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28/02/2019 13:24 EST | Actualisé 28/02/2019 13:52 EST

Quand tout va trop vite: l'incroyable pression mise sur les jeunes

Le bonheur, c'est de me lever aux aurores et d'être encore en vie.

On peut prendre le temps de prendre le temps s’il vous plaît?
Brigitte Blättler via Getty Images
On peut prendre le temps de prendre le temps s’il vous plaît?

- Edgar-Henry, c'est quoi pour toi le bonheur?

La question me prend au dépourvu. J'ai 18 ans, je suis dans un entrepôt d'une province canadienne avec un gars qui vient de me demander ça en anglais. Je lève ma tête de mon travail et je réponds doucement:

- Le bonheur c'est de me lever aux aurores et d'être encore en vie.

Mon ami n'a pas répondu, peut être qu'il n'a pas compris.

Il ne me connaissait pas avant.

Avant, quand j'étais le gars le plus déprimé de la Terre, les 18 dernières années en fait.

Quand j'ai fait mes trois tentatives de suicide (14, 16 et 18 ans).

Quand ils m'ont diagnostiqué bipolaire.

Quand je suis parti de chez mes parents à 16 ans.

Quand mon ex m'a foutu là.

Quand j'allais au Cégep parce que les autres voulaient que j'y aille, même si je n'étais pas prêt.

Le gars m'a connu après mon départ du Québec, quand on a commencé à travailler ensemble dans un entrepôt. Il a connu le gars qui a tout vendu et qui est arrivé à l'autre bout du pays avec un sac seulement; le gars libre, sans attaches qui a décidé d'être heureux.

Bon en fait, je n'ai pas décidé d'être heureux, le bonheur est venu tout seul.

Je cherchais la connaissance, je voulais comprendre l'être humain, un peu comme dans la grande quête de l'auteur-compositeur-interprète Alexandre Poulin. Sauf que je suis un peu imprévisible et que j'ai décidé de m'accrocher au bonheur. Arrêter de consommer pour consommer, comme je l'ai toujours fait.

La vie c'est tellement précieux

J'ai eu la chance d'avoir raté ma shot plusieurs fois. Si j'avais réussi la première fois, j'aurais manqué la naissance de mon neveu. La deuxième fois, ça aurait été le regard des gens pleins de fierté à ma graduation et la dernière fois, l'aventure extraordinaire que je suis en train de vivre.

Je ne regrette pas ces tentatives, ça fait partie de moi, de l'humain que je suis.

Je ne sais pas pourquoi je raconte ça ici. Peut-être pour qu'on comprenne que tout va trop vite, que la pression mise sur les jeunes est incroyable. Alimente une vie sociale, assiste à une activité parascolaire, soit excellent à l'école et sois aimé de tous, n'oublie pas le travail en prime.

C'est impossible. Du moins pour moi, et pour beaucoup. On peut prendre le temps de prendre le temps s'il vous plaît?

Arrêter de toujours vouloir le dernier iPhone ou dix-mille morceaux de vêtements. Prendre le temps de profiter du moment présent et ne pas toujours entrer dans ce cercle de consommation à outrance, l'une des raisons de mon mal-être.

Toujours vouloir être parfait, trouver le bonheur dans les petites choses de la vie, être content d'avoir la chance de pouvoir profiter de la vie chaque jour.

Je ne suis pas religieux, mais s'il existe un dieu, je suis bien content de sa job ces temps-ci. Sinon, le hasard fait bien les choses.

Sur ce, aimez-vous, on n'a qu'une vie à vivre.

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