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10/04/2018 09:33 EDT | Actualisé 10/04/2018 10:43 EDT

Ça suffit le politiquement correct, on ne se «bat» pas contre le cancer, pas plus qu'on ne meurt d'une «longue maladie»

Réfléchissons et arrêtons d’utiliser ces expressions à la con.

Magnus Bengtsson / EyeEm via Getty Images

Dans la liste des expressions qui me gavent, il y a aussi celle-là: il/elle se bat/s'est battu contre la maladie et est décédé/s'en est sorti.

Alors pourquoi, elle me gave? Parce que sérieux, est-ce qu'on se bat contre la maladie? Et puis, ça veut dire quoi se battre contre la maladie? Au mieux, on se fait «seulement» opérer... Au pire, on se fait opérer, on «reçoit» chimio, rayons, transplantation, rééducation. À moins que «se battre» veuille seulement dire «accepter de suivre un traitement» ce que, soit dit en passant, font genre 95% des gens atteints par le cancer et d'autres saloperies.

Personnellement, comme tout enfant, je n'ai pas eu mon mot à dire. Il allait de soi que j'allais avoir droit à la fameuse chimio. J'ai subi l'action, comme on dit. Point. J'allais à l'hôpital, je recevais ma dose, je vomissais mes tripes, rentrais à la maison, y restais quelques jours, quelques semaines et recommençais. Ma vie, ça a été ça, pendant neuf mois. Je n'avais pas le temps de penser et cette expression-toute-faite me laissait pantoise. Je me demandais: c'est comme ça qu'il faut se battre? Est-ce que je me bats bien? Je ne comprenais, vraiment, pas où les gens voulaient en venir lorsqu'ils l'utilisaient. En vérité, il n'y avait rien d'autre à faire que de subir. Elle était là la vérité.

Vous avez envie de raconter votre histoire? Un événement de votre vie vous a fait voir les choses différemment? Vous voulez briser un tabou? Vous pouvez envoyer votre témoignage à nouvelles@huffpost.com

En fait, j'irais même jusqu'à dire que ça se passe comme au loto. C'est toi et ta chance. Dire qu'il faut se battre contre la maladie/qu'il/elle s'est battu contre, est abstrait, débile et surtout, culpabilisant. Culpabilisant, car ça pourrait vouloir dire que si on est mort, c'est qu'on ne s'est pas bien battu. Pas comme il le fallait ou pas assez, en tout cas. C'est stupide.

J'ai vu tellement d'enfants souffrir le martyre qui, malheureusement, ne sont plus là pour témoigner. J'ai entendu tellement d'histoires de petits bouts de cinq ans qui disaient «stop» parce qu'ils n'en pouvaient plus et qu'ils préféraient «partir».

Les mômes sont les plus doués pour la vie. Ils sont insouciance, motivation, joie, curiosité. Nos gamins ne pensent jamais que la mort va leur tomber dessus... sauf quand ils sentent qu'elle est là, pas loin. Ce sont les premiers à vouloir mettre le crabe au tapis, K.O et pourtant, même eux, et c'est inconcevable, inimaginable, dégueulasse, finissent par renoncer quand arrive le moment où ils n'en peuvent plus et sentent (les enfants sentent tout, ne l'oublions pas) qu'il n'y a plus rien à faire.

Alors, s'il vous plaît, réfléchissons et arrêtons d'utiliser cette expression à la con.

Et j'allais oublier le fameux «Il est mort des suites d'une longue maladie», sans citer laquelle. Ohé, ohé, c'est la honte de citer le nom? Si t'es malade, ça veut dire que t'es qu'un faible, c'est ça? Non, mais sérieux, n'importe quoi ! Faut arrêter avec le politiquement correct et les «tabous» là où ils n'ont pas lieu d'être.

Ce billet est également publié sur le blog The Atypicals et sur le HuffPost France.

The Atypicals

(Le nom de l'auteur a été modifié à sa demande)

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