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26/10/2012 12:00 EDT | Actualisé 26/12/2012 05:12 EST

Cancer du sein: des thérapies supplémentaires à la chirurgie et la radiothérapie

Certaines cellules malignes dotées de mécanismes complexes peuvent échapper à la chirurgie et la radiothérapie. Celles-ci se propagent parfois dans le système sanguin et établissent des colonies de cellules malignes fugitives dans des régions du corps qui leurs seraient normalement hostiles (les os, le foie, les poumons,etc.). Elles peuvent s'y multiplier des mois ou encore des années entières plus tard, créant des métastases inattendues. Ces récidives menacent à nouveau la vie de patientesquisemblaient jusqu'alors guéries de leur cancer. Il existe des traitements qui aident à se prémunir contre cetteéventualité: mentionnons tout particulièrement l'hormonothérapie, la chimiothérapie et les thérapies génétiques ciblées qui ont toutes comme mandat d'anéantir les cellules fugitives qui pourraient provoquer le scenario évoqué.

L'hormonothérapie

Puisque la majorité des cancers du sein dépendent de l'estrogènequi se trouve dans le sang, freiner la production de cette hormone peut endormir ou encoredétruire lescellules malignes qui menacent desemer la zizanie régionale ou à distance. En 1896, George Beatson a décrit le retrait rapide de récidives à distance (métastases) chez 3 patientes suite de l'ablation des deux ovaires(ovariectomie). Quoiqu'efficace, cette approche radicale avaitdes séquelles trèsdésagréables pour la patiente. Ce traitement a été remplacé pardesmédicamentsqui peuvent cibler l'estrogène pour en bloquer l'effet ou la production. Le Tamoxiféne, l'Arimidex®, le Femara® et l'Aromacin® en sont tous des exemples. Malgré des effets secondairesoccasionnels commedes bouffées de chaleur, ils sont relativementbien tolérés etsont souvent prescrits à la suite d'une chirurgie et radiothérapie pour conclure le traitement des tumeurshormono-sensibles etajouter une stratégie de protection à distance.

La chimiothérapie

Puisque certaines cellules malignes ne sont pas hormono-dépendantes, l'hormonothérapie ne suffit pas toujours à prévenir les récidives. Sidney Farber a administré un anti-folique par voie intraveineuse pour la première fois en 1950 et a démontré l'efficacité de cette approche pourdétruire des cellules malignes, dont ilattaquait plusieurs mécanismes à la fois.Cette réussite a provoqué unenthousiasme effrénéet une période de chimiothérapiede plus en plus radicale. On administrait de multiples agentsintraveineuxà la fois qui, ensemble, étaient suffisamment toxiques pour également détruire les cellules normales de la patiente. Ces efforts pour éliminer toute cellule maligne résiduelle mettaient la patiente dans un état critiqueet parfois même à la porte de la mort. Comme la mastectomie radicale, la chimiothérapiesort alors de sa période « bombe atomique ». Grâce à la possibilité d'évaluer la composante génétique de chaque tumeur, nous pratiquons maintenant la chimiothérapie plus efficace et plus ciblée quandl'évaluation de la tumeuren justifie son utilisation auprès des patientes et patients- il ne faut pas oublier les cas de cancer du sein chez les hommes.

Les médicaments génétiques ciblés

Nous commençons enfin à reconnaître la complexité de la formation et composition destumeurs malignes (oncogenèse) qui impliqueplusieurs mutations de certains gènes,appelés oncogènes, qui ont le rôle biologique de contrôler lamultiplication des cellules, sans quoi des cellules normales meurent. Plutôt que d'anéantir toutes les cellules malignes et bénignes sans discrimination, comme la chimiothérapiepeut lefaire, les nouvelles stratégies utilisant des médicaments ciblésvisent à régler ce défaut génétique spécifique.Le médicament ciblé leplus connu est l'Herceptin® (trastuzumab) , introduit en 1998, qui a sauvé la vie de centaines de milliers de patientes dont la croissance tumorale étaitsurtout due à une mutation génétique spécifique connue sous le nom deHER2Nu.

Enfin, nous anticiponsl'arrivée de nouveaux tests pointus qui permettrontdedéceler la présence de quelques cellules malignes circulantes (CTC) dans le sang,une sorte de « biopsie liquide »,et alors mieux cibler les patientes qui pourront bénéficier de tests plus poussés pour déceler des récidives avant qu'elles aient eu le temps de faire des dommages et ainsi mieux choisir les thérapies qui conviennent.

Portez-vous bien!

Dr K.

P.S. : Je vous suggère fortementde regarder un excellent film intitulé« Living Proof » (2009) avec Harry Connick Jr.,qui décrit la découverte de l'Herceptin par Dr Denis Salmon.