la stabilité qu'un parent souhaite offrir à son bébé ou ses enfants.

C'est entre autres pour vivre pleinement ma maternité et être présente auprès de ma famille que j'ai renoncé à l'action politique nationale en choisissant la politique de proximité, municipale, qui me permet de voir mes enfants tous les jours et continuer de changer le monde par la politique. Certains diront que c'est un choix personnel, certes, mais à voir la faible représentation des femmes élues de 18-40 ans, on peut sans se tromper identifier la difficulté de concilier famille et politique comme une cause de cette sous-représentation.

À mon entrée en politique municipale en 2009, j'ai remarqué que nous avions des choses à changer dans le monde municipal. La Loi municipale stipulait qu'une élue qui s'absentait pendant trois séances consécutives du conseil municipal était destituée, même dans le cas d'une maternité ou d'un accouchement difficiles. Il n'y avait même pas de table à langer à l'Hôtel de Ville. J'avais l'impression que nos prédécesseurs n'avaient pas réfléchi à cette réalité des jeunes parents-élus.

À l'heure où le Québec s'est doté des politiques familiales parmi les plus avant-gardistes au monde avec ses services de garde, ses centres de la petite enfance ou le congé parental, comment est-il envisageable que nos élus aient été complètement oubliés? Comment accepter qu'un segment aussi important de la population puisse s'exclure de l'engagement politique à cause du manque de sensibilité de nos institutions à leur endroit?

Convaincue que la démocratie représentative n'est réelle que lorsqu'une diversité effective est représentée et persuadée que la conciliation famille-travail est l'un des grands freins de l'accès à la politique pour les femmes, j'ai donc entrepris avec d'autres collègues une bataille pour changer les choses, dépoussiérer des institutions et donner un modèle qui pourrait être repris pour les parlementaires de Québec ou d'Ottawa. Les actions se sont multipliées: dépôt de motions pour demander des aménagements d'horaire, des changements législatifs pour obtenir la reconnaissance de la maternité, une halte-garderie, un congé de maternité, et j'en passe.

Point tournant de ces démarches, un comité de travail sur la conciliation famille-travail mis en place par le maire Coderre, présidé par mon collègue Lionel Perez a permis de faire des avancées considérables au cours de l'automne dernier. Grâce à ce travail, les élus montréalais auront maintenant la possibilité de rester avec leur bébé jusqu'à 18 semaines après la naissance ou l'adoption d'un enfant, tout en bénéficiant d'un horaire de travail plus respectueux des réalités familiales. Il était grand temps, c'est un pas en avant, mais il reste encore beaucoup à faire pour rendre l'action politique municipale plus attrayante.

Je compte continuer de contribuer à ce débat et partager mon expérience et celle des femmes que j'ai côtoyées. La nouvelle cohorte de députés à Ottawa est beaucoup plus sensible à ces enjeux, comme nous l'apprenions récemment avec la mise sur pied d'un comité là aussi pour se pencher sur ces questions. Je salue aussi le dépôt du projet de loi 594 à l'Assemblée nationale qui reprend les propositions de Montréal pour changer les lois municipales en vue des élections de 2017.

Au final, c'est en adaptant nos institutions à la vie moderne qu'on contribue à envoyer un signal que les choses peuvent évoluer. Peut-être que ce signal permettra de convaincre également un plus grand nombre de jeunes femmes de s'investir dans la vie publique sachant que l'on tient désormais mieux compte de leurs aspirations familiales.

Les temps changent et il est possible de conjuguer travail efficace, disponibilité pour les citoyens et responsabilités parentales. C'est à ce prix que nous aurons des institutions démocratiques dynamiques ainsi que des politiques publiques qui reflètent réellement les aspirations des femmes et des hommes qui font le choix de la politique en famille. Il y a des valeurs parfois qui refusent les compromis.

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