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10/01/2019 13:39 EST | Actualisé 10/01/2019 14:35 EST

Exigeons la fin du recours aux opioïdes après l’extraction des dents de sagesse

Les dentistes sont la principale source d'opioïdes prescrits chez les enfants et les adolescents de 10 à 19 ans aux États-Unis.

C'est l’une des interventions chirurgicales les plus fréquentes chez les jeunes de 16 à 24 ans.
Carol Yepes via Getty Images
C'est l’une des interventions chirurgicales les plus fréquentes chez les jeunes de 16 à 24 ans.

Ce texte a été coécrit par Amy Ma, mère de trois enfants. Elle vit à Montréal et est coprésidente du comité des usagers de l'Hôpital de Montréal pour enfants et représentante des patients et du public pour la campagne nationale Choisir avec soin.

Nous prenons la plume en tant que parent et en tant que dentiste pour transmettre un message aux parents et aux professionnels de la santé dentaire partout au Canada: il y a des solutions de rechange à la prescription d'opioïdes après l'extraction des dents de sagesse.

L'extraction des dents de sagesse est considérée par plusieurs comme un rite de passage à l'adolescence. C'est en effet l'une des interventions chirurgicales les plus fréquentes chez les jeunes de 16 à 24 ans.

Le fils de 16 ans d'Amy, Felix, a récemment subi l'extraction de ses dents de sagesse. Après l'intervention chirurgicale, l'assistante du chirurgien a conseillé à Felix de prendre un comprimé de Percocet sur-le-champ pour bien maîtriser sa douleur. Percocet est un mélange d'analgésique, d'acétaminophène et d'un opioïde, l'oxycodone. L'assistante lui a remis suffisamment de comprimés de Percocet pour qu'il puisse en prendre toutes les trois heures le lendemain.

Heureusement, Amy connaissait les risques associés aux opioïdes puissants, comme Percocet, surtout chez les jeunes. La surconsommation d'opioïdes représente une crise nationale de santé publique, puisque le nombre de surdoses et de décès qui lui sont attribués est en hausse constante.

Les dentistes sont la principale source d'opioïdes prescrits chez les enfants et les adolescents de 10 à 19 ans aux États-Unis.

Elle a donc demandé à l'assistante du chirurgien s'il n'y avait pas d'autres options pour gérer la douleur de Felix. On lui a suggéré Tylenol 3 (acétaminophène avec l'opioïde codéine), qui semblait encore une fois trop puissant.

Comment savoir qu'il fallait remettre en question le conseil qui lui avait été donné?

Amy est représentante des patients et du public pour la campagne nationale Choisir avec soin, qui collabore avec des sociétés médicales nationales à la préparation de listes de recommandations d'examens et de traitements potentiellement préjudiciables sur lesquels les médecins et les patients devraient s'interroger.

Elle savait que l'Association canadienne des dentistes en milieu hospitalier recommande de prescrire en premier des analgésiques non opioïdes après une intervention dentaire ou de ne recourir aux opioïdes qu'en cas de douleur réfractaire.

Amy a choisi de demander du naproxène pour Felix — un analgésique en vente libre de la même classe que l'Aspirine et l'ibuprofène. Felix a pris le naproxène comme prescrit. Lorsque l'anesthésie s'est dissipée, il n'a pas eu besoin de médicaments plus forts et se sentait en fait plutôt bien.

Il faut vraiment se demander si les prescriptions d'opioïdes sont nécessaires après l'extraction des dents de sagesse.

Après avoir fait extraire ses dents de sagesse, Lady Gaga a affiché des photos de son visage enflé et a diffusé le message suivant à ses millions d'admirateurs sur Twitter: «Dents de sagesse extraites. P-p-Percocet p-p-Percocet». Mais le Percocet ne devrait absolument pas faire partie des attentes des patients adolescents après une intervention de chirurgie buccale mineure.

Qu'est-ce qui est en jeu ici?

L'utilisation prolongée d'opioïdes après une intervention chirurgicale non urgente, comme l'extraction des dents de sagesse, comporte un risque, particulièrement chez les jeunes, dont le cerveau est encore en développement et qui sont très sensibles aux effets des opioïdes. Les opioïdes non utilisés posent également un risque pour les adolescents qui pourraient être tentés d'en faire l'expérience ou de les partager avec des amis et des proches.

Les dentistes et les chirurgiens buccaux ont un rôle déterminant à jouer ici, puisqu'ils sont parmi les principaux prescripteurs d'opioïdes aux jeunes. Une étude américaine publiée ce mois-ci a révélé que les dentistes sont la principale source d'opioïdes prescrits chez les enfants et les adolescents de 10 à 19 ans aux États-Unis. Les prescriptions en médecine dentaire représentent plus de 30% de toutes les prescriptions d'opioïdes pour ce groupe d'âge.

La même étude a aussi révélé que les jeunes qui ont reçu une ordonnance d'opioïdes après l'extraction de leurs dents de sagesse étaient plus susceptibles d'utiliser des opioïdes trois mois et un an plus tard, comparativement aux jeunes à qui on n'en avait pas prescrit.

Les preuves sont manifestes: une prescription de courte durée d'opioïdes pose un risque réel d'utilisation en continu d'opioïdes chez nos adolescents.

Plusieurs patients éprouvent de la douleur et présentent de l'enflure pendant trois à quatre jours, parfois jusqu'à une semaine, après l'extraction de dents de sagesse. L'intensité et la durée des symptômes varient considérablement selon la position de la dent, la profondeur de son inclusion dans l'os et la difficulté à les extraire. Bien que de nombreux dentistes et chirurgiens buccaux prescrivent des opioïdes d'emblée après une intervention dentaire, la prise en charge de la douleur devrait toujours être ajustée au cas par cas.

Dans la plupart des cas, la douleur dentaire postopératoire peut être maîtrisée sans opioïdes, au moyen d'anti-inflammatoires comme l'ibuprofène, en association avec des analgésiques non opioïdes, comme l'acétaminophène. Pour certaines interventions de chirurgie buccale, comme l'extraction des dents de sagesse profondément incluses ou une reconstruction de la mâchoire, un opioïde pourrait être nécessaire pour maîtriser la douleur pendant une brève période.

Il est temps que les dentistes et les chirurgiens buccaux cessent d'appliquer une stratégie universelle pour la gestion de la douleur. Éviter les prescriptions superflues d'opioïdes chez les adolescents est un élément déterminant pour s'attaquer à la crise des opioïdes.

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