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12/05/2015 11:05 EDT | Actualisé 12/05/2016 05:12 EDT

À quand une gouvernance réellement mixte?

Pendant près de vingt ans, ma motivation pour une gouvernance mieux partagée entre les femmes et les hommes a soutenu mon engagement pour le développement du leadership démocratique des femmes. Groupe Femmes, Politique et démocratie, Centre de développement femmes et gouvernance, Écoles femmes et démocratie, Mentorat pour les femmes en politique, simulations diverses et nombreux ateliers thématiques sont autant d'actions menées au Québec entre 1998 et 2008. J'ai ensuite été invitée à intervenir dans plusieurs pays qui se sont montrés attirés par la formule développée ici. Ces gouvernements ou ONG locales étaient soucieux d'accroître chez eux le nombre de candidates et d'élues. Ils se tournaient vers moi sous la pression de leurs citoyennes, mais aussi parfois pour répondre aux exigences d'organismes financiers internationaux.

Une autosatisfaction à peine dissimulée

Sans nier les efforts menés au Québec et à l'international pour l'atteinte d'un partage égalitaire du pouvoir, je fais le constat que les petits pas franchis depuis 20 ans donnent des résultats fort décevants.

Si les actions de certains pays, notamment en Amérique latine, sont porteuses de changements impressionnants, le Québec affiche un cynisme qui ressemble à une autosatisfaction à peine dissimulée.

Les avancées à pas de tortue, toujours présentées comme des victoires, sont navrantes dans un État qui se démarquait pour son avant-gardisme égalitaire il y a quelques décennies. Quant aux stagnations et aux reculs, plus fréquents que les avancées, on les explique souvent par le manque d'intérêt des femmes pour la chose publique, voire par leur contentement de la situation actuelle.

Les dernières années, notamment un retrait pour cause de cancer, m'ont amenées à prendre un certain recul de l'action de terrain. Je ne me suis pas pour autant désintéressée de mon objectif d'une gouvernance également exercée par les femmes et les hommes. Depuis 2011, j'ai observé et analysé les développements relatifs à la question. J'ai cheminé vers l'élaboration de nouvelles pistes d'avancement de l'égalité aux postes décisionnels, pistes que je m'attache actuellement à partager et à raffiner.

L'égalité de fait ne sera pas atteinte au fil de l'air du temps

J'en suis venue à la conclusion que l'égalité de fait est indissociable d'un réel partage du pouvoir. Et, tout comme l'égalité de fait, le partage égalitaire du pouvoir ne sera pas atteint au fil de l'air du temps. L'égalité inscrite dans la charte est cosmétique lorsque l'on regarde les décisions et orientations issues de différentes instances politiques, économiques et autres.

Il faut convenir que les femmes, même si elles sont de plus en plus présentes au sein des organismes décisionnels de tout acabit, semblent plutôt invisibles dans les projets, lois et réglementations qui nous concernent. Pourquoi cette insaisissable influence? Non, ce n'est pas parce que les élues et autres représentantes sont incompétentes. C'est plutôt qu'à tous les postes clés, leurs voix n'ont pas, ou ont rarement, un poids égal à celles des hommes. Et, ne nous le cachons pas, le modus vivendi encore très masculin de l'exercice du pouvoir a aussi tendance à éteindre l'initiative des femmes. Elles disent volontiers être écoutées par leurs collègues. Mais est-ce suffisant pour assurer leur empreinte dans les décisions?

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